Ib., cil. XXXIV
idée se personnifiàt-elle en un Dieu, équivaut — qui ne le voit? — à l'indépendance absolue.
Et, de fait, si l'on réserve l'hypothèse surnaturaliste, la. vie des mystiques apparaît comme une perpétuelle auto-suggestion ; une auto-suggestion qu'à vrai dire ils extériorisent, projetant à l'infini leurs pensées et leurs vouloirs et les attribuant à des personnages célestes. Chez sainte Thérèse, à qui j'emprunte de préférence mes exemples, l'auto-suggestion extériorisée se manifeste à l'état de procédé mental constant. A peine a-t-elle l'idée de la réforme du Carmel que « Notre-Seigneur lui commande expressément de s'employer de toutes ses forces » à l'établissement d'un monastère*. Est-il question pour elle d'un voyage à Tolède, oii l'appelle la sœur du duc de Medina-Cœli : « Notre-Seigneur me dit de partir, et de ne pas écouter les avis des autres... Il convenait pour l'affaire du monastère que je fusse absente jusqu'à la réception du bref, parce que le démon avait ourdi une grande trame pour l'arrivée du Provincial ; mais je ne devais rien craindre, car il m'aiderait^ » — Hésite-t-elle, à Palencia, entre deux maisons pour y loger ses carmélites : « Notre Seigneur me dit, en désignant la maison adjacente à l'église de Notre-Dame : celle-ci te convient. Sur-le-champ, je me décidai à l'acheter, sans plus songer à l'autre^ » — Ces textes, que je cite entre mille, nous montrent que sainte Thérèse se crut toujours dirigée et se donna, en toute occasion, l'illusion d'obéir. Mais, en réalité, cette femme éminemment volontaire