ch. IV
APPENDICES 23.'î
frances que j'éprouvais au cœur étaient si vives qu'il me semblait parfois qu'on me le déchirait avec des dents ai^^uës; l'intensité ile la douleur arriva à toi point que l'on craignit que ce ne fût de la rage. Ma faiblessi^ était extrême ; l'excès du dégoût ne me ])ermeUait de rien prendre, si ce n'est du liquide. La fièvre ne me cpiittait pas ; et des médecines que pendant un mois on m'avait fait prendre, m'avaient épuisée. Je sentais un feu intérieui' (|ui m'embrasait. Les nerfs se contractèrent, mais avec des douleurs si intolérables, que je ne trouvais ni jour ni nuit un instant de repos. A cela venait encore se joindre une profonde tristesse. Voilà ce que je gagnai dans ce voyage. Mon père se hâta de me ramener chez lui. Les médecins me virent de nouveau ; ils désespérèrent de moi, déclarant qu'indépendamment de tous ces maux, je me mourais détisie. Insensible à l'arrêt qu'ils venaient de prononcer, j'étais absorbée par le sentiment de la soulTrance. Des pieds jusqu'à la tète, j'éprouvais une égale torture. De l'aveu des médecins, ces douleurs de nerfs sont intolérables ; et comme chez moi leur contraction était universelle, j'étais livrée à un indéfinissable tourment*...
Ce martyre, ayant duré près de cinq mois, s'acheva par une crise terrible. Pendant quatre jours, Thérèse resta « privée de tout sentiment ». On la crut morte. Cependant, elle revint à elle, — mais dans quel état :
De ces quatre jours d'etïroyable crise, il me resta des tourments qui ne peuvent être connus que de Dieu. Ma langue était en lambeaux, à force de lavoir mordue. N'ayant rien pris dans tout cet intervalle, faible d'ailleurs à me sentir étoufTer, j'avais le gosier si sec qu'il se refusait à laisser passer même une goutte d'eau. Tout mon corps était comme disloqué, et ma tête dans un désordre étrange. Mes nerfs s'étaient tellement contractés ([ue je me voyais en quelque sorte ramassée en peloton. Voilà où me réduisirent ces quelques jours d'indicible douleur. Je ne pouvais, sans un secours étranger, remuer ni bras, ni pied, ni main, ni tète ; aussi immobile que si j'eusse été morte, j'avais seulement, me semble-t-il, la foVce de mouvoir un doigt de la main droite. On ne savait comment m'approcher : tout mon corps était dans un état si lamentable que je ne pouvais supporter le contact d'aucune main : il fallait me remuer à l'aide d'un drap que deux personnes tenaient chacune par un bout. Je restai ainsi jusqu'à Pâques fleuries (Dimanche des Rameaux de l'année 153(i)2.
\. Cil. V.