Relation sur le quiétisme, ii« section
4. Str. XXII : « Dieu appelle ici l'âme sa couronne, son t'pouse... il la porte dans ses bras et se conduit avec elle comme le fait un véritable époux dans la rlimtihre nuptiale n. — Str. XMv : « Après avoir parlé de l'entrevue dans laquelle l'Epouse et le Bien-Aimé se donnent délicieusement l'un à l'autre, il nous reste à dire quel ett le lit oit reposent Ut deux époux » etc..
puis-jc VOUS dire autre chose? Saoulez- vous de ce pain divin pour assouvir votre iaiui pressante... »
Je pourrais multiplier ces citations. Mais j'en ai assez dit, je pense, pour que Ton soit fixé sur le caractère nettement erotique du langage employé par les mysti- (jues orthodoxes. On aurait tort, du reste, de conclure, en ce qui les concerne, de Térotisme \erbal à Térotomanie; et ce, pour deux raisons principales.
D'abord, ihne pouvaient s'exprimer autrement qu'ils ne l'ont fait. Divin ou humain, l'amour n a qu'une langue, et même il n'a qu'un mot : si éthérées qu'en soient les aspirations, elles ne sauraient se formuler que dans les termes qui s'appliquent aux affections charnelles.
Remarquons en outre que les mystiques devaient se faire d'autant moins de scrupule d'employer le langage de l'amour, qu'ils trouvaient ce langage employé d'avance et proposé, pour ainsi dire, à leur imitation dans un livre sacré pour eux, dans un livre de la Bible, le Cantique des Cantiques^ — Je n'ai pas à examiner ici la question de savoir si, ni dans quelle mesure l'on doit faire état du sens allégorique attriimé à un poème qui apparaît en lui-même, non comme érotico-mystique, mais comme purement et simplement erotique. Je me jjorne à constater que l'exégèse allégorique du Cantique commença aux environs du i^"" siècle, et que, dès le 111% Origène l'expliqua en entier allégoriquement, comme étant l'épithalame de l'Église avec son céleste Époux, le Verbe incarné. Cette interprétation tradition-
1. Le tore des visions et instructions de ta bienheureuse Angèle de Foligno, 2« prologue : « J'engage le lecteur à ne pas s'étonner si les paroles ardentes de l'amour remplissent ce livre. La Sainte Ecriture on est pleine aussi. Le Cantique des Cantiques est là pour l'attester. »
nrllc ('tail pour inclln.' ri mit vn cflel 1rs niysliqurs Irî'S à l'aise: leurs ellusions amoureuses ne sont, la plupart du temps, que la paraphrase du texte sacré.
Ce texte, beaucoup d'entre eux — notamment saint Bernard et sainte Thérèse — l'ont directement commenté; et ils s'évertuent à en faire ressortir la signification mystérieuse... — Osculetur me osculo orù sut; quia melioj^a suni uhera tua rino; «(ju il iiie haise d'un baiser de sa bouche ; tes mamelles sont meilleures que le vin >) : tel est le premier verset du Cantique, un de ceux que sainte Thérèse a étudiés de plus près. « 11 doit y avoir, déclare-t-elle, de grandes choses, de profonds mystères dans ces paroles » ; elle avoue tout d'abord quelle ne les comprend pas; mais « c'est pour elle un grand bonheur de ne pas comprendre », car « c'est bien moins par les choses que notre faible entendement croit pouNoii" entendre ici-bas, que par celles qui sont absolument au-dessus de lui, que notre âme s'élève vers Dieu' »... — Et elle en arrive, en spiritualisant le sens littéral du texte, à de singuliers commentaires tels que celui-ci : « Lorsque ce très riche Epoux ^ eut communiquer aux âmes de plus grands trésors et leur faire sentir plus intimement son amour, il se les unit d'une manière si étroite qu'elles sont connue une pcrsoinie que l'excès du bonheur et de la joie fait défaillir; il leur semble alors qu'elles sont suspendues en ces bras divins, collées à ce divin côté, à ces mamelles divines: elles ne savent que jouir, sustentées qu elles sont par ce lait divin dont leur Époux les nourrit' » etc..