‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 42 sur 161 · Vie, ch. xxix · texte numérisé non relu

Vie, ch. xxix

un loni,' tlîird (lui était d'or, et dont la pointe en fer a\ait à Icxlrémité un peu de feu. De tem|>s en teuîj)s, il le plongeait, me semblait-il, au travers de mon cœur, et l'enfonçait jus- (praux entrailles' ; en le retirant, il paraissait me les emporter avec ce dard, et me laissait tout embrasée d'amour de Dieu. La douleur de cette blessure était si vive, qu'elle m'arrachait ces gémissements dont je parlais tout à l'heure: mais si excessive était la suavité que me causait cette extrême douleur, que je ne pouvais ni en désirer la fin, ni trouver de bonheur hors de Dieu. Ce n'est pas une souffrance corporelle, mais toute spirituelle, quoique le corps ne laisse pas d'y participer, et même grandement. ÇAunque no dexa de parlicipar el cuerpo algo, y aun harlo.)

Marguerile-Mario, dans son autobiographie, accuse des sensations — ou des impressions — analogues :

Étant donc revêtue de notre saint habit, mon divin Maître me fit voir que c'était là le temps de nos fiançailles... Ensuite il me lit comprendre qu'à la façon des anianls les plus passionnés, il me ferait gauler pendant ce temps ce quil y avait de plus doux dans la suavité des caresses de son amour. En effet, elles furent si excessives qu'elles me mettaient souvent toute hors de moi-même et me rendaient incapable de pouvoir agir...

Elle ajoute plus loin :

Il me fut dit : « Laisse-moi faire ciiaquc chose en son temps, car je veux que tu sois maintenant le jouet de mon amour, qui se veut jouer de toi selon son bon plaisir, comme les enfants font de leurs poupées. Il faut que tu sois

^. La m^me distinction entre les entrailles et le cœur est faite quelques lignes plus haut. A la vérité, dans sa Relation II an P. Rodrvjue Alvarez, au cours de laquelle elle emploie une fois de plus la comparaison de la (léclie. la sainte déclare que la doulounuse (et délicieuse) blessure, causée par celle flèche, n'est pas dans les sens.

ainsi abandonnée, sans vues ni résislanceç, me laissant contenter à tes dépens, mais tu n'y perdras rien... ' »

On osl en droit de- conclure do ce qui précède que le corps, chez une sainte Thérèse ou chez une Marguerite- Marie (et l'on pourrait étendre cette conclusion à tous h;s mystiques) ne resta pas totalement étranger aux jouissances de Tàme. Mais puisque les émotions sexuelles, dépour^ ues de spécificité, peuvent s'associer à n'importe (juelle émotion vive, ceténervement physique, ce retentissement sur les sens des joies intérieures n'ont rien, je l'ai déjà remarqué, que de parfaitement normal ^. Et, pai' ailleurs, l'altitude des mystiques au regard des

1. Le Df Rouby (Remie de l'hypnotisme, nov. 1902) parle, à propos de ces textes et d'autres textes analogues, qu'il cite inexactement, d' « hallucinations du sens génital ». Cette interprétation est neltenient démentie parle contexte.

2. Saint Jean de la Croix (Nuit obsc, I. I, ch. iv) en explique fort bien le mécanisme : « Dans les exercices spirituels, dans la fréquentation des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, ou lorsque l'esprit est profondément recueilli dans l'oraison, souvent il arrive que la partie sensible éprouve des mouvements désordonnés, indépendants de la volonté. Ces sensations toul-à-fait involontaires... procèdent d'une des trois causes suivantes.

« La première se rencontre parfois chez quelques personnes, douées d'une complexion délicate et londie, dont l'attrait naturel se porte vers les choses spirituelles. L'esprit et les sens aiment à jouir; c'est jtourquoi chaque partie de l'hùmme est excitée au plaisir selon sa nature et s'y délecte à sa manière. La partie supérieure est portée à coûter Dieu et à en jouir spirituellement; mais de son côté la sensualité, qui est la partie inférieure, y trouve une jouissance et une délectation sensible, incapable qu'elle est d'en apprécier ou d'en éprouver d'autres. Il n'est pas rare que l'esprit soit recueilli en oraison avec Dieu, tandis que les sens, malgré la résistance et les angoisses de l'âme, ressentent passivement les rébellions et les émotions de la chair. Comme ces deux parties composent un même tout, d'ordinaire elles participent ensemble à ce que l'une des deux reçoit. Selon la maxime du Philosophe, tout ce que l'on reçoit, on le reçoit selon son mode d'être. Au début de la vie intérieure et même dans la voie du progrès, la sensualité, n'étant pas encore bien réglée, prend part à sa manière aux douceurs spirituelles dont l'âme est comblée et y apporte comme elle l'imperfection qui lui est propre... >■>

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