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LES ÉTATS MYSTIQUES L'EXTASE

Description.

I. — Classification, d'après sainte Thérèse, des états d'union mystique : quiétude, union, extase, mariage spirituel.

II. — L'extase. Symptômes physiques : invasion ; formes incomplètes, formes complètes ; réveil spontané ou provoqué : le rappel; efTets. — Symptômes psychiques : au premier 'degré, visions imaginaires; au second degré, visions intellectuelles; au troisième degré, la ténèbre.

III. — Caractère affectif des états mystiques. Les mystiques n'en prétendent pas moins que ces états impliquent une connaissance. Impossibilité où ils sont d'exprimer cette connaissance. Comment ils expliquent cette impossibilité- L'inconscience extatique. Hypothèse d'une intuition intellectuelle immédiate, se substituant, dans l'extase supérieure, au procédé indirect et discursif.

Suivant les théologiens, les visions et les paroles surnaturelles, — ces phénomènes mystiques qui accompagnent le plus souvent les états d'union mystique ou les déterminent', — ne sont, par rapport à eux, que des grâces d'ordre inférieur.

1. Châl., 6" dem., ch. ix : « Lorsque cet adorable Maître accorde cette faveur (il s'agit d'une vision imaginaire) à une âme, elle tombe presque toujours en extase... » Cf. Vie, ch. xxviii : « ... Cette vision

On sait déjà en quoi consistent les états en question, qui passent pour mettre lànie du sujet en relation immédiate {sine medio) avec la divinité. Dieu, disais-je on les définissant, Dieu, que le commun des fidèles s'inj^énie à concevoir, par le moyen de Tintelligence et de l'imagination, — il arrive aux mystiques de la percevoir, de le sentir présent'. Cette « sensation spirituelle », sensation cénesthésiqued'imbibition', d'immersion % sorte de toucher intérieur^ fait place, au plus haut de l'extase, à une manière de vue% à la contemplation de l'essence divine.

Les états d'union mystique comportent une progression régulière; d'où la possibilité de les classifier. Bien des classifications en ont été proposées par les mystiques et par les théologiens mystiques. Toutes arbitraires en un sens, certaines d'entre elles sont, en outre, inulile-

afrit avec une force telle qu'aucune Ame ne pourrait la soutenir, si Dieu ne la fortifiait... en la faisant entrer dans le ravissement et l'extase. »

1. Cf. Poulain, eh. vi, et les citations. « L'àine, dit sainte Thérèse, (Relalion II nu P. Rodrir/ne Alvarez) semble avoir au dedans d'ellemême de nouveaux sens, à peu près semblables au.x e.xtérieurs. »

2. La mère Marie de l'Incarnation (ursuline) compare l'àme, dans l'union mystique, à une époni^c imbibée. Sainte Thérèse avait dit avant elle : « Gomme une éponge s'imbibe et se remplit d'eau, de môme l'.'ime, croyais-jc, se rpmi»lissait de la divinité... » {Relation I sur des faveurs reçues depuis J50<S).

;$. « L'àme immergée et absorbée en Dieu nage çà et là dans la divinité. * (Louis do Hlois, Inslil. spirit., c. Xll, S 4)- — « La vie intérieure est un bain d'amour dans lequel l'àme se plonge », disait le curé d'Ars {Vie, par Monin, 1. V, cli. iv).

i. Gf. Poulain, loc. cil. ; noter, en particulier, les citations empruntées à saint Jean de la Croix.

î'i. Gf. Poulain, ch. xviii, citations. — u Toutes ces expressions et d'autres analogues, fréquentes chez les mystiques... seraient des blasphèmes, remarque avec raison M. E. Baudin {La philosopltie de la foi chez Newman, l'.»(»6), si elles n'étaient do pures métaphores empruntées aux sens, au toucher en particulier, comme plus réaliste que les autres, pour exprimer symboliquement les réalités religieuses qui échappent à l'emprise de nos facultés, et surtout de nos sens, et par dessus tout, du toucher. »

ment compliquées'. La plus raLionnelle et la plus simple est cell»' qu'adopte sainte Tliérèse.

