Diretlorio mislico, 175i
« qu'on (roiivo (de ces àriies) dans la plupart des grandes villes, parmi ceux qui s'adonnent à la piété et visent à la perfection ; mèrne quand ce sont des personnes du monde' ».
Il semble, à vrai dire, (jue les mysticjues contemporains ne dépassent guère les états mj stiques inférieurs et n'aillent pas au delà de la quiétude '^ En tout cas, leurs états tendent de plus en plus à se dissocier de cet ensemble de phénomènes bruyants, jadis inséparables de la haute contemplation, et qui en étaient comme l'orchestration névrosée^ C'est qu'en effet ces phénomènes, auxquels on attribuait une origine surnaturelle et qui passaient pour les plus sûrs garants de la sainteté, sont, de nos jours, universellement considérés comme morbides, à tout le moins comme suspects. L'inconsciente suggestion de lentourage, loin de le favoriser comme elle faisait, en contrarie le déroulement. Si bien que — je néglige certains cas exceptionnels, où il faut voir de pures survivances* — Ton constate, entre les mystiques d'autre-
1. Op. cit , ch. XXVIII ; cf. le Journal spirituel de Lucie Christine (1870- 1908) publié par le P. Poulain en 1910 (non mis dans le commerce). Lucie Christine était une femme du monde, une mère de famille. Dès l'âge de vingt-neuf ans, elle atteignit « aux plus liantes grâces mystiques ».
2. « Sur la quiétude, dit le P. Poulain, j'ai des documents extrêmement nombreux ; mais assez peu sur l'union pleine. Je ne connais que peu de personnes qui y soient arrivées. »
3. « Dans ma petite vie, il n'y a que des choses très ordinaires », écrit la sœur Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), l'une des plus récentes mystiques que je connaisse ; et elle écrit encore : « Cette sainteti'"-là (non accompagnée de révélations, de miracles, etc..) me paraît la plus vraie, la plus sainte ; c'est elle que je désire, car il ne s'y rencontre aucune illusion. » {Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, Paris, s. d.)
4. Parmi ces cas, l'on peut citer celui de la sœur Marie de Jésus cruciQé (1846-1878), dont la vie, telle qne la raconte le P. Estrate (Paris, 1913), n'est qu'une suite d'invraisemblables prodiges ; ou encore celui de la sœur Gertrude-Marie (1870-1908), de la con-
lois et ceux d'aujounJ'hui, autant de différence qu'entre les guerriers empanachés et chamarrés des anciens tableaux de bataille et l'iunnble soldat moderne, dont l'uniforme terreux se confond avec le paysage...
Aujourd'hui comme autrefois, il est. prosternés dans l'angle de leur cellule ou de quelque chambre ignorée, des êtres choisis qui ont pris au sens littéral la promesse de lEvangile (« celui qui m'aime... moi je l'aimerai et je me manifesterai à àii^) et qui vivent en comnmnion intime avec le divin. Mais leurs expériences ne s'alourdissent plus de complications pathologiques. A quoi gagne d'autant le témoignagne qu'ils se jugent appelés à rendre. Témoignage perpétuellement renouvelé. Car ce sont eux qui, dans le dialogue engagé entre Pauline et Polyeucle — entre la liaison raisonnante et l'Intuition — s'expriment par la bouche de Polyeucte ; et jamais les deux obstinés interlocuteurs ne se lasseront d'échanger leurs répliques péremptoires :
Imaginations ! — Célestes vérités !
Etrange aveuglement ! — Eternelles clartés I
grégation de saint Charles d'Angers. « Ni extases, ni mirailes, noais la présence li;>bituel!emenl sentie, très souvent visible des anges, des saints, de Notre-Dame, et pins encore de Notrc^-Seigneur et de la sainte Trinité... » (Chanoine S. Legueu, Une mystique de nos jours, Angers, s. d.) i. Jean, XIV, 21.
.S'e rapporte à la noie 1 Je la page 26.
