II, ch. X
4i PSYCHOLOGIE DES MYSTIQUES
conscii'iicc organique ». « Suivant que le Ion de la vie s'élève ou s'abaisse, ajoute-l-il, nous sommes modifit's au fond de notre être à tel point que tout parait transformé autour de nous » ; et « la misère, l'inquiétude, la tristesse de 1 ànn^ p^o^ iennent souvent de l'indisposition de l'organisme ». — C'est aussi l'opinion de Godfernaux '. La vie mystique a, d'après lui, « pour hase constante une série de faits organiques ou cénesthésiques, traduits dans la con.science par des états afiectifs et des représentations mentales correspondantes... Ces faits organiques... peuvent se ramener à une hyper ou à une hypotension de l'énergie vitalr. Les états affectifs varient comme cette tension ; on possède Dieu plus ou moins, on est plus ou moins privé, selon qu'elle est plus ou moins intense... La série descendante, où le Ion \ilal est au-dessous de la normale, va de la tristesse légère, sans cause apparente, jusqu'à l'abandon, la désolation, la « piivation » totale, la stupeur noire, l'enfer spirituel... La série ascendante comprend les états d'hypertension ; elle va du simple état de béatitude passagère, de joie fugitive et sans cause, jusqu'à l'extase pure ». Et il définit le mystique : « un être chez qui les états d'hypertension prédonnnent ».
Cette inler[)rétation des variations alleclives chez les mystiques est fondée sur la lh('orie moderne de l'émotion, théorie dite de James-Lange-. — La joie et la trist<'sse sont inséparables, comme on sait, de certaines manifestations physiologi(iues. Dans la joie, l'on con-
1. La psychologie du nnjslicisme (Heviie philosophique, février 1902).
2. Sur cette théorie, que je me borne à résumer, voy. Ribot, Psychologie des senlimeuls, I" p., ch. vu ; G. Pumas, La tristesse et la joie, ch. IV, i\, et son introduction à la Théorie de l'émotion de W. James.
LES MYSTIQUES CATHOLIQUES ORTHODOXES ir,
stale racci'ir'ration de lu nufrilion, delà circulation, de l'activité respiratoire ; dans la tristesse, la constriction des vaso-moteur&, rabaissement de la respiration, le ralentissement' de la nutrition. Ces manifestations physiologiques, qui passaient pour des effets, sont, en réalité, des causes. 11 ne faut pas dire : je pleure parce que je suis triste, je tremble parce que je suis effrayé ; mais bien : je suis triste parce que je pleure, eflfrayé parce que je tremble. L'émotion, en un mot, doit être considérée comme un phénomène de nature physiologique et non psychique ; et il n'y faut voir que le retentissement dans la conscience de certains états de l'organisme. « Rétablissez la circulation dans le cerveau et dans le corps tout entier, rendez... la chaleur aux tissus, la tonicité aux muscles, que restera-t-il de la tristesse? Absolument rien que le souvenir de la cause qui l'a produite » ; une injection de sérum fait actif et gai tel individu déprimé ; et souvent telle représentation « qui nous paraissait pénible avant le déjeuner (alors que le pouls est à l'état d'hypotension) nous paraît indifférente après le repas (à la période d'hypertension)' ».
La théorie de James-Lange se borne, remarquons-le, à constater des faits, et, en réalité, elle n'explique rien. La grosse diiïiculté sera toujours de savoir, dit M. Georges Dumas, pourquoi — dans les cas normaux, ceux OLi la tristesse et la joie sont postérieures à des représentations mentales — tel ou tel état vaso-moteur