I. Saint-Bourdin, Traité de la catalepsie
ri'lution qui constituent la personnalité et les jugements' ».
Il est une extase dite hyatérique , où il ne faut voir, d'après le D' Paul Richer', qu un « fragment détaché » de la grande attaque (réduite ici à sa troisième période, celle des attitudes passùninfllea^. Celte extase comporte deux phases hallucinatoires opposées, ainsi (ju il ressort de l'obsersalion suivante, recueillie par M. Bouriu'\illt' :
G. est assise : tantôt la tète garde une attitude presque naturelle ; les yeux sont légèrement dirigés en haut, les mains jointes reposent sur le lit ; c'est Valtiludo de la prière ; — tantôt la tète est un peu penchée en arrière ; d'autres fois enfin, l'attitude est celle que l'on attribue aux illuminées... Dans ce dernier cas, la tête est rejetée en arrière, le regard porté vers le ciel ; la physionomie, empreinte dune grande douceur, exprime une satisfaction idéale ; le cou est gondc. tendu ; la respiration paraît suspendue ; limmohilité du corps entier est, pour ainsi dire, absolue. Les mains jointes, reposant sur la partie supérieure de la poitrine, complètent la ressemblance avec les représentations de saints que l'art le plus parfait nous a données.
Quelle que soit d'ailleurs l'altitude prise par la malade, elle la conserve durant dix, quinze, vingt minutes et même davantage. A la fin, l'on observe les mêmes contractions de la face, les mêmes modifications de la physionomie, le même délire erotique qui succèdent d'ordinaire au délire mélancolique. Seulement le contraste est beaucoup plus frappant. En effet, après avoir assisté à cette extase, dans laquelle la malade est en quelque sorte transfigurée, l'observateurl non habitué encore à ces scènes, reste tout stupéfait en voyant
1. Pierre J;inet, L'automatisme psychologique, cli. i. â. t^ludes cliniques sur ta grande hystérie.
ces contorsions hideuses de la face, celte expression de lubricité extrême que nous avons signalées... La malade laisse retomber son corps sur le lit, relève sa chemise, écarte les cuisses ; ou bien, s'adressant à l'un des assistants, elle s'incline brusquement vers lui, disant: « Embrassemoi, etc., etc.. ». Et ses gestes accentuent encore la signification de ses paroles.
Vues de rextérieur, toutes les extases doni il vient d'iMre parlé se ressemblent. Mais (>lles difTèrent au point de vue psychique. Il n'y a évidemment pas de connnune mesure entre Vextase phi/.sio/offirfie, où se manifeste un état d'extrême activité intellectuelle, et l'extase /joud- (Ihique ou l'extase cataleptique, qui s'accompagnent d'inconscience ; entre cette même exidiSe physiofor/ique, laquelle n'a rien d'hallucinatoire, et l'extase hystérique, laite d'hallucinations qui se succèdent en deux tableaux alternatifs.
D'autre part, les extases cataleptique, hystérique, etc.. ne sont pas sans oflrir de grandes analogies extérieures avec l'extase des mystiques orthodoxes. Mais, toute appréciation réservée touchant sa nature intime, c(^tte dernière se distingue profondément des autres étals qualifiés d'extatiques.
Elle n'est un « fragment détaché », ni de la grande attaque d'hystérie (la période des attitudes passion ne/les ne peut lui être sérieusement comparée), ni (quoi- ([u'elle se mélange de phénomènes cataleptoïdes) de l'attaque cataleptique.
Elle n'est pas, comme l'extase bouddhique, le résultat d'une excitation directe du système nerveux, obtenue, par des moyens physiques. Sainte Thérèse hlàme, en plus d'un endroit, comme inutiles et dangereux, l'emploi
tlf lois nioyons. « Ces (ruvres intérieures (^tant toutes suaves et paeilitjues, àit-clle, tout acte pénible leur est plutôt nuisible que profitable. J'appelle pénible toute espèce de violence qu on voudrait se faire, comme serait. par exemple, de retenir son haleine... » Et elle ajoute que «puisque Dieu nous a donné les puissances de rànic pour agir, il faut, au lieu de les captiver par une sorte d'enchantement, les laisser s'acquitter de leur office, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de leur en confier un autre plus élevé'».
L'extase des mystiques orthodoxes ne résulte pas non plus, comme l'extase physiologique , d'un état d' « hypertrophie de l'attention ». Ils se soumettent sans doute à de certaines disciplines. prati(juent, un certain «entraînement»... Mais cet entrainenient n'est pas pour développer, il serait plutôt pour restreindre leur capacité d'attention volontaire*; et les états mystiques sont dits passifs, ]\is>Wmon{ à raison de leur spontanéité, et parce qu'ils se manifestent sans qu'intervienne en rien lellort personnel du sujet^
L'extase des mystiques, qui diflere par ses causes des autres états qualifiés d'extatiques, en diffère encore par ses efTets.
Et d'abord, elle a, je l'ai déjà dit, des effets physiques singulièrement bienfaisants.
Mais c'est surtout par ses incontestables efTets moraux (|u'elle se caractérise. Les mystiques constatent chez eux, à la suite <le leurs transes, de soudains accrois-
1. Chat., 4«« dem., ch. m; cf. Chemin de la Perf., ch. xxxiii, et Vie, cil. xu : « Toute tentative de ce genre n'aboutira qu'à nous laisser froids... »