‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 127 sur 161 · Lettre à M. Anatole France, Jeanne d'Arc, appendice L · texte numérisé non relu

Lettre à M. Anatole France, Jeanne d'Arc, appendice L

3. Lui aussi admet la distinction entre les « grands » et les « bas » mystiques ; et qui ne l'admet, du reste '? M. Eug. -Bernard Leroy parle quelque part {hilerprétaUon {ysycliologique des visions intellectueltes)d\i « mystique de second ordre, qui n'innove pas, qui n'invente pas ». Le mystique du second ordre suppose celui du premier.

temps des hystériques notoires : les sujets de ce genre, après avoir subi leur hystérie passivement, s'en servent

ensuit»' plus qu'ils ne la subissent Si riiysléric est

intervenue chez Jeanne, ce n'a été que pour permettre aux sentiments les plus secrets de son cœur de sobjectiver sous forme de visions et de voix célestes ; elle a été la porte ouverte par laquelle le divin — ou ce que Jeanne jugeait tel — est entré dans sa vie ; elle a fortilié sa foi, consacré sa mission; mais par son intelligence, par sa volonté, Jeanne reste saine et droite, et c'est à peine si la pathologie nerveuse éclaire faiblement une partie de cette àme. »

Voilà qui s'applique à lous les mystiques supérieurs, c'est-à-dire à tous ceux-là qui ont utilisé leur névrose en se l'asservissant. Beaucoup ont fait mieux encore : ils ont réussi à s'en guérir, et, partis du déséquilibrement, à réaliser en eux l'équilibre. Car l'extase n'est pas. comme on l'a trop souvent affirmé, « le point culminant, le fruitle plus parfait' » du mysticisme orthodoxe. Elle n'est qu'une étape vers un état permanent et tranquille — celui que décrit sainte Thérèse dans ses septièmes demeures — où s'effacent les phénomènes « voyants », les symptômes pathologiques- ; où se fixent les oscillations de l'àme « déifiée » ; où la contemplation

1. James-H. Leuba, Revue philosophique, nov. 1902. — Voy. sur ce point Lucien Rouro, Le mysticisme et ses explications pathologiques (Les Éludes, 20 juillet 1906).

2. Saint Jean de la Croix, Nuit ohs., 1. II, cli. i : « Ces ravissements et ces transports, qui vont parfois jusqu'à disloquer les membres, sont le résultat ordinaire de communications qui ne sont pas purement spirituelles ; mais ces phénomènes ne se produisent pas chez les âmes parfaites... Chez elles, les extases et les agitations du corps n'ont plus lieu ; elles jouissent de la liberté d'esprit, sans aucun détriment pour les sens. »

fl l'action se concilient et s'harmonisent en une simultanéité paradoxale*.

1. Châl., 7"» dem., ch. iv : « Pour donner à Notre-Seignour une hospitalité parfaite, il faut que Martiie et Madeleine se joiirnent ensemble. » — Cf. Vie, cli. \vn : » L'âme (au troisième ilegré de l'oraison) mène en quelque sorte de front la vie active et la vie contemplative, et, tout en restant unie à Dieu, peut s'occuper d'œuvros de charité, de lectures et d'affaires relatives à son état. »

Page 1