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Elle est nettement en état second

2. Vie par elle-même, 2' p., ch. xxi. — Cf. Vie du vénérable frère Jean de Saint-Samson, par le R. P. Sernin-Marie de Saint-Andrc-, Paris, 1881 : « C'était cliose merveilleuse de lui voir dictor ses traités, avec une telle promptitude, sans aucune réflexion,- que ses écrivains en étaient tous fatigués... Et il m'a dit plusieurs fois, après avoir écrit des traités, qu'il ne savait assurément ce qu'il avait dicté avant qu'il en entendît la lecture. »

3. Pierre Janet, L'automatisme psychologique, p. 4oO, Paris, F. Âlcan.

VISIONS ET PAROLES SURNATURELLES 13f>

Et d'abord, leurs hallucinalions diffèrent des hallucinations d'origine hystérique, en ce qu'elles restent en concordance avec les événements de la vie réelle; c'est ce qu'explique fort bien le P. Ilahn à propos de sainte Thérèse :

Dans les visions des hystériques, dit-il, la mémoire peut ctre fidèle pour la représentation des diverses circonstances d'un événement de leur vie passée ; mais comme cette mémoire n'est plus réglée par une intelligence maîtresse d'elle-même, elle en viendra à confondre les temps, et à mêler le passé avec le présent...

Chez notre sainte, l'intelligence conserve la perception distincte des temps. Les conseils reçus de Notre-Seigneur sont conformes aux circonstances dans lesquelles elle se trouve. Sa vie réelle et ses extases forment une série continue, tandis que, chez les hystériques, ce sont deux existences distinctes qui n'ont aucun lien entre elles. Dans le rêve, l'hystérique sera riche et se trouvera dans un palais; en réalité, elle est pauvre et étendue sur le grabat d'un hôpital ; dans le rêve, elle a encore toute la fraîcheur de la jeunesse ; en réalité, les années ont ridé son visage. On peut trouver chez ces malades tous les contrastes possibles de situation, de temps, de condition, de bonheur et d'infortune, de jouissance et de douleur ; Thérèse, au contraire, est constamment la même dans ses visions et dans la réalité ; elle est en proie aux mêmes perplexités, en face des mêmes obstacles, prête à exécuter les mêmes desseins, munie des mêmes ressources, sujette aux mêmes besoins ^..

Voilà qui s'appli(jue, non seulement à sainte Thérèse, mais aux mystiques en général. Et il est encore une autre et décisive particularité par où les phénomènes

l. Les phénomihies hystériques et les révélations de sainte Thérèse, mémoire couronné au concours de Salamarique, Bruxelles, 1883.

iny.sti(ju«\s se distinguent des |iliénoniènes relevant de l'Iiystérie.

Les individus en état de soninanibulisnie gardent le souvenir de leurs soinnanibulismes précédents et aussi (sauf, connue il vient dètic dit. à confondre les éj)oques et à oublier une partie du j)assé)c«'lui de l'état de veille; mais ils perdent eompVetement, pendant l' état de veille, le souvenir de ce qui s'est passé pendant le sonmaînlnilisme\ Or cette amnésie, qui est le symptôme le plus caractéristique et le plus constant des phénomènes explicables par le subconscient pathologique, n'existe pas chez nos sujets; et, en dehors de leurs périodes hallucinatoires, ils conservent presque toujours le souvenir très présent de leurs visions et des paroles (ju'ils ont entendues. Autant, dire que la théorie de la subconscience palhologi({ue se révèle trop étroite pour suffire à Tinlerprétation de ces phénomènes.

La théorie de Myers et de JameSj adoptée par M. Delacroix, est autrement compréhensive et commode. Et même elle pèche par son excès de commodité. Celte subconscience créatrice et directrice dont on nous dit uierveilles, non point incoordonnée dans ses irruptions, mais «contrôlant et organisant la vie » par une « collaboration continue » avec la conscience claire ; se manifestant par desaulomalisnjesde «caractère léléologique bien accentué », qui sinmleraienl «l'intervention conti nuellc dans la vie d'un être plus sage et plus puissant (|ue la nature ordinaire et que la réflexion » ; par des

1. Les apparentes exceptions que l'on pourrait invoquer comme indrmant cette rèRle ne se vérifient que dans certains cas de sommeil hypnotique très léger, où lorsque le réveil n'a été que graduel ou incomplet.

luillucinations impliquant « la réalisation en images visuelles et auditives d'une personnalité secrète et continue, d'essence supérieure à la personne consciente^», — cette subconscience, qu'on dote de si riches privilèges, de si rares vertus, et qui s'adapte aux faits avec une plasticité si surprenante, a été taillée à leur mesure, arbitrairement imaginée pour les expliquer ; et les manifestations qu'on lui prête n'ont rien de conmiun avec celles, altribuables à l'activité subconsciente, (jui ont pu être scientifiquement observées ^

Du moment que ni la théorie de la subconscience pathologique, ni celle de la subconscience normale (au sens de Myers, James, etc..) ne se vérifient satisfaisantes, à quelle interprétation des phénomènes mystiques convient-il de s'arrêter?

On peut, ce me semble, les rattacher à l'état psychologique (['inspiration.

L'inspiration, qu'il ne faut pas confondre avec certains états d'exaltation de la mémoire (hypermnésie) ou d'excitation cérébrale (par les alcools ou par certaines substances toxiques, telles que l'éther ou le hachich) ; l'inspiration, qui affecte, suivant les individus, la forme artistique ou littéraire, la forme scientifique, la forme religieuse, a des caractères bien connus % lesquels sont

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