LES ADIEUX DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION A SON FILS '
...La dernière résolution étant prise, et le jour de son départ arrêté, quelques heures avant que de sortir, elle prit son fils en particulier et lui fit ce discours pour lui dire adieu: Mon fils, j'ay à vous communiquer un grand secret que je vous ay tenu caché jusques à présent, parce que vous n'étiez pas en âge de l'écouter ny d'en comprendre l'importance... Je vous diray donc que dès le temps que Dieu m'a séparée de votre Père, avec lequel je n'ay vécu que deux ans, il m'a donné le dessein de quitter le monde et de me faire religieuse. Depuis ce temps-là, ce dessein s'est toujours fortifié, et si je ne l'ay pas exécuté, c'est qu'étant jeune comme vous étiez, je n'ay pas voulu vous quitter, croyant que ma présence vous étoit nécessaire pour vous apprendre à aimer Dieu et à le bien servir. Mais aujourd'huy que je suis sur le point de me séparer de vous, je n'ay pas voulu le faire sans vous le dire, et vous prier de le trouver bon. Je pouvois vous quitter sans faire bruit et sans vous en parler.
1. Vie de la vénérable mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de la Nouvelle France, tirée de ses lettres et fie ses écrits par dom Claude Martin, son fils. Paris, 1677, 1. 1, ch. wxi.
MONTMORAND. lo
car il y va de mon salut, et quand il est question de se sauver, il n'en faut demander congé à personne. Mais parce que je n'ay pas voulu vous attrister et que vous eussiez été trop étonné de vous voir tout d'un coup sans père et sans mère, je vous ay pris icy en particulier pour vous demander votre consentement... Ne voulez-vous... pas bien que j'obéisse à Dieu, qui me commande de me séparer de vous? — A ces paroles, son fils, à qui elle n'avoit pas coutume de faire des discours si graves et si sérieux, demeura comme interdit, et dans son étonnement tout ce qu'il put dire fut de faire cette réponse d'enfant : mais je ne vous verray plus. A. quoi elle répartit : Ne dites pas cela, mon fils, vous me verrez tant qu'il vous plaira, et c'est pour cela que je ne m'éloigne pas de vous... — Puis qu'ainsi est, dit-il, que j'auray la consolation de vous voir et de vous parler, je le veux bien. Ayant obtenu ce consentement, elle reprit son discours et le continua en cette sorte : J'aurois eu bien de la peine à me séparer de vous, si vous y aviez apporté de la résistance, parce que je ne veux pas vous mécontenter ; mais puisque vous le voulez bien, je me retire etvous laisse entre les mains de Dieu. Je ne vous laisse point de biens, car, comme Dieu est mon héritage, je désire qu'il soit aussi le vôtre... Aimez Dieu et Dieu vous aimera, et aura soin de vous en quebiue état que vous soyez. Adieu, mon fils.
Voilà le testament que cette bonne Mère fit à son fils... C'étoit le lieu et le temps de lui donner un baiser, pour dernière marque de son affection, mais elle ne le fit pas, comme elle ne l'a voit jamais fait auparavant, ce qui me semble rare dans une mère, et ce qui m'a toujours donné de l'étonnement jusques à ce que j'en aye appris la cause... sçavoir que, dans le dessein qu'elle avoit de le quitter un jour en se donnant à Dieu, depuis l'âge de deux ans elle ne lui fit aucunes caresses, et ne permettoit pas qu'on luy en fît... afin que n'étant point élevé dans les tendresses et dans les sensibilités des enfants, il fût moins touché quand le jour de la séparation serait venu...
Elle sortit enfin du logis pour se rendre aux iTSulines... Elle pouvoit faire en sorte que quelqu'un divertît adroitement
son fils... Mais elle permit qu'il allât avec elle, et qu'il marchât à son côté, avec quelques personnes de ses amies qui l'accompagnoient... Le reste du chemin et de la cérémonie se fit en la manière qu'elle va le décrire : « Sortant de notre logis pour entrer en la maison de Dieu, cet enfant vint avec moy tout résigné. Il n'osoit me témoigner son affliction, mais Je luy voiois couler les larmes des yeux qui me faisoient bien corinôître ce qu'il sentoit en son âme. // me faisait si grande compassion qu'il me semblait quon m'arrachoit L'dme ; mais Dieu m'étoit plus cher que tout cela. Le laissant donc entre ses. mains, je luy dis adieu en riant... *. »