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La, stigmalisalion, t. II

2. La sainte se plaint (Vie, ch. vi) du « triste état où l'ont réduite les médecins de la terre ».

3. « L'un des premiers médecins qui aient décrit les formes pernicieuses de la lièvre intermittente, Louis Mercado, médecin du roi d'Espagne Philippe III, observait, nous dit le D-^ Goix, à l'époque et dans la province même où vivait l'illustre réformatrice du Garmel. » Mercado a laissé un livre : De febrium essentia, differentia, curatione Valladolid, lo86.

4. Le professeur Colin (dans son Traité des fièvres intermitlentes) rapporte une observation où, comme chez sainte Thérèse, il y eut coma et contracture consécutive.

MOKTUORAND. 1(3

thésies (ceux qui en ont les méconnaissent presque toujours') : la plupart n'ont jamais d'attaques, du moins de grandes attaques complètes comprenant les quatre périodes classiques.

Les « défenseurs » de sainte Thérèse ne sauraient donc se prévaloir de ce quelle omette certains symptômes de l'hystérie. Parmi ceux qu'elle décrit, il en est qui, même pris isolément, ne peuvent se rapporter qu'à la névrose : qu'estce que des contractures, des paralysies guérissant d'emblée ; des tremblements qui ne sont ni d'origine alcoolique, ni d'origine mercurielle ? — Que si l'on considère ces symptômes, non plus isolés, mais réunis dans la même personne ; si on les combine avec les autres symptômes très significatifs (syncopes, troubles gastriques, etc..) accusés par la sainte, et qu'on les rapproche de ses crises convulsives, notamment de celle de 1535, qui a tous les caractères d'une grande attaque incomplète, vraisemblablement précédée de trois mois de petites attaques, — le diagnostic à formuler s'impose avec évidence, et l'on ne peut éviter de conclure à l'hystérie.

Mais l'on objecte (jue la plupart des accidents dont se plaint Thérèse persistèrent chez elle après la ménopause. C'est oublier ou ne pas savoir que l'hystérie peut s'atténuer avec l'âge, mais qu'elle ne guérit jamais : la croyance à sa disparition coïncidant avec la période critique se rattache à cette théorie, aujourd'hui complètement abandonnée, d'après laquelle la passio hysterica aurait son siège dans l'utérus.

L'on objecte encore que certains d'entre les symptômes physiques constatés chez Thérèse (fièvre, cachexie) sont

l. P. JaDet, Elat mental des hystériques, les stigmates mentaux : « Quand on observe une hystérique pour la première fois, ou bien quand on étudie des malades venant de lu campagne et n'ayant pas été examinées par des spécialistes, on constate... qu'elles portent, sans pn souffrir et sans s'en douter, les anesthésies les plus profondes et et les plus étendues. Lasè};iie, qui a analysé avec grand soin beaucoup des caractères moraux de l'hystérie, a souvent signalé cette ignorance des malades. M. Charcot insistait souvent sur ce point et montrait que beaucoup de malades sont très surprises quand on leur révèle leur insensibilité. Tous les auteurs plus récents sont aussi d'accord sur ce point. »

incompatibles avec la névrose. Si cette affirmation était exacte (elle ne l'est pas, et il existe des fièvres, des cachexies hystériques), il s'ensuivrait, tout au plus, que l'hystérie n'a pas été la seule maladie de la sainte. A supposer, du reste, qu'elle n'ait pas été hystérique, quel nom donner à son mal ? L'on parle d'éclampsie, de paludisme... Mais l'éclampsie est une allection spéciale aux enfants et aux femmes dans l'état de puerpéralité; quant à la fièvre pernicieuse, elle n'atteint que des individus non acclimatés, et d'ailleurs n'afFecte jamais la forme convulsive.

L'on objecte enfin que sainte Thérèse, sous le rapport intellectuel et moral, fut « au pôle opposé des hystériques ordinaires ». C'est que l'on se fait des idées fausses touchant l'étatmental de ces malades. Beaucoup d'entre eux sont fort intelligents; beaucoup ont « du caractère ». L'aboulie n'en est pas moins l'un de leurs principaux « stigmates ». Mais qui dit aboulie ne dit pas nécessairement absence de volonté; et l'aboulie hystérique se traduit plutôt par le besoin de direction : un besoin de direction qui n'exclut ni l'activité, ni l'énergie, et qui s'accompagne souvent du besoin de diriger.

