‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 2 sur 161 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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cisme, — de tous les mysticismes. Car il en est de nature et de qualité bien diverses, depuis celui, d'ordre inférieur, qui demande à l'alcool et aux anesthésiques la clef des paradis artificiels. Jusqu'aux plus hautes tentatives pour atteindre à l'Aljsolu par delà l'intelligible.

Cette étude n'embrasse pas, on le pense bien, les innojnbrables variété' s du nti/sficisme ; il n'ij sera question des mystiques qu'au sens le plus étroit, le plus précis du mot; parmi les mystiques proprement dits, que des mystiques cl in'' tiens ; parmi les mystiques chrétiens, que des mystiques catliolifjiu's orthodoxes (^j'estime que le mysticisme catholique orthodoxe est un mysticistne original et distinct de tous les autres).

J'ai lu, en vue de ce livre, d'abord les mystiques euxmêmes. Leurs éctnts, précieux à titre de documents, ne sont pas sans valeur littéraire; et l'on pourrait, en y choisissafit des payes, composer un florilège où les plus fines introspectio?is voisineraient avec des balbutiements puérils ou sublimes, des cris de joie, de douleur et d'amour d'une poignante sincérité, parfois d'une éloquence incomparable.

J'ai lu, en même temps que les mystiques, les théologiens qui les ont commentés, et aussi les hommes de science qui ont apporté leur contribution à l'étude du sentiment religieux.

Les théologiens ont consciencieusement décrit, doctement classé et systématisé les phénomènes et les états mystiques. Mais — je parle de ceux d'autrefois — le

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sens critique leur fait entièrement défaut ; et quelquesuns de ceux d'aujourd'hui ne sont guère e?i progrès sitr leurs devanciers ' . E71 revanche, il en est d'autres ' qui, familiers avec les méthodes et les progrès de la psychologie contemporaine, ont publié, sur les questions se rattachant à la mystique, des travaux dont la valeur apologétique se renforce de tout ce qu'y peut ajouter l'information la plus étendue.

Je rne refuse à comprendre parmi les hommes de science tels fanatiques attardés dont l'étroit cerveau ne s'accommode que d'affirmations simplistes et pour qui mysticisme est dans tous les cas synonyme d' imbécillité ou de folie. Cette élimination faite, le groupe des philosophes et des neurologistes qui se sont attaqués aux études de psychologie religieuse, plus spécialement aux études mystiques, reste nombreux et compact.

1. Le livre du chanoine Ribet {La mijslique divitie distinguée des contrefaçons diaboliques et des analogies humaines, 4 volumes, Paris, 189.J-1903), fort utile par ailleurs et, en un sens, classique, mérite 'a cet égard une mention spéciale ; et l'on ferait un sottisier des légendes que M. Ribet reproduit sans la moindre hésitation et commente avec la plus désolaite naïveté. J'ouvre au hasard son second volume et tombe sur le chapitre intitulé La rénovation du cœur. Il y est raconté comme quoi le Sauveur procéda à la rénovation du cœur de sainte Catherine de Sienne, de la bienheureuse Jeanne de Valois, de sainte Catherine de Ricci, de la bienheureus'' Osanne de Mantoue, de la bienheureuse Catherine de Racconigi, de la bienheureuse Marguerite- Marie, etc., etc.. « Ce qui déconcerte la pensée humaine, observe l'auteur, c'est que, en plusieurs, cette rénovation semble s'être accomplie par une extraction mate'rielle du cœur naturel, et la substitution... d'un cœur nouveau, et, en plus d'une rencontre, d'un cœur que Notre- Seigneur a atlirmé être le sien propre » ; et il ajoute ces réflexions stupéfiantes : « Si l'on admet que l'extraction est physique et réelle, le renouvellement ou le changement du coeur ne présentent aucune difficulté... La substitution du cœur de Jésus au cœur de l'homme est moins facile à expliquer... 11 est difficile d'entendre comment le cœur physique du Sauveur peut, sans cesser de lui appartenir, devenir le cœur d'un autre, à plus forte raison de plusieurs à la fois. »

