Vie, cil. M
t. En général seulement, car il y a des extases douloureuses, et, dans presque toutes, la béatitude est mêlée de douleur.
pagne pas moins, chez tous les sujets, de renseniblo des phénomènes physiologiques qui, normalement, devraient déterminer la tristesse : vaso-constriclion périphérique et cérébrale, ralentissement et parfois arrêt de la respiration et de la circulation. Qu'est-ce à dire, sinon que la théorie de James-Lange n'est pas assez compréhensive et ne s'applique pas à toutes les émotions. Rien d'étonnant, au surplus, puisque l'on constate chez les mystiques une interversion déconcertante de tous les appétits humains, à ce qu'ils ressentent joie et tristesse dans des conditions différentes de celles, voire même opposées à celles où les ressent le comnmn des hommes.
I. — Théories de KrafÏÏ-Ebing, de .Max Nordau, de James H. Leuba louchant les relations du mysticisme avec rérolisme. — Critique de ces théories.
II. — Les mystiques sont-ils atteints de manie erotique? Atrophie sexuelle de certains d'entre eux; attitude des autres au regard des émotions sexuelles. — Sont-ils des érotomanes? Leur érotisme verbaf ; comment il y a lieu de l'interpréter.
Ces êtres maladifs sont-ils des malados? Et, s'ils le sont, quelle est la maladie qui détermine chez eux les phénomènes et les états caractéristiques du mysticisme? — Ce problème pathologique, lequel, on le verra, se ramène à peu près exclusi\emenl à celui desavoii' si les phénomènes et les états mystiques relèvent ou non de l'hystérie', ne sera pas abordé dans le présent chapitre. L'on n'y traite, à litre de contribution préliminaire àla j)alliologie des mysti(jues, que des relations éventuelles du mysticisme avec l'érotisme.
L'aliénisle Kraiïl-Ebing pose en principe, dans sa l*s[fchopaUda sej'ualis, que « la vie sexuelle est le
{. L'on trouvera à la lin de ce volume (Appendice, n° 111) une étude sur le cas, clioisi comme typique et particulièrement « représentatif », de sainte Thérèse.
facteur le plus puissant de rcxistenco individuelle et, soeiale », (pie « (ouïe l'élhique et peul-èfre en grande partie l'eslliétique et la religion en dépendent ». Et, à l'appui de cette thèse, il établit, entre Tinslinct sexuel et r « instinct religieux », un ingénieux rapprochement. De même, dit-il, que l'instinct religieux se décompose en un sentiment de dépendance, auquel vient s'adjoindre un sentiment ^ amour; de même l'instinct sexuel est fait d'amour et de soumission illimitée à l'endroit de l'objet aimé. L'amoureux et le croyant prétendent également à la félicité infinie, et, poursuivant des fins qu'ils ignorent, aspirent également à se perpétuer, l'un sur la terre, l'autre dans l'au delà. Tous deux sont possédés d'un même besoin d'offrir des sacrifices, voire de s'offrir en sacrifice à l'objet aimé. Et l'instinct religieux, comme l'instinct sexuel, dégénère, soit en cruauté, soit en un besoin maladif de s'humilier et de souffrir : l'un s' exaspérant, dans ses perversions, jusqu'aux excès du fanatisme ou de l'ascétisme ; l'autre jusqu'au sadisme, avide de sang répandu et de tortures infligées, ou jusqu'au masochisme^, qui se fait une volupté des témoignages les plus avilissants de soumission. Enfin,
1. Cette qualification est empruntée au nom du romancier Sacher- Masoch, dont les ouvrages traitent de ce genre de perversion (Krafft- Ebing, traduction Laurent et Gsapo, [)p. 121, 177, à la note). — Parmi les masochistes célèbres, on peut citer J.-J. Rousseau, lequel, fouetté, à l'âge de huit ans, par M"" Lambercicr, trouva, dit-il (Congédiions, l'« p. 1. 1) « dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui lui avait laissé plus de désir que de crainte de l'éprouver derechef par la même main ». 11 ajoute que, quand il fut devenu un homme, « son ancien goi-it d'enfant, au lieu de s'évanouir, s'associa tellement à l'autre qu'il ne put jamais l'écarter des désirs allumés par ses sens » : « N'osant jamais déclarer mon goût (d'être fouetté) je l'amusoisdu moins par des rapports qui m'en conservoient l'idée. Etre aux genoux d'une maîtresse impérieuse, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étoient pour moi de très douces jouissances... »
MONTMORAND. 4
no PSYCHOLOGIE DES MYSTIQUES
Ips deux instincts, analogues « rn co qui touche ht nature et le quantum de lexcilalion ». peuvent se substituer 1 un à l'autre, s exalter en des extases similaires', parfois simultanées, en des manifestations déliranlcs qui s'associent presque toujours*.