J'ai exposé en toute impartialité les arguments émis de part et d'autre. Il ressort de tant de controverses que sainte Thérèse, si elle ne fut pas hystérique, eut du moins le tempérament névropathique le plus nettement caractérisé K

Que l'on ne dise pas, avec le P. Ilahn — au cas où l'on admettrait comme lui l'hypothèse de l'hystérie— qu'elle fut

i. Voilà qui s'applique aux mystiques en général. Mais, à ce sujet une observation curieuse. L'hystérie paraît être, on le sait, plus fréquente chez les femmes que chez l-s hommes. Or il résulte de recherches faites dans les annales des ordres religieux que le nombre des extatiques hommes dépasse de beaucoup celui des extatiques femmes (Imbert-Cjourbeyre, La stigmatisation, t. II, pp. 278, 435)

atteinte d'une hystérie purement organique'. Il n'y a pas d'hystérie organique, provenant d'une lésion des centres nerveux. L'hystérie, on le sait aujourd'hui, est une maladie (parfois une simple anomalie) exclusivement mentale, qui se complique, sans doute, d'un grand nombre de symptômes organiques, mais dont tous les symptômes organiques doivent être interprétés psychologiquement.

1. Le P. Habn, qui distingue à tort l'hystérie organique de l'hystérie intellecluelle, se met, en outre, dans une position intenable quand, ayant classé en deux espèces les manifestations extraordinaires rapportées par la sainte — celles qu'elle attribue au démon, celles dont elle juge que Dieu est l'auteur — il admet la réalité des manifestations d'orifrine supposée divine et rejette les autres comme étant des hallucinations de nature hystérique. Son confrère, le P. Louis de San, lui a très justement objecté que les preuves par lesquelles il prétend établir l'origine divine des manifestations de la première catégorie démontrent avec la même force probante l'origine diabolique des autres.

5e rapporte à la noie 3 de la page 110.

MARIE d'aGRÉDA ' ET LA CITÉ MYSTIQUE DE DIEU ^

Les révélations privées qui sont, dans leurs parties vérifiables, un tissu d'erreurs % abondent trop souvent, dans les

1. Marie de Jésus (1602-166S) fondatrice et première abbesse du monastère franciscain récollet d'Agréda, en Vieille-Gastille, jouit, en son temps, d'une immense réputation et entretint pendant de longues années une correspondance suivie avec le roi d'Espagne Philippe IV. Elle avait de continuelles extases, accompagnées de lévitations (suivant son biographe Samaniengo, un souffle, au cours de ces lévitations, suffisait à la faire osciller). Elle est l'auteur d'un journal interminable et soi-disant révélé dans toutes ses pages « de la vie de la sainte Vierge... où elle ne se propose rien moins que d'expliquer jour par jour et moment par moment tout ce qu'ont fait et pensé la Mère et le Fils, depuis l'instant de leur conception jusqu'à la fin de leur vie ». « Le seul dessein de ce livre porte sa condamnation », dit Bossu et, à qui j'ai emprunté les lignes qui précèdent (Remarques sur le livre intitulé : La mystique cité de Dieu, éd. Lâchât, t. XX, in fine), et il conclut qu' « il faut s'opposer à une fable qui n'opère qu'une perpétuelle dérision de la religion ».

La Mystique cité fut condamnée par Innocent XI en 1681 ; et, en 1771, Clément XIV « imposa — proptcr librum — un silence éternel à la béatification de Marie d'Agréda » (Ghaillot, Principes de théologie mystique, Paris, 1866).

2. La cité mistiquc de Dieu... histoire divine... et la vie de la très sainte Vierge Marie, mère de Dieu... manifestée dans ces derniers siècles par la même sainte Vierge à la sœur Marie de Jésus... qui l'a écrite par le commandement de ses supérieurs et de ses confesseurs, traduite de l'espagnol par le P. Thomas Groset, recollet. Brusselles 1715 (la première édition espagnole est de 1670).

3. D'erreurs scientifiques, par exemple. C'est ainsi que le traité Des subtilités de la nature (Subtilitatum diversarum naturarum creat%irarum

autres, en divagations, en imaginations puériles ' et parfois grotesques -. Suivant les théologiens, il se pourrait que des imaginations de ce genre se mêlassent à des révélations véritables, dont elles ne seraient que l'impur résidu et l'humaine scorie. Mais les rèvcs de certains voyants aiïectent un caractère d'insanité continue qui discrédite l'ensemble des communications avec lesquels ils se confondent et dont il devient impossible de les isoler.

