‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 24 sur 161 · Du Val, Yie de J/"'' Acarie, 1. 1, ch. xix · texte numérisé non relu

Du Val, Yie de J/"'' Acarie, 1. 1, ch. xix

2. Autobiographie. — Elle dit encore : « Tout mon corps souffrant d'extrêmes douleurs, cela soulajjeait un peu l'ardente soif que j'avais de souffrir. Ce feu dévorant ne se nourrissait ni contentait que du bois de la croix, de toute sorte de souffrances, mépris, humiliations et douleurs, et jamais je ne sentais de douleur qui pût égaler celle que j'avais de ne pas assez souffrir. »

sont ]v scandale de la raison. Il faut avouer que si, coniMie le dit Pascal, « c'est sortir de l'humanité que de sortir «lu milieu », les mystiques sont sortis de l'humaiiilt' : il leur était réservé d'aspirer à la souffrance • oinnie d autres à la joie, — et d'y trouver la joie parlaite.

Les considérations qui précèdent, touchant la scnsihililé des mystiques — la sensibilité est, nous l'avons vu, leur l'acuité maîtresse — seraient fort insuffisantes si l'on ne les complétait par une analyse des variations, si symptomatiques, de leurs étals alfectifs.

C'est un des caractères de la vie d'être rythmique, faite d'élans et de recueillements alternés. Ces oscillalions prennent, dans la \ie de nos sujets, une amplitude exceptionnelle, et la partagent en phases opposées.

Dans les moments où ils réalisent leurs « expériences », oïl ils perçoivent Dieu d'une perception directe, et par une sorte d' « attouchement spirituel' », ils éprouvent une impression de certitude qui exclut, à leurs yeux, toute possibilité d'illusion-. Cette certitude absolue s'est, à telle heure décisive, imposée aussi bien à l'esprit d'un Pascal qu'à l'âme d'une Angèle de Foligno ou d'une sainte Thérèse'' ; et elle survit, chez tous les mystiques.

1. Saint Jean de la Croix, Nuit obscure, 1. II, cli- xxiii; Vive flammp, sir. 2, V. 2.

2. Sainte Tliérùse, Vie, cli. xxiii ; Cfidl., 6«» dein., cli. ii, m (ive.

;J. a Certitude, certitude », — c'est le naot de Pascal après son « ravissement » du 23 novembre 1054. — « Lorsque je suis en oraison, écrit sainte Tliérése à saint Pierre d'Alcantara {Lettres, t. I, p. 16), et

aux occasions qui l'ont drtcrniinée. Écrivonl-ils. c'est, sous 'a dictée de Dieu, et sur son ordre : et lui-mênie leur inspire, non seulement leurs pensées, mais jus- <ju'au\ termes et aux comparaisons dont ils se servent*. A la certitude correspond ordinairement chez eux un état de ferveur intense. Ils sont comme transportés d'amour, et l'amour qui les possède est « dans un perpétuel mouvement^ », leur suggérant sans cesse de nouveaux desseins et de nouveaux désirs. Rien ne I(Hir pèse, ni ne leur coule, ni nv leur paraît diflicile. Leur cœur s'embrase et allume dans leur poitrine un inextinguible incendie; ou bien il « distille comme un alambic^ », et, de cette urne trop pleine, s'épanchent des larmes infiniment douces. En un mot, c'est l'heure de la joie, celle d'une ivresse qui s'exhale, dit sainte Thérèse, en

les jours où je jouis d'une douce tranquillité et où je ne pense qu'à Dieu, quand les plus savants et les plus saints hommes du monde s'assembleraient pour me convaincre que je suis dans l'erreur, qu'ils me feraient souffrir tous les tourments imaginables pour me contraindre à le croire... il me serait impossible d'en venir à bout... » — « Quand même on la mettrait en pièoes, on ne lui enlèverait pas la persuasion que c'est Dieu qui lui parle et qui la conduit. » (Écrit attribué à saint Pierre d'Alcantara en faveur de sainte Thérèse; cf. Ribera, Vie de sainte Thérèse, 1. IV, ch. vu).

1. Visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, 2= prologue : « Elle refut un ordre d'en haut, elle fut forcée et se rendit » ; Sainte Thérèse, Vie, ch. xxxix : « Beaucoup de choses consignées ici ne sont pas tirées de ma tête ; elles m'ont été dites par ce Maître céleste » ; Vie de la mère Marie de l'Incarnation (ursuline), Epîlre dédicatoire : « L'esprit de grâce qui me conduit m'a fait produire ce qu'il lui a plu » ; Marie d'Agréda écrit, elle aussi, sur l'ordre du Très- Haut, qui lui donne six anges pour l'assister (Cité mystique. Introduction et l''^ p., ch. i) ; « Écris... tout ce que je te dicterai », ordonne le Sauveur à Marguerite-Marie. — On citerait des affirmations analogues extraites des ouvrages de sainte Hildegarde, de sainte Elisabeth de Schœnau, de Mathilde de Magdebourg, de Suso, de Swedenborg, de Jacob Bœhme, — de tous les mystiques sans exception, à quelque confession qu'ils appartiennent.

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