‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 51 sur 161 · dem., ch. ii · texte numérisé non relu

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ils ne im'connaissent pas, du reste, qu'il n'y ait « des dispositions qui préparent et secondent l'oraison conleniplalive ». Et, en fait, leurs biographies à tous ou leurs autobiographies nous les montrent voués à un certain genre d'existence, pratiquant un certain « entraînement' », se pliant à de certaines disciplines physiques et psychiques qui — sans qu'ils l'aient prémédité ni voulu, car ils ne poursuivent d'autre but que moral — s« trouvent être les plus propres à déterminer chez eux l'apparition des phénomènes contemplatifs. En tout mystique il y a un ascète, et l'ascétisme est, si l'on peut dire, à la source même du mysticisme. Mais qu'est-ce au juste que l'ascétisme?

Deux grandes écoles, dont les. doctrines adverses entraînent des conséquences morales, politiques et sociales opposées, se partagent les esprits, touchant la nature humaine.

L'une de ces écoles est foncièrement optimiste. Elle estime la nature essentiellement bonne, et, de plus, toute-puissante. Les idées d'abnégation et de sacrifice lui sont étrangères, et elle réprouve comme immorale et absurde toute tentative de limiter la personne humaine, d'en entraver la libre expansion. Cette écolelà prend pour devise ^eç'ï/ere natiiram. C'est celle d'un Rabelais, opposant à Physis, mère de Beauté et d'Har-

1. Les théologiens modernes ne font aucune difficulté d'employer le mot.

monie, Anliphysis, « laquelle de tout temps est partie adverse de Naliire » et d'où procède Discordance'. C'est celle d'un Aloiitaignt', qui nous peint en sa personne l'homme naturel, non touché ni modifié par la grâce. C'est celle d'un Rousseau, déclarant que « la nature a fait l'homme heureux et bon » et que « la société le déprave », et dénonçant, du même coup, comme injuste et corruptrice, toute inslilulion sociale. C'est celle d'un Nietzsche, qui voit dans la croyance au péché, dans le sentiment du repentir et dans le besoin de l'expiation autant de manifestations d'une « morale d'esclaves » et d'un profond détraquement physique et mental.

Mais, en face de celte école, s'en élève une autre, laquelle, au rebours de la première, pose en principe que la nature humaine est viciée et corrompue. Cette doctrine de la corruption originelle, cette croyance en une déchéance primitive, résultant de quelque mystérieuse prévarication dont les générations successives porteraient solidairement la peine, se retrouve au centre de la plupart des religions, en particulier du christianisme, qui affirnu^ l'héréditaire culpabilité de tout homme venant en ce monde.

Le christianisme, à vrai dire, tempère d'un correctif C(,'lte afTirniation pessimiste. Il enseigne que la mahidie dont nous sommes travaillés n'est pas incurable, et que nous y pouvons remédier par un traitement héroïque, par le sacrifice et la sonfîranccï acceptés volontairement, voin; même recherchés etdésirés. Tout lascétisme chrétien est dans celte affirmation complémentaire.

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