‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 128 sur 161 · III. — Caractère subjectif de l'expérience mystique · texte numérisé non relu

III. — Caractère subjectif de l'expérience mystique

IV. — L'avenir du mysticisme, en particulier du mysticisme catholique orthodoxe.

Voici donc achevée notre « montée du Carmel ». — Je voudrais, dans ces dernières pages, faire ressortir les caractères originaux du mysticisme orthodoxe, en signaler une fois de plus la valeur morale et sociale, critiquer la valeur absolue des expériences dont il se prévaut: enfin, en pronostiquer l'avenir.

Des névrosés qui tirent parti de leur névrose, et dont le « génie religieux » coexiste avec elle et indépendamment d'elle, — ainsi peut-on définir les mystiques originaux, les « grands mystiques », comme il s'en trouve probablement dans toutes les religions'. Mais cette dé-

i. Et même liors de toute religion. Aiij:uste Comte, par exemple, « avait des visions et des extases... ; cependant il restait laïque et

finilion n'est pas exhaustive; et, des mystiques jugeant leur névrose suivant des règles imposées du dehors; soumettant docilement à une autorité extérieure l'appréciation de leurs états et des piu'noménes extraordinaires qui se manifestent en eux, — ceux-là, gémie à part, sont aussi des mystiques originaux; et leur originalité procède de leur orthodoxie, c'est-à-dire *de leur adhésion à une doctrine — en fait, de la doctrine catholique — qui assigne à l'intuition, à l'expérience mystiques un rôle strictement défini, étroitement limité, et facile à déterminer en quelques mots.

S'unir à Dieu est le but essentiel de la vie chrétienne ; et cette union — je résume ici l'enseignement des théologiens — ne sera complète et définitive que dans l'éhlouissement de la vision béatifique ; mais elle peut se réaliser dès ici-bas de deux manières différentes : soit dans l'obscurité de la foi, et sous l'action, non perceptible à la conscience, de la grâce ; soit dans le clairobscur de la contemplation mystique.

De ce que tous les chrétiens soient voués au premier mode de l'union surnaturelle, il ne s'ensuit pas qu'ils le soient au second; et les communications mystiques, accordées par Dieu « quand il lui plaît, comme il lui plaît et à qui il lui plaît ^ » , restent le privilège d'un petit nombre.

Qu'on ne se trompe pas, du reste, à ce mot de privilège. Les « grâces d'oraison » correspondent à une vocation spéciale, mais non particulièrement sublime;

incrédule dans son mysticisme comme il l'avait été dans son catholicisme... S'il a des hallncinations, il les juge telles, il les gouverne et il enjoué » (Georges Dumas, Auguste Comte amoureux et mystique, Renaissance latine, 15 janvier 1904).

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