‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 50 sur 161 · Chût., o^ dem., ch. iv · texte numérisé non relu

Chût., o^ dem., ch. iv

3. Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, prologue : « Qui pourra jamais écrire ce que l'esprit divin fait entendre aux âmes éprises d'amour dans lesquelles il repose ? Quel langage pourra jamais exprimer les sentiments qu'il leur donne, les désirs qu'il leur suggère? Certes, nul ne le peut: pas même les âmes en qui se produisent ces effets de la grâce. Voilà pourquoi elles essaient d'indiquer par des figures, des comparaisons, des similitudes quelque chose de ce qu'elles ressentent... Quand on lit ces comparaisons sans avoir la simplicité de l'esprit d'amour et l'intelligence de la doctrine qu'elles renferment, on s'expose à les prendre pour des extravagances, au lieu d'y voir l'expression de la plus haute raison. C'est ce qui se voit dans les divins cantiques de Salomon et en d'autres livres de l'Ecriture, où le Saint-Esprit, ne trouvant dans le langage humain rien qui réponde à l'abondance de sa pensée, nous parle des plus profonds mystères par des figures et des comparaisons qui semblent étranges... »

moins des fous, des persécutés mégalomanes parfois 1res dangereux, toujours incurables, et tôt ou tard voués à la démence. Voilà qui exclut toute possibilité de leur comparer nos mystiques, dont le langage n'est pas plus un symptôme d'érolomanie que -- nous Talions voir — leur ascétisme n'est un svmptôme patbologique.

I. — Double aspect de rascélisme : l'on y peut distinguer, soit un ensemble de procédés thérapeutiques tendant à la purification morale, soit une méthode de siniplilication psychologique.

II. — Premier temps de la méthode ascétique: exercices négatifs, éliminatoires ; mortification du corps ; mortification de l'àme (par la toi, le dépouillement de la mémoire et celui de la volonté). — Second temps : exercices positifs, assimilatoires, relatifs au corps et à l'àme. L'examen de conscience ; la méditation : méthode de saint Ignace ; en quoi la méditation religieuse est une oraison; extrême importance qu'attachent les mystiques à cet exercice : leur manière de le pratiquer.

ill. — Efficacité de l'ascétisme en tant que méthode de simplification. La méthode est-elle légitime, ou faut-il en tenir l'emploi pour un symptôme pathologique? Opinion de MM. Murisier et Pierre Janet. — Les mystiques aspirent à l'unité ; légitimité de cette aspiration : ascétisme n'est synonyme ni de mutilation intellectuelle, nid'égoisme ou de paresse. Instinct social des mystiques: la contemplation, chez eu.\, prépare et détermine l'action.

Sorciers cafres, angekoks esquimaux, shanians tarlares, pia-atua polynésiens, hommes-médecines peauxrouges, — tous les non-civilisés se flattent de communiquer à leur gré avec les puissances supérieures. Jeûnes, ingestion de certains narcotiques ou de certains anesthésiques, c'est en quoi consistent leurs plus habituelles recettes, les pratiques infaillibles au moyen desquelles ils obtiennent visions et révélations, et

provoquent la orisc nmouse (jui leur ontr'ouvrira l'an delà.

De telles pratiques, toutes mécaniques, sont réprouvées des mystiques chrétiens, en particulier des mystiques orthodoxes. Ils estiment les « états mystiques » essentiellement passifs, c'est-à-dire donnés par Dieu « quand il lui plaît, comme il lui plaît et à qui il lui j)laît' », sans qu'aucune industrie humaine puisse suppléer à ce don gratuit. Prétendre atteindre de soimême aux communications mystiques, c'est, disent les tiiéologiens, vouloir voler sans ailes, ou, parce qu'on la désire, compter sur la pluie. Cette eau céleste n'est pas à notre disposition. « Tous nos désirs, toutes nos méditations, toutes nos larmes », déclare sainte Thérèse, sont inutiles. « Dieu seul la donne à qui il lui plaît, et la donne souvent lorsqu'on y pense le moins ^ ». En ces matières, dit-elle encore, « celui-là l'ail plus qui croit et veut moins faire' » ; el elle compare les âmes à de la cire: « il n'est pas en leurpouvoir d'imprimer lecachel ni (le s'amollir elles-mêmes; tout ce qu'elles peuvent, c'est de recevoir l'impression sans résisl(>r* ». Erat patiens divina, — « il subissait l'action divine », dit, dans le même sens, le pseudo-Denys de son maître Iliéroihée; et cette hrève formule résume hien, en l'espèce, la pure doctrine mystique.

Si éloignés que soient les mystiques orthodoxes d'altrihucr à l'eflorl humain une efficacité (juelconque.

i. Chût., 4" dem., cl), i ; cf. Relnlitiu II au P. liodrit/ue Alvarez : « J'appelle surnaturel ce (|ue nous ne pouvons acquérir par nousmêmes, quelque soin et quelque diligence ([ue nous y apportions. »

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