‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 57 sur 161 · Ribet, l'Ascétique chrétienne · texte numérisé non relu

Ribet, l'Ascétique chrétienne

« donne le branle à tous les aulies », et, par suite, « a la plus grande pari dans ses fautes habituelles ». C'est saint Ignace qui en a introduit la pratique raisonnée :

Il le propose dès le début de ses Exercices spirituels, et veut qu'on le répète trois fois le jour : le malin, en se levant, pour renouveler la résolution de veiller sur soi-même et de combattre généreusomeni le vice que l'on commence à extirper ; après midi, pour noter les lautes commises, et, le soir, pour répéter cet examen. — Il conseille d'écrire ses fautes de la manière suivante. On trace sur une morne feuille autant de lignes qu'il y a de jours dans la semaine, mais de plus en plus courtes à mesure que l'on se rapproche de la fin de la semaine, parce qu'on est censé commettre moins de fautes à la fin qu'au commencement; et chaque jour, après chaque revue, on marque sur la ligne par autant de barres transversales les fautes que l'on vient de constater. — Le long du jour, à chaque fois que l'on s'apercevra que l'on vient de tomber dans le défaut à combattre, on portera la main à sa poitrine en signe de repentir, ce que l'on peut faire, même dans les compagnies. Le soir, on comptera le nombre de traits tracés sur la ligne, on comparera le nombre inscrit au premier examen avec celui du second : on rapprochera le jour présent du jour précédent, et la semaine qui finit de la semaine écoulée, et l'on se rendra ainsi un compte exact des progrès réalisés.

C'est, on le voit, d'une vraie comptabilité qu'il s'agit ici ; et il est inutile d'insister sur l'iiitc'rèt d'une prati(|ue qui met l'a.seète eti mesure de vérifier, pour ainsi dire à chaque instant, son bilan psychologique cl moral. L'examen de conscience n'a, du reste, d'efTicacité qu'indirecte; il n'est en lui-même qu'un procédé de vérilicalion et de contrôle; en quoi il se distingue de tous les autres « exercices spirituels ».

Le ])his im[»oitanl de ces exercices, le plus propre à

ivMiplir (Ir Dieu l'ànie vidée «lu monde', c'est la « médilalion » (premier dej^ié de F « oraison mentale »).

Il y a dillérenles méthodes de méditer. La plus connue, la plus caractéristique est celle des Exercitia.

La méditation, telle (|ue l'enseigne saint Ignace, qui la (jualilie d' « exercice des trois puissances de l'àme », comporte une préparation éloignée et une préparation prochaine, laquelle consiste à choisir la veille le sujet de la méditation du lendemain, à repasser c<' sujet avant de s'endormir, et à y penser au réveil. En outre, « avant de conmiencer, l'on se tiendra debout, le temps de réciter l'oraison dominicale, à un ou deux pas de l'endroit où l'on doit méditer, l'esprit élevé vers le ciel et considérant comme quoi Dieu, notre Seigneur, nous regarde »... — Cet « acte de présence de Dieu » sera suivi d'une « oraison préparatoire », par laquelle on invoquera l'assistance divine. Cela fait, s'ouvrira, par Aqvlk préludes au moins, la méditation proprement dite.

Le premier prélude a pour objet la composition ou construction du lieu. « Si le sujet de la méditation est une chose visible, comme dans la contemplation des mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce prélude consistera à me représenter, à l'aide de l'imagination, le lieu matériel où se trouve l'objet que je veux contempler; par exemple le temple, la montagne où est Jésus-Christ ou Notre-Dame, selon le mystère que je choisis pour ma contemplation. Si le sujet de la méditation est une chose invisible, comme sont ici les péchés, (il s'agit de la méditation du péché) la composition de

1. « En regardant souvent Notre Seigneur par la méditation, dit très exactement saint François de Sales, toute votre âme se remplira de lui. » {Introd. à la vie dév., 2« p., ch. i.)

fcC PSYCHOLOGIE DES MYSTIQUES

licii sera de voir des yeux dr l'inuigination et de consîdtMJT mon àiue riii|)ris((imt''t' dans ce corps mortel ef moi-même, e'esl-à-dire mon corps el mon àme, dans ct'lli' Niillt'c de larmes, comme cxih' jtanm les animaux prixé'S de l'aison'. »

