‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 14 sur 161 · Fondations, ch. xxix · texte numérisé non relu

Fondations, ch. xxix

n'rcoiitail (ju'cllc-inèrnc. Et son cas ost crlui do tous les invsliijiu's. IluiiihlonuMil soumis à Inirs supérieurs ou confesseurs en ce (jui louche les menues observances, ils revemlitjuenl, dans la direclion de leur vie. les droits dune indépendance d'autant plus omhraj^euse quelle ailecte les dehors d'une obéissance aveugle aux ordres de la divinité' directement consultée.

Si la volonté, chez les mystiques, est remarquabicment développée, on n'en saurait dire autant de l'inlelligcnce. Sans qualifier, comme on Ta fait, leur intelligence d' « enfantine », on peut aflirmer qu'elle ne dépasse pas, en général, la moyenne. Ils sont, flu reste, peu cultivés, p<'U curieux d'appr»'ndre, peu enclins à la ratiocinât ion.

En fait de qualités d'esprit, ils ont, par contre, celles que l'opinion vulgaire serait le moins disposée à leur accorder. Ce sont gens de pratique et d'action, non de raisonnement et de théorie. Ils ont le sens de l'organisation, le don du commandement, et se révi-lent très bien doués pour les alfaires'. Les œuvres qu'ils fondent sont viables et durables; ils loni preuve, dans la conception et la conduite lie huirs entreprises, de prudence et de hardiesse, et de celle juste appn'ciation

1. Sainte Tliérèse se qualifie elle-même de « femme d'affaires sachant de tout » (Lettre du 17 janvier 1370, à son frère Laurent). La mère Marie de l'Incarnation (ursuline) reconnaît qu'elle a « du talent pour le négoce». .M""" Guyon remit de l'ordre dans la fortune de son mari; elle fil entre des plaideurs un accommodement des plus difficiles, et, sans avoir jamais appris les affaires, en avait, dit-elle, « une parfaite intelligence » (Vie, l" p.. cli. xxii). On citerait mille exemples du même genre.

(les possibilités qui caraclérise le bon sens. El, de iail, le bon sens paraît être leur maîtresse pièce : un bon sens qui se fortifie de la plus rare pénétration. IIul)itués à seruter leur àme, ils sont fort liabib's à lire dans celle d'autrui ; et leur perspicacité n'est pas faite seuleni(>nl d(> leur habitude de l'observation intérieure : elle tient encore à ce qu'ils ont triomphé dos passions qui obscurcissent le jugement du commun des hommes.

Les traits épars dont se compose leur physionomie intellectuelle apparaissent réunis et accentués chez sainte Thérèse, ce type de l'àme mystique — mater spiritua- Hum. Réformatrice de son ordre, fondatrice de dix-sept couvents de carmélites déchaussées, elle a, pendant vingt ans, tourné ou surmonté tous les obstacles ; négocié, lut-té, gouverné avec une activité, une habileté, une persévérance, une entente des détails, une largeur d'esprit incomparables. Chez elle^ la femme d'action se doublait d'ailleurs d'un psychologue. Sur l'ordre de ses directeurs, elle a écrit à la volée, et en se plaignant qu' « écrire l'empèchàt de liler' », des livres qui sont des flambeaux promenés aux cryptes de l'àme. C'est qu'à défaut d'imagination — elle s'avoue fort mal partagée à cet égard '^ — elle avait au plus haut degré le don d'observer : qu'on lise, à ce point de vue, sa description, d'une exactitude toute scientifique, de ce mal protéiforme et si fréquent dans les cloîtres, la 7néla?icolié^. Et, à ce don, qui fit d'elle une étonnante conductrice d'âmes, elle joignait, suivant le mot d'un de ses der-

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