En fait d'insanités, le livre de Marie d'Agréda est une mine inépuisable. Les révélations dont elle est favorisée sont — elle le tient de Dieu lui-même — des vérités « constantes et certaines » (1'" p., 1. I, ch. 1 et 3* p., 1. VIII, ch. 23), et c'est outrager la Vierge que de n'y pas ajouter foi ^ Forte de cette conviction, elle affirmera doctoralement

libri novem) de sainte Hildegarde, ses traités de médecine et son Liber divmorum operum sont une encyclopédie, souvent amusante, des bizarres théories pliysiologiques et médicales admises de son temps ; une encyclopédie qu'elle croyait révélée de tout point. « Ce que je ne vois pas dans ma vision, je l'ignore, car je suis illettrée, déclare-t-elle en effet, et je n'écris que ce que j'entends » (Migne, Patroloyie, t. CXGVII, col. 18).

d. C'est ainsi que Marguerite-Marie Alacoquc raconte, dans son autobiograpliie, avoir entendu les séraphins chanter, « d'un concert admirable », ces vers désolants:

L'amour triomphe, l'amour jouit, L'amour du saint cœur réjouit ;

ou bien encore une voix d'en haut lui « dire intelligiblement » ceux-ci, qui ne valent pas mieux :

Rien de souillé dans l'innocence; Hien ne se perd dans la puissance; Hien ne pass.i en ce beau séjour; Tout s'y consomme dans l'amour.

2. Sainte Gortrude apprit par des révélations que, le jour de la Nativité, les Sodomites existant pour lors dans le monde avaient été exterminés jusqu'au dernier ; que saint Jean l'Evangélisle était l'époux des noces de Cana, mais qu'à la vue du miracle il avait quitté sa femme; que, si le mot alléluia contient toutes les voyelles excepté \'o, c'est que l'o exprime la douleur, elc...(^^e hcrnul de P amour dlvin,\. IV, ch. ii, iv, xxvii).

3. « II n'y a rien du vôtre dans cette iiistoire — c'est la Vierge qui parle — et vous ne devez non plus vous l'attribuer qu'à la plume avec laquelle vous l'écrivez, puisque vous n'êtes que l'instrument de la main du Seigneur, qui se sert de vous pour manifester mes paroles... Si quelqu'un n'ajcjute pas foi à ce que vous écrivez, ce ne sera pas vous qu'il offensera, mais ce sera moi et mes paroles qu'il outragera. » C2« p., 1. VIII, ch. 1-2.)

qu'il existe un ciel de cristal (2" p., 1. III, ch. 2), lequel se divisa en onze parties au moment de Tlncarnalion (2^ p., n° 12S : passage omis dans la traduction française) ; que les anges furent créés le premier jour, qui répond au dimanche, et les mauvais anges précépités le lundi matin (1" p., n" 122); que le corps du Sauveur, fait de trois gouttes de sang que fournit le cœur de la sainte Vierge, prit forme un vendredi vingt-cinq mars, à la pointe du jour de Tannée de la. création du monde 5199 (2*p.,I. 111, ch. H); que, « pour faire la circoncision avec toute la révérence qui étoit possible en un tel lieu » (la grotte de la nativité), saint Joseph alluma deux cierges, etc., etc.. — Mais il faut citer un peu longuement, pour leur exceptionnelle extravagance, des fragments des chapitres (les IS*" et IG*" de la 1"' p.) (|ue Marie d'Âgréda consacre au récit de la conception de la Vierge * :

En cette conception, quoique le père ne fût pas naturellement infécond, la nature étoit déjà corrigée et quasi éteinte en lui, à cause de son âge : et ainsi elle fut, par la vertu divine, réparée et prévenue ; de sorte qu'elle put opérer et opéra de son côté avec toute perfection et retenue des puissances et proportionnellement à la stérilité de la mère, la nature et la grâce concourant en l'un et en l'autre en ce qui étoit seulement précis et nécessaire; et cette grâce fut surabondante et puissante pour engloutir la même nature, ne la confondant pas pourtant, mais la relevant et perfectionnant d'une manière miraculeuse ; afin que l'on reconnût que la grâce s'éloit chargée de cette conception, ne se servant de la nature que pour en prendre ce qu'il falloit pour donner à cette ineffable Fille des pères naturels...

La sagesse et le pouvoir du Très-Haut prirent un si grand soin... de la formation du corps très pur de Marie, qu'il le composa avec un grand poids et une juste mesure, tant en la quantité qu'entre les qualités des quatre humeurs naturelles, sanguine, mélancolique, flegmatique et bilieuse...

La première conception du corps de la Très Sainte Vierge se lit en un jour de dimanche, répondant à celui de la création dos anges, dont elle devoit être la reine et la supérieure. Et bien que, selon l'ordre naturel et commun, les autres corps aient

1. « Ce qu'on fait raconter à la sainte Vierge dans le chapitre 15, sur la manière dont elli' fut conçue, fait horreur, et la pudeur en est oiTensée... » (Bossuet, Remarques, etc.)

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