Le second j)r<'lii(le a pouidbjet de solliciter les grâces (lue l'on désire el (jui se ra[)portent au sujet delà méditation. « Dans la contemplation de la Résurrection, par exem[)Ie, on demandera la grâce de participer à la joie ineflahle de Jésus-Christ glorieux; dans celle de la Passion, l'on demandera la douleur, les larmes, les soulFrances avec Jésus-Christ dans les tourments. »

Les préludes achevés, l'on entre dans le corps de la méditation, où trouvent à s'exercer les trois puissances de l'âme.

La mé'iiioire re[)asseru «'n dt-tail le suj<'l (|u Clle avait, dans le premier prélude, embrassé d'ensemble. L'exercice de la mémoire comprend celui de l'imagination (jui, sur le thème proposé, brodera des amplilications méthodi(jues^.

L'enlendeiiieiil r('ll('(liiia sur les vérités (jue la mé-

1. « On pourra encore se représenter le péché sous la forme d'un monstre iiidciix, observe le P. lioolhaan (dont le traité De la manière (le méditer est généralement adjoint au.v Exercices) ; de même, ses elTets comme les feux de l'enfer préparés au pécheur... Ces images et d'autres semblables pourront s'employer utilement selon la diversité des sujets. »

2. Les Exercices contiennent de nombreu.x modèles d'amplifications de ce genre, de nombreuses matières de méditations (ce mot de collège est ici bien à sa place), avec la façon de les développer. Soit, par exemi)le, la méditation sur Venfer: « Dans le premier point, je verrai ries yeux de l'ima^iinalion ces feux immenses..., etc. Dans le deuxième, \'euteii(lrai les gémissements, les cris..., etc. Dans le troisième, je me figurerai que je respire la fumée..., etc. Dans le quatrième, je m'imaginerai goûter intérieurement des choses amères..., etc. Dans le cinquième, je toucherai ces flammes vengeresses... », etc.

nioin' lui ;i rappelées ; il apj>li(jU('ra ces vériirs à làrnc «,1 à SOS hosoiiis, il en tirera des conséquences pratiques.

Quant à la volonté, elle s'exercera à de pieuses « affections ' », et, à l'occasion de chaque point médité, s'ingéniera à susciter dans l'àine des sentirinmls d'.idiniration, de louange, d'amour, de crainte, etc., conformes au sujet de la méditation. Enfin, elle prendra pour l'avenir des résolutions appropriées aux circonstances et à l'état de l'âme, et fondées sur des motifs solides.

Telle est, dans ses éléments essentiels, la méthode de jiiéditer d'après saint Ignace. Les autres méthodes — celle de saint François de Sales, par exemple, ou celle de Saint-Sulpice' — ont un caractère moins mécanique; elles font moins directement appel à l'imagination, mais, dans la forme e^ l'ordonnance, elles ne diffèrent de la première que par des détails. Un même principe domine, au reste, toutes ces méthodes, à savoir que la méditation religieuse — en quoi elle est une « 'oraison », et se dislingue de la méditation philosophique — n'a pas de but spéculatif: et « la considération ne s'y fait, dit saint François de Sales", que pour émouvoir l'affection », et provoquer, par le moyen de l'affection, les résolutions. Non productive d'affections, Rodriguez la compare à

1. Au sens le plus général, le mot affections désigne, soit au piiysique, soit au moral, une impression reçue, par suite une manière d'être. De là son application aux divers mouvements émotifs de l'Ame : la joie, la tristesse, la colère sont des atTections.

Dans le langage ascétique, le mot exprime, non seulement des émotions (amour, gratitude, repentir, etc.) mais, d'une façon générale, tous les actes pieux de la volonté (actes de foi, de respect, de soumission, de coutiance en Dieu, etc.) par opposition aux raisonnements et aux rétlexions, en un mot aux opérations de l'eutendemenl.

2. Introd. à la vie dév., 2" p., cli. ii et suiv. — Trouson, Manuel du, séminariste.

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