Chemin de ta Perf., cli. xx
2. M. Julien Benda, Delpkégor, 1918 ; cf. Sur le succès du Bcrgsonisme.
3. Ceci s'ap]p|i(iue particnlii'rement à la musique. — « La musique,
Que ces tendances éparses — elles ont lrouv«3 leur expression synthétique, et l'expression la plus séduisante, dans la philosophie bergsonienne' — puissent en venir, en se cristallisant, à déterminer, chez certains sujets prédisposés, des états analogues aux états mystiques, il n'y aurait à cela rien d'impossible, ni même de surprenant. A toutes les époques, les esprits d'ailleurs les plus dissemblables, parfois les moins religieux, ont expérimenté de tels états, que Ton pourrait (jualifier à'extatiformes. Citons, à l'appui de cette affirmation, quelques textes.
Je demanderai, dit Maine de Biran dans ses Pensées, — je demanderai à tous les liommes capables de se rendre compte de ce qui se passe en eux-mêmes s'ils ne distinguent pas bien deux modes de leur être pensant et sentant. Dans l'un, rame voit comme une lumière intérieure qui l'éclairé et lui montre ce qui est en elle ou hors d'elle, dans le temps ou hors du temps, sans aucun effort de sa pari, sans aucune opération active, mais comme par une vue et une sorte de sentiment passif, sentiment très élevé, très doux à éprouver, où i'àme ne désire rien que de rester comme elle est. Dans l'antre mode, bien différent du premier, il y a contention, suite d'actes laborieusement combinés... Ne pourrait-on pas croire que la vie supérieure de l'âme consiste en ce que, dans un tel état, le lien vital de l'âme avec le corps se trouve affaibli, de telle manière que le corps ne fait plus obstacle
dit M. Benda, n'est pas uniquement vénérée (de nos contcniporains) pour son absence de formes, mais encore pour l'état « affectif pur » qu'elle a le don de créer, pour son rapport étroit avec une « conscience à l'état pur,... d'où la représentation s'estrelirée,... dont la condition €st végétative et irréductible à l'intellectualité... »
1. D'après cette pliilosoplùe, qui ne reconnaît à l'intelligence d'autre fonction que d'agir sur la matière et de satisfaire à nos besoins pratiques, « le monde de la vie et de l'âme ne relève plus... de la connaissance scientifique, mais d'une connaissance spéciale, qui est proprement la connaissance philosophique ou métaphysique », — de l'intuition (René Gillouin, La pliilosophie de M. Bergson, 1911).
et que lame est rendue à elle-même, à sa nature propre*, ou à la manière d'exister ou de sentir qui lui appartient indépendamment du corps ?... Ce qu'il y a de bien assuré, c'est que l'état dont je parle est tout à fait involontaire et ([ue l'âme n'a aucun moyen de le faire naître ou de le ramener quand il est passé -...
Ce que décrit ici Maine de Biran, n'est-ce pas une sorte de cf quiétude» ou d' « union », afTeclanl le caractère essentiel des états mystiques, à savoir la passivité'^
Mercredi dernier, lit on dans la Correspondance de Flaubert \ je m'étais attendri sur moi-même en écrivant, je jouissais délicieusement, et de l'émotion de mon idée et de la phrase qui la rendait, et de la satisfaction de l'avoir trouvée; du moins, je crois qu'il y avait de tout cela dans cette émotion, où les nerfs, après tout, avaient plus de place que le reste. // y en a dans cet ordre de plus élevées, ce sont celles où l'élément sensible n'est pour rien ; elles dépassent alors la vertu en beauté morale, tant elles sont indépendantes de la personnalité, de toute relation humaine. J'ai entrevu quelquefois (dans mes grands jours de soleil), à la lueur d'un enthousiasme qui faisait frissonner ma peau du talon à la racine des cheveux, un état de l'àme ainsi supérieur à la vie, pour qui la gloire ne serait rien, et le bonheur même inutile.
Et voici encore un texte — celui-ci d'Amiel, et célèbre — où s'exprime ayec plus de netteté que dans le précédent l'état d'abolition de la personnalité, caractéristique des états mystiques supérieurs :
1. Maine de Biran se rencontre ici avec Bnssuet (Instr. sur les étals d'oraison, I. V, S XIV) : « L'àme... ne croit plus opcTcr pendant qu'elle commence à exercer ses plus naturelles et plus véritables opérations. »
2. Maine de Birnn, sa vie et ses pensées, publiées par Ernest N'avilie, Paris, 1874.