Jean, xvii, 21-2i
suprême uinbilion des mystiques, et ils ne conçoivent le lM)nheur que dans la fraternité*. Aussi, comme le veut lÉvanj^ile, ne séparent-ils pas d«' l'amour de Dieu l'amour du prochaine Cet amour du prochain prend fiiez eux mille formes diverses: ils se répandent en aumônes et en prières ; ils ont pour toutes les misères plivsiques des trésors de pitié et de tendresse et, pour les âmes, brûlent dun zèle « apostolique ». Et non seulement ils pratiquent la charité sous Iputes ses formes, mais ils la mettent au-dessus de tout. « La consolation intérieure, dit Ruysbroek, est d'un ordre moins élevé que l'acte d'amour, qui rend service aux pauvres spirituellement ou corporellement. Si vous êtes ravi en extase aussi haut que saint Pierre ou saint Paul... et si vous apprenez qu'un malade a besoin d'un bouillon chaud... je vous conseille de vous éveiller un instant et de faire chauifer le bouillon... » — Et sainte Thérèse^: « Il ne faut pas consacrer à l'oraison un
!. La suprême récompense des élus est, d'après sainte Thérèse, dans le spectacle de l'allégresse commune {Chemin de la Perf., ch. xxxii).
2. « Dieu ne demande de nous ipie deux choses, dit sainte Thérèse, l'une de l'aimer, l'autre d'aimer notre prochain... La marque la plus assurée de notre fidélité à ces deux ciioses, c'est, à mon avis, la fidélité à l'amour de notre prochain... » (Chût., .j" dem., ch. m). — Les maux qu'elle a constamment endurés (dans son amour pour les âmes) sont tels qu'elle compte les autres pour rien. Pour en tirer une seule du péché mortel, elle « donnerait mille fois sa vie » i^'ie, >h. xxxii). — Sainte Catherine de Sienne avait dit avant elle : « L'amour que l'on a pour moi (c'est le Christ qui parle) et l'amour du prochain sont une seule et même chose, et la mesure de votre amour pour le prochain est celle de votre amour pour moi. »
:j. Fondations, ch. v. — Cf. Châl., o" dem., ch. m : « Si vous voyez une personne infirme ou souffrante que vous puissiez soulager en quelque chose, <|uittez hardiment l'oraison pour l'assister; compatissez ;'i ce qu'elle endure ; que sa douleur soit aussi la vôtre ; et si, pour lui donner la nourriture dont elle a besoin, il faut que vous jeûniez, faite.s-le de grand cœur... Telle est la véritable union à la volonté divine. »
lemps qui serait réclamé par l'obéissance ou par l'utilité du prochain ». Dans les deux cas Ton doit « sacrifier généreusement ces heures si chères et si délicieuses que l'on voudrait passer à s'entretenir avec Dieu dans la solitude ».
Les longues périodes actives que je viens de décrire et qui, dans la vie des mystiques, alternent avec de courts éhlouissements contemplatifs, ne sont méconnues de personne, et les psychologues contemporains en constatent, tout les premiers, l'existence. D'où vient cependant qu'ils s'obstinent à dénoncer, pour la plupart, l'égoïsme et l'inertie mystiques, affirmant qu' « en droit», sinon en fait, « le type mystique pur exclut l'élément social » et que « la vie contemplative est la négation de la vie acti^■e »?
C'est qu'ils n'ont pas approfondi la notion d'alternance et n'en ont pas dégagé tout le contenu. Elle implique, en même temps qu'une opposition, un rapport de cause à effet. Le sommeil alterne avec la veille, l'hiver avec l'été, l'action avec le repos. Entendons par là que le sommeil prépare la veille, que l'été sort de l'hiver* que l'action enfin naît du repos et ne le suit pas seulement. La légende et l'histoire nous montrent tous leurs grands hommes se recueillant dans la solitude et le silence avant d'entrer en lice. Ne nous arrive-l-il pas à nous-mêmes de demander à l'isolement, à la réflexion solitaire des forces pour mieux affronter les luttes prochaines? Nous avons tous notre grotte de Manrèse, où nous nous retirons à de certaines heures ; et le cas des mystiques ne diffère au fond du nôtre que comme étant plus caractéristique. Sainte Thérèse, pour ne citer
«ju'cllc s«'iil«', (h'clarc, à hion des ivpris«'S, (jih' « le but dv l'oraison nrsl pas le repos, mais l'aclivité ». «Clioi" <-hons, ilif-cllc. dans ce saini cxorcico, non les douceurs spirituelles, mais des forcfs tout (ipostoUqucs pour servir- noltr I^poux... Pour domicr à Nolrc-Scijjtneur une hospitalilr parfaite, il l'aul que Marthe et Marie se joig^nent ensemble*. » Quaul à rlle, c'est au sortir de l'extase qu'elle sent germer en son àme les promesses et les rt'^solutions héroïques'. Qu'est-ce à dire, sinon que chez les mystiques, du moins chez les mysticjues orthodoxes, non seulement la contemplation n'exclut pas l'action, mais encore qu'elle la prépare et ladéteiiiiine. Cette proposition renferme en elle, si elle est exacte et dans la mesure où elle est exacte, le meilleur argument qui se puisse invoquer en faveur de la méthode ascétique.
i. Château, 7" dem., cti. iv ; cf. o" dem., cli. m; Fragment sur le Cantique des Cantiques, ch. vil ; Vie, ch. xvii. 2. Vie, ch. xix.