Cette théorie d'une étroite connexité entre l'instincl sexuel et l'instinct relij^ieu.x, plus spécialement entre le mysticisme et l'érotisme, est aussi celle de Max Nordau. Il distingue, nous le savons déjà, deux formes de mysticisme, se rapportant, la première à un état de dépression de la volonté, à l'incapacité, pour le sujet, de contrôler ses associations d'idées : l'autre à 1' « hyperexcitahilité maladive de quelques centres cérébraux ». Ces deux iormes de mysticisme ont, suivant lui — la seconde surtout — « une teinte érotifjue nette » :
Chez l'hornine sain, dit-il, les centres sexuels sont les seuls qui, conformément à leur fonction, sont difTérenciés, organisés de telle sorte qu'ils n'exercent pas une activité uniforme et constante ; mais, la plus grande partie du temps, ils se reposent complètement et emmagasinent de grandes quantités de matières nutritives, pour les désagréger ensuite soudainement, d'une façon en quelque sorte explosive. Chaque centre nerveux qui travaillerait ainsi nous procurerait des sensations de volupté, mais il n'y a justement pas chez l'homme sain, en dehors des centres sexuels, d'autre centre
1. Cf. H. Delacroix, Remarques sur « Une mi/stique moderne, n Archives de l'sijchologie, t. XV, iléc. 1915 : « Les deux émotions (extatique et erotique) « reposent... sur un sclième affectif commun : au début une période de tension et d'excitation; agitation, résistance et attirance, résistance et désir: puis contact, pénétration, intimité; rassasiement, assouvissement total; enfin détente, lan^rueur, fatigue, bien-être n.
2. Hall, La folie erotique : « Très souvent, la folie erotique s'associe au délire religieux ; les grands mi/stiques d'autrefois nous en ont offert lies exemples, et nous rencontrons souvent dans nos asiles des cas absolument analogues ».
qui aurait à travailler ainsi, pour répondre aux buts de l'organisme. Chez le dégénéré, au contr.iire, (|uel(|ues centres cérébraux morbidement surexcités travaillent de cette façon, et les ravissements (|ui accompagnent leur activité explosive sont plus puissants que les sensations de volupté, dans la mesure où les centres cérébraux sont plus sensibles que les centres rachidiens subalternes... Les grands extatiques, une sainte Tbéièse, un Mahomet, un Ignace de Loyola, sont absolument dignes de foi quand ils assurent que les voluptés qui accompagnent leurs extases ne sont comparables à rien de terrestre, et sont presque au-dessus des forces d'un mortel. Cette remarque prouve qu'ils ont conscience aussi de la douleur aiguë qui accompagne la dr-sagrégation dans les cellules cérébrales surexcitées, et (junne analyse attentive discerne dans chaque sensation volu})tueuse très forte. La circonstance que la seule sensation organique normale à nous connue, qui soit semblable aux sensations de l'extase, est la sensation de la volupté, explique que les extatiques relient par l'association d'idées des représentations erotiques à leurs aperceptions extatiques ; ils interprètent l'extase ellemême comme une espèce d'acte damour supra-terrestre, comme une union d'espèce indiciblement élevée et pure avec Dieu ou la sainte Vierge ' .
De son côté, M. James H. Leuba, dans son étude sur « les tendances fondamentales des mystiques chrétiens^ », signale, en premier lieu, leur tendance « à la jouissance organique », et les qualifie d'érotomanes '. Il