‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 53 sur 161 · Montée du Carmel, 1. I, cli. m · texte numérisé non relu

Montée du Carmel, 1. I, cli. m

SOUS sa carapace»*, se réfugiera au plus profond do lui-même.

Mais cetlc^ solitude obtenue ne lui suffira pas. Non content de vivre dans l'obscurité et le silence, dans la continence et le dénuem«'nf, et d(^ priver son corps de tous les plaisirs, il en méconnaîtra les plus essentiels besoins et le traitera en criminel dont on se venge, en esclave vicieux que l'on torture. Il le chargera de chaînes, l'ensanglantera de coups, lui interdira le sommeil, lui imposera, le fouet levé, d'effrayantes abstinences, pis que cela, d'horribles nourritures à soulever le cœur: décoctions d'absinthe, crachats, pus suintant de plaies infectes, vomissements, déjections "... Tous ces supplices, combinés avec des ruses de bourreau, afin de mieux l'achever, ce corps pantelant, d'en mieux dompter les suprêmes révoltes et les derniers soubresauts.

1. GeUe comparaison, qui est celle de la sagesse indienne, a été employée par sainte Thérèse, Chût., 4" dem., ch. m.

2. Les ascètes chrétiens sont presque tous des scatophages. Rien d'exceptionnel dans le cas d'une Ai^nès de Jésus avalant le vomissement d'une cancéreuse et léchant le pus d'une plaie qu'elle venait de panser; ni dans celui d'une Marguerite-Marie avalant, elle aussi, des vomissements, et, pour se punir d'avoir eu un haut-le-cœur en soignant une dysentérique, en absorbant la déjection. Remarquons, du reste, que les ascètes dans la vie desquels on note des traits de ce genre, ne sont pas, comme ou pourrait le croire, atteints de perversion du goût. Ce n'est qu'en surmontant la plus violente répugnance qu'ils en viennent à des actes tels que ceux dont je viens de parler. «La moindre saleté lui faisait bondir le ciour », dit Marguerite-Marie parlant d'elle-même; et elle compte parmi ses plus cruell^pénitences, détestant le fromage, d'avoir pris sur elle d'en manger régulièrement. Quant à M"»' Guyon, à qui il arriva de goûter à un crachat, voici en quels termes elle raconte le fait (17e, \" p., ch. x) : « J'avois un tel dégoût pour les crachats que, lorsque jevoyois ou entendois cracher quelqu'un, j'avois envie de vomir... 11 me fallut, un jour... que j'en aperçus un, le plus vilain que j'aye jamais vu, mettre ma bouche et ma langue dessus : l'effort que je me lis fut si étrange, que je ne pouvois en revenir ; et j'eus des soulèvements de cœur si violents que je crus qu'il se romproit en moi quelque veine... Je fis cela tout autant de temps que mon cœur y répugna... »

La inorlificalion du corps ii't^sl. du rcslr. (ju'un préliiniiiuiiv. L'asct'tc poursuit la nioilifii-ation de l'àine, son « anéanlisseiiuMil ' ». ot c'est t-llc, en fin do coniptr. qu'il prétend obscurcir et \id(r. « Le vide opéré dans les puissances de l'àine les dispose en effet, dit saint Jean de la Croix, à être remplies du surnaturel et illu minées de ses splendeurs; au contraire, leur activité naturelle et leur capacité [)r(t{)re ne peuxcnt que la distraire et lempècher de parvenir à des hiens si éminenls. »

C'est la loi cpii lait la nuit dans l'entendement, connue l'espérance la lait dans la mémoire, et la charité dans la volonté-. La foi est une nuit pour l'entendement, puisqu'elle lui propose des vérités qu'il est par lui-même impuissant à saisir. 11 devra, pour y acquiescer plus pleinement, renoncer à ses opérations propres, s'abstraire de toutes ses connaissances naturelles, qui ne sont que grossière ignorance auprès de la science divine \

La mémoire, si habile à retenir dans ses mailles les souvenirs profanes et dangereux, si prompte à laisser passeï' au travers les pures idées et les pensées saintes, — la mémoire devra, elle aussi, se vider de tout le créé; car « en dehors de Dieu et de son Christ, le vide est la meilleure disposition pour recevoir en soi la plénitude de l'esprit d'amour ^ » Elle s'afl'ranchira donc de toutes les vaines représentations, et remplacera ses souvenirs périssables par d'immortelles espérances.

La volonté, enlin, devra opérer .son dépouillejuent.

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