Ruysbroek
4. On sait les ridicules chansons de nourrice que M"" Guyon et Fénelon rimaient l'un pour l'autre :
A peine je bégaie,
Je ne sais pas mon nom.
Je pleure, je ris, je m'égaie,
Je ne crains que maman téton...
Ces vers sont de l'auteur de Télèmaquc !
5. Tr. de l'amour de Dieu, 1. III, oh. viii ; cf. 1. VI, cli. ix ; I. VII, ch. i.
blesso les àmcs el les jolie en des langueurs accablantes. Lucrèce a dit la lorlure des amants qui s'épuisent en inuliles efforts pour se mêler l'un à Tautre :
Affligunt avide corpus, junguntque salivas Oris et aspirant pressantes dentibus ora, Necquicquam...
Cette torture, les mystiques l'ont subie et exprimée dans toute sa force. « Je me meurs de ne pas mourir » — que muero parque no muero — soupirait sainte Thérèse ; la mère Françoise Fournier (1592-1675) déclare que Dieu a allumé dans son âme de si violents désirs de lui être unie que ce qu'elle soufire surpasse incomparablement « les tourments des roues, les gibets et toutes les douleurs que tous les hommes ont jamais soufTertes' ». — « Qui pourroit descrire, dit saint François de Sales-, les langueurs amoureuses des saintes Catherines de Sienne ou de Gennes, ou de sainte Angèle de Foligny, ou de sainte Christine, ou de saint Bernard, ou de saint François? Et quant à ce dernier, sa vie ne fut autre chose que larmes, soupirs, plaintes, langueurs, délinements, pasmoisons amoureuses... »
Le rêve idéal de l'amour : se fondre dans l'objet aimé, — à force de le poursuivre, les mystiques Font parfois vécu ; et c'est alors 1' « écoulement », la « liquc'faction » de l'âme en Dieu, suivant l'expression de saint François de Sales : « Comme un baume fondu, qui n'a plus de fermeté ni de solidité, elle se laisse aller et> escouler en ce qu'elle ayme ; elle ne se jette pas par manière d'eslancement, ni elle ne se serre pas par