Le pseudo-Denys, Des noms divins, c
4. D'après M. Delacroix (p. 383 et suiv.), « la tendance ordinaire » (dans l'extase supérieure) serait « le maintien d'une certaine forme (le conscience ». C'est aussi l'opinion de M. Flournoy {Une nu/slique moderne, Arch. de Psychologie, t. XV, p. 178 et suiv.) : « Beaucoup, dit-il, font (de l'extase à son apogée) un moment d'inconsiience absolue... D'autres, au contraire, habitués aux conceptions de la psychologie subliminale, estiment que le trou laissé par la trance dans les souvenirs du sujet n'est qu'apparent, et concerne seulement son moi ordinaire... En pratique, et comme « hypothèse de travail », je n'hésite pas à préférer le second point de vue ». — Je ne peux, en dépit de ces autorités, que maintenir ma façon de voir.
Soit, par exemple, Textase bouddhique. Le premier degré de la contemplation qui conduit au nirvana terrestre consiste, d'apH's les docteurs bouddhistes', dans « le sentiment intime de bonheur qui naît dans Tàme de l'ascète quand il se dit enfin arrivé à distinguer la nature des choses » ; au second degré, « son intelligence ne se fixe que sur le nirvana, ne ressent que le plaisir de la satisfaction intérieure, sans le juger ni même le comprendre » ; au troisième degré — qui précède immédiatement le nirvana — « le sage est tombé dans l'indiflérence à l'égard du bonheur qu'éprouvait son intelligence. Tout le plaisir qui lui reste, c'est un vague sentiment de bien-être physique, dont son corps est inondé... »
De toute autre nature est l'état affectif, tel qu'il s'accuse chez les mystiques. Cet état implique, non seulement une sensation plus ou moins confuse de plaisir ou de bien-être, mais un sentiment très puissant d'amour. Ce n'est pas à une abstraction que vont leurs hommages, à une idée qui, « par son absence de détermination et de limites, exclut tout sentiment individuel'^ » ; c'est à une personne, à un Dieu fait homme, à un Dieu qui aime, et, par conséquent, peut être aimé. Aussi bien estce l'amour qui, dans l'extase chrétienne, sauve, aussi longtemps que faire se peut, la conscience de disparaître.
Mais lorsque l'extase atteint au monoïdéisme absolu, l'amour dégénère chez l'extatique en une sorte de béatitude diffuse et finit par ne plus distinguer son objet. L'àme, dès lors, « n'aime rien de particulier en Dieu