‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 20 sur 161 · Vie, ch. ix · texte numérisé non relu

Vie, ch. ix

poils (1«' barbe arracbi's ! Il comptait les coups ilo l;i 11agellalion, me montrait en d«»tail à quelle place cliacun d'eux avait porté et me disait : C'est pour toi. pour toi. pour toi'! » Il lui disait rncore :

J"ai satisfait, j'ai porté ta pénitence, j'ai souirert borriblement. Pour toutes ces peintures et ces onguents qui ont déshonoré la tôte, la mienne fut... percée d'épines, ensanglantée, moquée, méprisée, méprisée jusqu'au couronnement! — Tu te peignais les joues... ma face a été couverte par les crachats... Tu t'es servie de tes yeux pour rejiarder en vain, pour regarder ce qui nuit... Mais les miens... ont été voilés dans mes larmes d'abord, et ensuite dans mon sang... Pour les crimes de tes oreilles,... j'ai entendu les fausses accusations, les parodies dénigrantes, les insultes, les malédictions... Tu as connu les plaisirs de la gourmandise... mais j'ai eu la bouche desséchée par la faim, la soif et le jeune... Tu as médit, tu as calomnié, tu tes moquée, tu as blasphémé, tu as menti... Mais j'ai gardé le silence devant les juges et les faux témoins, et mes lèvres closes ne m'ont pas excusé... Tu te souviens de certains plaisirs dus à certains parfums... mais j'ai senti l'odeur infecte des crachats... Ton cou s'est agité par les mouvements de la colère, de la concupiscence et de l'orgueil... mais le mien a été frappé et meurtri par les soufflets. Pour les péchés de tes épaules, les miennes ont porté la croix. Pour les péchés de tes mains et de tes bras... mes mains ont été percées de gros clous. . . Pour les péchés de ton cœur. . . le mien a été percé d'un coup de lance... J'ai dépensé pour les pécheurs mon sang et ma vie, je n'ai rien gardé pour moi... Tu ne trouveras ni péché ni maladie de l'àme dont je n'aie porté la peine et offert le remède. A cause des immenses douleurs (jue vos âmes misérables devaient subir en enfer, j'ai voulu être torturé pleinement et totalement. .\e t'afflige donc pas; mais

l. Ne semblerait-il pas que Pascal, dans son Mi/sière de Jésus, se soit inspiré d'An|;éIe?... « Je pensais à toi dans mon agonie; j'ai versé telles gouUcs de sang pour toi. »

tiens-moi compagnie dans la douleur, dans l'opprobre et dans la pauvreté.

J'ai It'iiu ù citer, nialgro sa longcur, celle pag«; ensanglantée, parce qu'elle exprime la forme douloureuse de la sensibilité, concentrée sur Dieu, des mystiques. Mais elle n'en exprime que la forme douloureuse. 11 en est une autre : leurs larmes ne coulent pas en vain, et leur pitié, leur repentir ne servent que d'aliment à l'amour dont ils s'enivrent pour le seul être vraiment aimable, seul digne de remplir la capacité de leur cœur. Cet amour se résume en un besoin irrésistible de s'unir à l'objet aimé : « L'esprit avide et affamé s'élance vers Dieu comme pour le dévorer », dit Ruysbroek, et, dans cette lutte inégale, reçoit des blessures « d'une intimité épouvantable ». Pour exprimer ces amoureux assauts et l'immense désir qui les consume, les mystiques, nous le verrons, empruntent au langage des amants ses expressions les plus passionnées : encore se plaignent-ils de l'insuffisance des comparaisons dont ils se servent ; et, comme les paroles pour l'exprimer, les actes leur manquent pour prouver leur amour. Du moins ne savent-ils le prouver que par leurs souffrances.

Augmenter ses mérites, expier ses fautes, conformer sa vie à celle de la victime divine, s'associer à elle dans l'oeuvre de la rédemption des âmes, compléter, suivant le mot de saint Paul S « ce qui manque à la passion du Clirist, quant à son corps, qui est l'Église », — voilà, certes, pour le chrétien, autant de motifs d'accepter

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