‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 17 sur 161 · Lettre des 8 et 9 février io · texte numérisé non relu

Lettre des 8 et 9 février io

elle exprime, en vers d'une harmonie p«'nélranle. l'impression que lui laisse la beauté des choses :

0 forêts, ù massifs — Plantés par la main de mon Bien- Aimé ; — 0 prairie toujours verdoyante, — Émaillée de fleurs, — Dites-moi s'il vous a traversées ? — En répandant mille grâces, - Il a passé à la hâte par ces forêts, — Et, en les regardant, — Sa seule figure, — Les a laissées revêtues de sa beauté...

Ce sentiment de la nature, si caractéristique, ne va pas, chez les mystiques orthodoxes, sans celui de l'universelle solidarité. Saint Franrois d'Assise se sentait en communion avec tous les êtres vivants. « Il ramassait les vers du chemin et les mettait à l'abri des passants ; il s'ingéniait pour sauver un agneau de la mort ou de la mauvaise compagnie des chèvres et des boucs ; il conspirait pour l'aire échapper l'animal pris au piège, et lui donnait de bons conseils pour ne plus se laisser prendre.... Le grand signe auquel on reconnaît les âmes préservées du pédanlisme vulgaire, l'amour et l'intelligence de l'animal, fut en lui plus qu'en aucun

honnue il vovait des degrés dans l'échelle des êtres,

mais non de brusques ruptures*.... ». — Cet amour, celte intelligence de l'animal se retrouvent chez tous les mysti(iues, plus généralenu-nt chez tous les saints, chez un saint Bernard, par exemple, sauvant un lièvre poursuivi par les chasseurs et le cachant sous sa robe....

Si leur sympathie s'étend jusqu'aux animaux, il va sans dire qu'elle se manifeste plus vive à l'égard des honnnes, de ce « prochain » qu'ils aiment, suivant le précejite évangélique, du même amour dont ils aiment

!. Renan, Nouvelles études d'hisloire relii/ienDr.

Dieu. On ;i pivtciidu que sainte Tli('n\s(3 ne s'était jamais souciée des pauvres. Accepter cette opinion, ce serait bien mal la connaître ^ et bien mal connaîtn; les mys tiques en général. La vérité, c'est qu'ils ont pratiqué la charité sous toutes ses formes, qu'à l'aumône et à la prière ils on! joint le don complet d'eux-mêmes. Et quand le « prochain » est un « proche », — dans les relations d'amitié et de famille — ils font preuve de la plus délicate tendresse de cœur. Pascal a dit : « On ne s'imagine Platon et Aristote qu'avec de grandes robes de pédants. C'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis. » On pourrait dire de même : on ne s'imagine les mystiques que perdus en Dieu, et raidis dans l'immobilité de l'extase. Ce furent des parents et des amis excellents, prenant part à toutes les peines et à toutes les joies de ceux qui les entouraient.

Leur attitude à l'endroit de leur§ proches ne laisse pas cependant d'être déconcertante. Sainte Thérèse, au moment de quitter la maison paternelle, entre en des angoisses indicibles ; il lui semble « que ses os vont se détacher les uns des autres "- » ; toute sa 'vie, elle ne cessera de correspondre avec ses frères et sœurs, de s'intéresser à leurs affaires, même matérielles. Sainte Chantai, devenue « mère selon la grâce », n'en reste pas moins « mère selon la nature » : elle marie ses enfants, elle administre leurs biens, et, lorsqu'ils meurent, tombe dans des accablements d'où l'on a peine à la tirer. La mère Marie de l'Incarnation, au moment de

1. Sur ce point, voy. Ribera, Vie de sainte Thérèse, 1. IV, cIj. xi et xis, et Rousselot, Les mystiques espagnols, ch. xii.

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