G. Sand, Elle et Lui
2. « Le somnambulisme... », 1' « état de veille », — deux mots qui hurlent d'être accouplés.
parle, écrit, on un mot, fait l'œuvre... De Tinspiralion au somnainbulisuie, on voit le moi conscient disparailre, submergé par la subconscience envabissanle ».
De fait, on pourrait citer des cas où l'inspiré accuse les sviiiplôiiies d'un dédoublement plus ou moins complet de la personnalité, d'un état quasi-somnambuli(jue ou nettement somnambulique'. Mais ces cas sont rares, et, la plupart du temps, le symj)tùme essentiel du sonmambulisme — l'amnésie au réveil — fait défaut dans l'état d'inspiration: liiispiré, revenu à l'état normal, se souvient fort bien de ce qui lui fut suggéré au cours de la poussée inspiratrice.
Cette poussée exclut donc, le plus souvent, l'intervention du subconscient patbologique ; et il faut admettre l'existence d'un subconscient îwrmai: c'est ce subconscient normal qui se manifeste dans l'inspiration.
Mais, pour être normal, ce subconscient n'a pas les vertus magiques dont le dotent trop généreusement Myers, James, et, à leur suite, M. Delacroix. Il est fait, somme toute, des mêmes éléments que le subconscient patbologique, à cela près qu'il ne se nourrit pas seulement de déchets et de produits de rebut (ces déchets, du moins, il se les assimile et les transforme). Il n'est pas d'essence supérieure à la personne consciente ; ses irruptions n'impliquent pas l'existence d'un être « plus sage et plus puissant que la nature ordinaire et que la
i. Je sais une personne qui écrivait, en état second, des vers, d'ailleurs fort plats, mais assez lamartiniens de rythme et d'allure (Lamartine était son auteur favori). L'une de ces pièces était composée de stropiies dont ciiaquo premier mot commençait par une des lettres dont l'assemlilage forme le nom du poète : voilà un assez joli tour de force exécuté par le subconscient pathologique.
réflexion ». Tout co qu'on peut accorder au subconscient normal, c'est que l'imagination créatrice s'y exalte et y élabore clandestinement ses combinaisons les plus inattendues ; qu'elle y édifie dans l'ombre ses plus audacieuses arcliitectures. « Inspiration, dit Ribot, signifie imagination créatrice et n'en est même qu'un cas particulier. »
Or ce qui vient d'être dit de l'inspiration en général s'applique tout particulièrement à l'inspiration sous sa forme religieuse, sous sa forme mystique.
Je l'ai remarqué plus liaut, toute représentation qui entre dans la conscience y apparaît d'abord comme objective et réelle, aussi réelle qu'une perception véritable ; et nos constructions imaginatives bénéficient largement de cette objectivité apparente et momentanée. Mais, cbez les mystiques, l'illusion atteint son maximum. Ce n'est pas seulement que leur imagination subliminale soit extrêmement ricbe. Si cette imagination tend invinciblement à s'extérioriser ; si elle s'épanouit en hallucinations que leur foi religieuse les autorise et même, en une certaine mesure, les invite à tenir pour réelles, c'est que les heures de poussée inspiratrice trouvent nos sujets dans des dispositions particulièrement favorables de réceptivité. Ces dispositions passives^ déterminées par l'entraînement ascétique, sont de celles où l'attention volontaire se relâche et devient inapte au travail ininterrompu de correction et de triage grâce auquel nous distinguons de nos perceptions les images, dépourvues d'objectivité, qui se présentent à notre esprit.
Si accentué, du reste, que soit, chez les mystiques, ce lléchissement de l'attention, rien ne nous autorise.
jusqu'ici du moins, à allriLucr leurs hallucinations — considérées indépendamment des u étals » auxquels le jtlus souvent elles s'adjoignent — à des irruptions du subconscient patliologrique. Le mystique qui a des visions ou qui entend des voix n'entre pas ipso facto en somnambulisme', pas plus d'ailleurs qu'il ne subit 1 influx d'une personnalité directrice, d'essence supérieure à la personne consciente. Il réalise tout uniment une expérience analogue à celle de l'artiste inspiré. Ce (ju'à l'heure de l'inspiration la Muse (entendez l'imagination artistique) dicte au poète sur qui elle se penche, 1 imagination religieuse (qu'on la suppose ou non stimulée d'en haut) l'exprime au mystique par le moyen de symboles appropriés à ses croyances et à ses habitudes d'esprit'".
1. Dans mon interprétation psyclioloirique de l'extase, je reviendrai, en y insistant, et pour la discuter, sur la théorie qui assimile à des somnambulismes les phénomènes et les états mystiques.
2. Sur le caractère nécessairement symbolique des visions et des paroles surnaturelles, voy. Récéjac, op. cit., '2' p. — Récéjac définit le mysticisme : « la tendance à se rapprocher de l'Absolu moralement et par voie de symboles ».