Christian mysticism, Methuen
MONTMORAND. 1
lion, le domairu' n'iativcmont ('Iroit (juc je me propose d'explorer.
Dans Ir langage usuel, le mot mysticisme désigne simph'meni une disposition d'esprit.
Qui dit mysticisme dit sentiment et goût du mystère; c'est ainsi que l'on qualiliera certaines races de mystiques, en les comparant à certaines autres ; (jue l'on opposera, par exemple, l'esprit allemand, rêveur et nuageux, ou qui passait autrefois pour tel, à l'esprit français, «''pris de clarlr, et parfois rapetissant le vrai, faute d'admettre l'incompréhensible.
Qui dit mysticisme dit encore tendance à subordonner le raisonnement à l'intuition ; à substituer, en tant que moyens de connaître, l'émotion et le sentiment à la pensée discursive ; à rechercher, comme essentiellement révélateurs, des états purement affectifs.
On applique également la qualification de « mystique » à la propension que l'on remarque, chez, beaucoup de détraqués de culture insuffisante, à lier les idées entre elles au hasard d'un vague symbolisme et sans tenir compte de leurs rapports logiques. « C'est un état d'âme dans lequel on croit percevoir ou pressentir des rapports inconnus entre les pjiénomènes, où l'on reconnaît dans les choses des indications de mystères, et où on les considère comme des symboles '. » Cet élat
1. Max Nordaii, Dégénérescence, t. 1., I. II, ch. 1 : Psychologie du mi/slicisme. Paris, F. Alcan. — Max Nordau distinjjue une autre forme de mysticisme, qui ne serait pas, celle-là, l'efTet d'une di'faillance de l'attention, de l'incaitacité, pour le sujet, de contrôler ses associations
d'âme implique l'amour du merveilleux, s'accommode de toutes les superstitions, et s'exprime en des pratiques à la fois naïves et malsaines : recours aux sciences occultes, à je ne sais quelles recettes de sorcellerie ou
de magie.
La tendance d'esprit mystique est-elle susceptible do se condenser en une doctrine philosophique définie? Cousin l'a prétendu.
L'histoire de la philosophie se confondrait, suivant lui, avec celle de quatre grands systèmes, issus logiquement les uns des autres.
La réflexion naissante, s'arrètant d'abord aux phénomènes de la sensation, les plus apparents de tous, y ramène, dit-il, toutes nos connaissances, toutes nos idées, et elle adopte le sensualisme. Mais bientôt elle descend plus avant dans la conscience ; elle y trouve des notions qu'elle ne peut réduire à des éléments purement sensibles. Frappée de la réalité de ces nouveaux phénomènes, elle passe sans transition du sensualisme à Vidéalisme. Cependant, voici qu'après s'être un instant donnée à l'un, puis à l'autre de ces deux dogmatismes opposés, elle se retire de tous les deux, et se réfugie dans le scepticisme. Une lui reste dès lors qu'une voie à tenter: forcée de renoncer au dogmatisme, et ne pouvant se résigner au scepticisme, elle croit se sauver en renonçant à elle-même, et se jette dans le mysticisme.
d'idées, mais décèlerait 1' « hyperexcitabilité maladive de quelques centres cérébraux ». Cette théorie sera discutée plus loin.
Le mysticisme, tel ([lie le cléfiiiit Cousin, emprunte contre la riiison toutes les armes du scepticisme, et prétend que c'est par le sentiment seul et par le ca»ur que l'on atleiiil aux \t'i-il(''s suprêmes el (jue Ton enti'e en rajtporl avec Dieu. Antirationnel par essence, le mysticisme n'en a pas moins eu, liistori(juement, sa forme rationnelle. Et Cousin, au mysticisme du sentiment, oppose un mysticisme de la raison, celui de la philosophie ali'xandrine. Les alexandrins, poussant à l'excès la dialectique platonicienne, et posant que toute détermination est imperfection, se firent un Dieu qui réalisait luiiilt', l'indétermination absolues, et d'où, par là même, étaient exclus l'être et la pensée. Ni la raison, ni le Cd'ui', qui aspirent à un ohjet réel, ne sauraient correspondre à un tel Dieu ; et l'on n'y atteint (jue par un mode de connaître emportant l'abolition de la conscience. Ce mode de connaître, c es\ l'extase (ini sens tout spécial où Plolin emploie le mol) : l'extase alexandrine, pure hypothèse, état chimérique qui, échappant à la conscience, échappe par là même à la mémoire et à la réflexion.
Il est inutile d'insister sur ce qu'a d'arbitraire et d';irli(iciel la théorie de Cousin relative à l'évolution des quatre grands systèmes auxquels il ramène toute la philosophie. L'existence du mysticisme philosophique « en tant que système défini et distinct » n'est nullement démontrée^'. En revanche, les systèmes les plus opposés ont une forme mystique, el la tend;mce, l'esprit n)ysti(iues se retrouvent chez un Spinoza, par exemfde. el chez un Auguste Comie, aussi bien que chez
l. E. Hoirac, Grande Encyclopédie, \" Mysticisme.
im Pascal ou chez un Maine de Biran. Si crpcndanl l'on lonail à attribuer au mysticisme philosophique quelque spécificité, il faudrait, arec M. Boirac, y distinguer, d'une part une méthode de pensée, d'autre part une doctrine. En tant que méthode, il « prétend cpnnaître les plus iuiutes vérités métaphysiques et morales par une sorte d'illumination ou de révélation intérieure et surnaturelle, en comparaison de laquelle tous les autres procédés de recherche et de preuve... sont inutiles et insuffisants ». En tant que doctrine, il consiste « à admettre l'identité fondamentale de notre âme et de Dieu, la présence de l'absolu dans notre propre conscience, d'où la possibilité, pour notre esprit, en réfléchissant sur lui-même, de rencontrer Dieu... C'est, pourrait-on dire, une sorte de panthéisme spiritualiste et moral ».
Entre le mysticisme philosophique et le mysticisme religieux, il y a la distance qui sépare une théorie abstraite d'une expérience vécue.
Avant d'être un ensemble d'affirmations dogmatiques, toute religion est un ensemble d'états affectifs d'un type spécial. Ces états affectifs, antérieurs, au moins logiquement, aux croyances et aux pratiques par lesquelles ils s'expriment, forment, comme le remarque M. Réville ', une double gamme : « Il y a la gamme qui se rattache au sentiment de la dépendance, et que nous pouvons dérouler de cette manière: respect, vénération, crainte,
i. Prolégomènes de l'histoire des religions; cf., dans la Grande Ency clopédie, au mot Religion, la belle étude du regretté Léon Marillier.