‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 37 sur 161 · Revue philosophique, juillet-novembre · texte numérisé non relu

Revue philosophique, juillet-novembre

3. J'avais contesté l'exactiliule de cette qualKicalion dans un article, L'Erotomanie des miisliques chrétiens, puhl é dans la Renie philosophique (octobre li)03) et que je reproduis ici, non sans y avoir apporté de profondes modilicalions. M. le professeur Leutia m'a lépondu (même revue, janvier 19Ui) que j'avais involontain-nient di'naturé sa pensée, et il m'a rappelé avoir dit explicitement que « la tendance à la jouissance organique no ferait pas à elle seule un mystique chrétien » ; des érotomanes, oui, ajoute-t-il, « mais pas plus que des ascètes, pas plus que des âmes avides de justice et de pureté ». Je lui donne acte Lien

y il liiez eux, dit-il, un « Jébordemenl d'énergies sexuelles qui, ne trouvant pas leur issue ordinaire, s '«''gouttent en sourdine » et « produisent ces douleurs inelFables, ces pâmoisons languissantes, ces iurauTS (sic) brûlantes qui pimentent la vie des saints » . Les mystiques d ailleurs se rendent mal compte de ce qui se passe en eux, et ils repousseraient comme sîicrilège lidi-e de la participation des « organes condamnés » à leurs délices spirituelles. Celte participation n'en est pas moins certaine. « L'organisme sexuel peut entrer en activité et donner lieu à une jouissance intense sans que le sujet se rende compte de son origine... Toute émotion tendre, toute jouissance tendent, en vertu des relations qui existent entre les diverses parties du système nerveux, à éveiller les centres sexuels... Elles sont nombreuses, les lemmes cliez lesquelles une douce activité des centres sexuels ajoute une pointe d'exaltation à la jouissance qui; leur procure à certains moments un beau paysage, de la musique, une émotion maternelle, etc.. Si le voile qui maintient le secret venait à se lever, tant de saintes émotions et de pures joies se trouveraient entachées par la participation des organes sexuels ...»

Le rapprochement qu'établit KrafTt-Ebing entre linstincl sexuel et l'instinct religieux a une incontestable \alcur ; et, sans tombci' pour cela dans les exagérations

volontiers de cette rectification. Il n'en reste pas moins qu'il lient les mystiques comme étant aussi des érotomanes (dans le sens spécial qu'il (ïnnne au mot). C'est la seule qualification que je discutais, c'est la seale que je discute en ce moment.

(hî Froiid et de son école', l'on est en droil d'cifïiirner ((ue William James va beaucoup trop loin lorsqu'il nie (ju'il y ail plus de relations entre la religion et la sexualité qu'entre la religion el, par exemple, la fonction digestive ^. Ce seul fait que les deux éléments (amour <'t dépendance) dont se compose l'instinct sexuel, se retrouvent identiques dans l'instinct religieux, a une signification probante.

Krafit-Ebing, toutefois, s'en exagère la portée. L'élément primordial de l'instinct sexuel, c'est l'amour, au lieu que l'instinct religieux, envisagé dans sa forme primitive, paraît se rattacher exclusivement au sentiment de la dépendance : l'amour ne s'y incorpora, si l'on peutdire, qu'accessoirement et à une date relativement récente, quand l'homme, libéré de ses terreurs premières, conçut la possibilité d'entrer avec ses dieux dans des rapports de reconnaissance et d'affection réciproques. Les deux instincts, en un mot, n'évoluent pas de même, ils combinent leurs éléments constitutifs dans des proportions opposées : et il suit de là que leurs manifestations normales ou pathologiques ne sauraient être interprétées, bien que très analogues en apparence, comme relevant des mêmes causes. Il n'y a, par exemple, qu'une analogie toute superficielle entre les excès du fanatisme et de l'ascétisme, d'une part, et, d'autre part, ceux du sadisme et du masochisme : l'impulsion au sacrifice, commune à l'amoureux et au croyant, et qui dégénère en cruauté, répondant, chez celui-ci, à une idée primitive de contrainte magique, puis d'al-

1. Sur le pansexualisme de Frciid, voy. E. Régis et A. Hesnard, La psijchonnalijse des névroses et des psychoses, Paris, F. Alcan, 1914.

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