‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 26 sur 161 · Sainte Thérèse, Vie, ch. xxx ; Chdl., G" dem., ch. i · texte numérisé non relu

Sainte Thérèse, Vie, ch. xxx ; Chdl., G" dem., ch. i

à fixer leur esprit, dont les divagations les excèdent; à moin? qu'ils ne tombent dans une « stupidité » qui les confond: « (1 marrive aussi pai'lbis, dit sainte; Tlién'se, de me trouver dans une sorte de stupidité, c'est le nom que je lui donne. Je ne fais ni bien ni mal; je marche, comme on dit, à la suite des autres, n'éprouvant ni peine ni consolation, insensible à la vie comme à la mort, au plaisir comme à la douleur'... »

Encore ne sont-ce là que les formes bénignes de la « sécheresse ». Le plus souvent, elle s'aggrave de tourments et d'inquiétudes de toute sorte. Nos mystiques entrent dans de cruelles angoisses, dans d'inextricables perplexités. Ils roulent « de doute en doute, de crainte en crainte^ » ; l'esprit de vertige, dit saint Jean de la Croix"\ « obscurcit leur intelligence, et la rempHt de scrupules ». Au sentiment de certitude, qui les soutenait naguère, succède le sentiment opposé : ils se demandent s'ils ne sont pas victimes d'illusions, si leurs visions ne sont pas fausses, si toute leur oraison n'est pas « une chimère^ ». Et ils sont hantés de conceptions délirantes, s'imaginant « être, par leurs péchés, la cause de tous les maux et de toutes les hérésies qui affligent le monde ■'^ ». Le Dieu de bonté qu'ils adoraient ne leur apparaît plus que comme un tyran cruel, un ennemi implacable, « armé pour mettre tout à feu et à sang^ ». Des pensées de colère et de haine les obsèdent. Leur foi

Page 1