PSYCHOLOGIE DES MYSTK^ES
besoin de plusieurs jours pour être entièrement organisés et pour recevoir la dernière disposition, afin que l'àme raisonnable y soit infuse; comme l'on dit qu'aux garçons il leur en faut quarante, et aux filles quatre-vingt, un peu plus ou moins, selon la chaleur naturelle et la disposition des mères; néanmoins la vertu divine abrégea le temps naturel en la forînation du corps de la très sainte Fille, et ce qui sedevoit opérer dans les quatrevingt jours (ou en ceux que naturellement il falloit) se fit avec plus de perfection dans sept. Pendant lesquels ce corps miraculeux fut entièrement organisé et tout disposé dans le sein de sainte Anne, pour recevoir la très sainte âme de sa fille et de notre reine.
Le samedi suivant et le plus proche de cette prenriière conception, se fit la seconde, le Très-Haut créant l'âme de sa Mère et l'infusant dans son corps... Les intentions du Seigneur furent mystérieuses dans la correspondance de sept jours qu'il mit dans cet ouvrage, avec les sept autres qu'il employa, selon la Genèse, à créer tout le reste de l'univers...
Des l'instant de sa conception. Dieu « lâche » sur Tàme de Marie « le torrent impétueux de sa divinité » et de ses grâces ; il lui donne la science infuse et lui fait connaître en lui toutes les créatures :
Elle découvrit avec une grande pénétration, dès l'instant de sa conception, tous les hommes, tous les anges, leur ordre, leur dignité et leurs opérations, et toutes les créatures irraisonnables avec leur instinct et leurs qualités. Elle connut la création, l'état et la perte des anges... le premier état d'innocence d'Adam et d'Eve; comme ils furent trompés: leur péché et les misères auxquelles nos premiers parents furent sujets par ce péché, et, par eux. tout le genre humain... Et c'est une chose digne d'admiration que, ce tendre corps étant si petit dans le premier instant qu'il reçut l'âme très sainte, qu'on aurait eu bien de la peine d'apercevoir seulement ses puissances extérieures ; néanmoins, afin qu'il ne manquât aucune de ces merveilles qui pourroient rendre illustre celle qui avoit été choisie pour Mère de Dieu, la puissance de la droite divine ordonna que, dans la connaissance et la douleur qu'elle (Marie) avoit de la chute de l'homme, elle pleurât et versât des larmes dans le sein de sa Mère, connaissant l'injure que la grièveté du péché faisoit au Souverain Bien.
5e rapporte à la noie 3 de la page 186.