‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 61 sur 161 · II)., ch. xi-xiii · texte numérisé non relu

II)., ch. xi-xiii

3. Ib., 1. I, cil. u : « En ce temps, j'eus la lecture de quelques livres qui enscignoient à faire méthodiquement l'oraison mentale avec |)réparations, préludes, divisions, points, matières, colloques... Dans le désir que j'avois de hien faire, je me faisois tant de violence qu'il m'en prit un mal de trte qui m'incommodoit notablement... et cependant le di'sir que j'avois de suivre ce livre de point on point me faisoit tous les jours reiommcncer mes violences et renforçoit aussi mon mal. » — Voy., dans le même sens, .Mariîuerite-.Mario, .-JuJ^/'ior/rap/ue ; u Je faisais tous mes efforts pour m'appliquer à la niétliode d'oraison que l'on m'< nseiguait... mais rien ne demeurait dans mon esprit. J'avais beau lire mes points d'oraison, tout s évanouissait, et je ne pouvais rien apprendre ni retenir que ce que mon divin Maître m'enseignait. »

en gt?n('ral, dos inrtliodos de nu'dilcr coninio do toulos les mélhodes, quel qu'on soiL l'objet. Elles n«^ valent que pour le grand nombre. Tous les initiateurs — et les mystiques méritent ce nom — sont des autodidactes ; ils se passent de programmes tracés d'avance et négligent les règles établies : c'est qu'ils en trouvent de plus sûres dans les inspirations de leur génie ou de leur CQ'ur.

L'on comprend, après celte analyse, que j'aie, au début de ce chapitre, défini l'ascétisme une méthode de simplification psychologique. Et l'on reconnaîtra pour exacte la répartition que fait Murisier des exercices ascétiques on doux catégories : les uns négatifs, éliminatoires, ayant pour but de « vider » l'individu, do réduire le nombre de ses états simultanés ou successifs ; les autres positifs, assimilatoires , tendant à renforcer en lui l'idée religieuse, à la maintenir, à la faire prévaloir sur toutes les autres idées.

Et c'est ici le moment de faire remarquer (ju'ontre l'ascétisme, considéré comme procédé de simplification, pt les états mystiques, les relations sont étroites. Ceux-ci comportent, en olfet, un rétrécissement progressif du €hamp de la conscience, of dos « simplifications » successives, au cours desquelles les raisonnements vont se raréfiant, et peu à peu font place, dans l'ànie du sujet, à des «affections », lesquelles se simplifient à leur tour jusqu'à se réduire à l'unité*.

1. « Quand, par le progrès du temps, les âmes se sont exercées à.

Oiir I a ciili'iiiru'iiu'ul » asc('li(jiir ait des résultais iiil"aillil)l«'s, il serait aussi conliaiic à la réalité des laits qu'à l'enseignement des théologiens de le prétendre : les ascètes iratleignenl pas tous aux «états niysticjurs ». Mais, en revanclie, — j'ai déjà ru l'occasion de le con staler, — il y a, en tout niysticjue, un ascète, et l'efTicacité de l'ascétisme, en tant que méthode de simplification, ne sauiail élre contestée.

Efficace, reste à savoir si la méthode est légitime. Je m'expli(jue. L'em[)Ioi s'en accorde-t-il avec une [larfaite intégrité mentale? Ou bien faut-il voir dans l'ascé'lisme un symptôme pathologique, l'indice d'une dégénérescence et d'un déséquilibrement ? — C'est à cette dernière opinion fjue se rangent la plupart des psychologues contemporains, entre autres Murisier.

Les mystiques, d'après lui — je lui empiunte ses expressions — sont, dans des corps malades, des esprits faibles. Leur jiersonnaliti'. mal cimentée, risque à chaque instant de se désagrégei', de se perdre en une confusion de sensations variables, d'images incohérentes, de désirs conliadictoires. Ils se sentent impuissants à gouNcrner leurs instincts, à les hiérarchiser. De là, chez eux, un sentiment de profond malaise, et le désir ardent d'échapper aux désordres organi(jues, au conflit des tendances, à la inuiliplicilé et à la variabilité des sensations et des images, aux exigences opposées de la piété naissante et de la mondanité peisistanfe. Celte déli\rance, (ju'ils souhaitent si jjassionm'ment, comment l'obtiendront-ils.

cette multiplicité d'actes intérieurs... il faut que ces exercices s'unissent on un exercice de plus grande simplicité... de sorte que cette multiplicité se convertisse en unité. » (Directoire de la Visitation, art. l.l, in fine)

sinon en atteignant à l'unité, et, si possible, à la stabi lité (le la conscionce? Mais l'unité ne s'établit jamais, <'lu'z ces malades, grâce à une coordination normale des éléments psychiques. Ils la réalisent par l'élimination des états variables et des tendances antagonistes. Leur moi, en un mot, ne s'unifie ([u'en s' appauvrissant. Et c'est par le moyen de l'ascétisme que s'opère cette simplification pathologique.

Donc, pour notre auteur, les mystiques sont des simplifiés, et il donne au mot le sens le plus défavorable. M. Pierre Janet, lui, les rangeait naguî-re parmi les hystériques (-onfirmés; mais il les tient aujourd'hui pour des abouliques, des scrupuleux (au sens des aliénisles), qui demandent à l'ascétisme l'apaisement de leurs conllits intérieurs: et sa théorie se confond, en somme, avec celle de Murisier :

L'état de scrupule ou d'aboulie, dit-il, est déterminé par une incapacité mentale de réunir d'une manière ferme le grand nombre des idées, des sentiments, des sensations qui affluent à notre conscience. Quand l'esprit est vigoureux, il peut conduire tous ces phénomènes psycliologiques au dernier degré de la pensée consciente... Quand nous cessons de pouvoir parvenir à ce dernier degré, nous restons dans les états de pensée inférieure caractérisés par le doute, l'hésitation, le défaut du sentimentdu réel, l'indifférence aux choses présentes. Cet état, surtout s'il se prolonge, est très pénible, et le malade fait des efforts désespérés pour en sortir. Quelques-uns ont senti ou deviné que l'une des principales difficultés de cette synthèse mentale était la multiplicité des phénomènes psychologiques, et ils sont amenés... à cette solution qui consiste à restreindre leurs pensées pour les mieux étreincire. La complexité de notre vie est, en efl'et, la grande raison de cette complexité mentale : que d'affaires soulèvent les relations sociales, que de tendances et do

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