2. M.M. A. d'Alès, H. Bremond, L. de Grandmaison, J. Maréchal, J. Pacheu, L. Roure, etc..

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//s ne s'i/ son/, à vrai dire, nttaqnrs r/it'as.sec réremmenl. « // /"id a rouer, rr rirait M. liibot il n'y a f/uère plus d'une rinf/taine d'années^, que l'élude du sentiment relii/iewr. n'a pas donné beaucoup de peine au.c psi/r/ujlot/ues. Le uns l'omettent totalement ; les autres se contentent d'une mention sommaire, faite en courant ...» - - Ils ont depuis regagné le temps perdu; et les ôeau.r trarau,r de M. lUhot lui même, de 'MM. Flournoi/, (iodfernawx, Murisier, liécéjac, Leuha, William James, Henri Delacroix — pour nommer quehpies noms — attestent la persévérance et le succès d'un effort fpii, s'il n'a pas abouti à la solution de tous les problèmes, a eu du moim pour résultat de les poser tou,s, et de les poser correctemi'nt. A cet effort se sont associés d é minent s médecins psychologues, tels que MM, Pierre Janet, Georyes Dumas, Euyène- Bernard Leroy, qui ont constitué sur des données précises et d'après d'abondantes observations comparatives, la pathologie du mysticisme .

Je n'ai yarde de leur reprocher ce que William James eût appelé leur « matérialisme médical )>. Je sais que nos états de conscience dépendent en quelque mesure ou tout au moins s'accompaynent de processus organiques correspondants. Et je ne me sens nullement « heurté, diminué daiis ma vie intime devant les prétentions de l' Intel liyence à vouloir assigner les conditions matérielles » des choses'-. Il ne ?n apparaît pas

1. Dans sa Psi/chologir drx sentiments. 2« «mI. l'.*i(). Paris. F. Alcan. — K Des deii.x sortes i\o faits, L-rrivait un peu plus tanl .Murisier (Les mnliidies du seiiUiueul relinicii.r, '.\' t'-d. F. Alcan. lOO'.l), — des deux sortes de faits liistoiiques et psychiques qui conslitueni la religion, les premiers seuls ont ëté étudiés plus ou njoins scientifiquement. »

2. William James, L'tJxpérience reUjiense, cli. i. Paris, F. Alcan.

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71011 jj/iis ffuc, parre (pi'o/i en explique l'origine, « on en détruise du même coup la valeur ». L'analyse ne déflore qu'aux yeux des gens superficiels les objets auxquels elle applique sa méthode de froide investigation; et, si le mystère a sa poésie, la recherche de la vérité a aussi la sienne, dont s'enivrent les âmes profondes.

Ce qu'en revanche on peut reprocher à heaucoup de psychologues et deneurologistes, c'est de ne pas distinguer, dans le mysticisme , l'essentiel de l'accessoire, les thèmes fondamehlaux de leur accompagnement pathologique ; d'être enfin dépourvus de certaine sensilnlité spéciale et de cet instinct de souple sympathie grâce auquel, s'identifiant avec l'objet observé, les grands observateurs en épousent les contours, sauf à rentrer en eux-mêmes, et à retrouver, le moment venu, l'entière lucidité de leur jugem,ent.

Pour moi, ce n'est pas, comme tels autres, avec des rudesses de carabin, c'est avec des précautions d'entomologiste que j'ai saisi et retenu entre ynes doigts, pour l'étudier de plus près, le papillon qu'a décrit sainte Thérèse dans son Château intérieur, — le délicat papillon mystique dont les ailes, poudrées d'une cendre impalpable, se froissent au moindre contacta

Septembre 1919.

{. QiKilre des chapitres dont sp compose ce volume ont paru, entre 1903 et 190tt, d.ms la lievue phUosophique ; mais je ne les reproduis qu'après les avoir corrigés et remaniés.

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