Elle ramène à quatre les étapes de l'ascension mystique : quiétude, union, extase et mariage spirituel. Nous allons parcourir ces étapes à sa suite, non sans avoir noté qu'entre les états ordinaires d'oraison et les états mystiques proprement dits s'intercalent une série d'états intermédiaires qui conduisent insensiblement des uns aux autres : natura non facit saltus.

Soit telle carmélite, prédestinée aux comnmnications d'en haut, et dont il est facile, à l'aide des documents que nous possédons, de reconstituer l'évolution mentale. — C'est une âme très simple, aimante et contemplative, moins encline à la spéculation qu'aux efi'usions de l'amour. Peu lettrée, elle n'a ni l'imagination ni la mémoire encombrées d'images et de souvenirs, et n'est pas, comme parle saint François de Sales, de ces esprits « fertiles et foysonnans en considérations ». Elle médile chaque jour, comme le lui prescrit sa règle, sur la Passion et sur les différents mystères : les sujets de ces méditations ne sont pas très variés.

Ces sujets, à la longue, elle les a explorés dans tous les sens ; malhabile qu'elle est aux amplifications, elle n'en saurait plus rien tirer de nouveau, elle les cm-

1. Scaramolli, par exemple (Direllorio mislico, Iratt. 3), énumére douze degrés d' « oraison infuse », savoir : le recueillement, le silence spirituel, la quiétude, l'ivresse d'amour, le sommeil spirituel, les anxiétés et la soif d'amour, les louches divines, l'union mystique en généra), l'union simple, l'extase, le ravissement, l'union stable et parfaite.

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hrussr. pour ainsi dire, duii seul regard. Dès lors, elle entre dans la voie d'une simplificfitùm progressive. Les réflexions, chez elle, se font [)liis rares, et tendent à céder la place aux « afJ'ections », aux élans d'amour. Peu à peu, ces affections elles-mêmes se simplifiant, en viennent à se fondre en une pensée vague et générale, en un souN'enir uni(iu(' ri jtcrsislani se l'apportant à la divinité;. Pensée et souvenir (jui s'accompagnent le plus souvent d'un étrange malaise et d'une sorte de torpeur douloureuse de l'àme, laquelle, empêchée de vaquer à ses offices ordinaires, se sentinvincihlement attirée vers un objet sublime, mais (ju'elle distingue mal. et au(juel elle désespère de s'unir.

Nous sommes ici à rexlrème limite qui st'-pare les « oraisons » ordinaires des « oraisons » proprement mystiques'. Ou plutôt, cette limite est déjà dépassée; et l'étal que je viens de décrire en dernier lieu, c'est la quif'tude, sous sa forme élémentaire et fruste ; la quiétude, c'est-à-dire — si douloureux qu'il puisse être parfois — un état de repos par rapport aux états précédents, puisque les fantasmagories de l'imagination s'y effiicent, puisque le bruit des raisonnements s'y éteint dans le silence de la pure intuition.

La quiétude, au début , se prolonge à peine quelques se

{. Les états de transition que je viens de dérrire sont ceux que les théologiens désignent sous les noms d'oraisons ajjeclive, do simplicilé ou de simple reijard, et d'allenlion amoureuse à Dieu présent ; états assez communs dans les cloîtres : « Notre-Seigncur, écrit sainte Chantai, conduit quasi toutes les filles de la Visitation à l'oraison d'une très simple unité et unique simplicité de présence de Dieu. » {Lirre des réponses au Coutumier, art. 24).

condes, — le temps d'un Ave Maria, dit sainte Thérèse. Mais, une fois devenue habituelle, elle peut, avec des variations d'intensité, durer plusieurs heures, parfois des journées entières. Les symptômes physiques en sont les suivants : le sujet était en oraison ; et voici qu'il se sent plus recueilli ; un brouillard s'étend devant ses yeux ; sa respiration, sa circulation se ralentissent, il sent ses membres s'engourdir ; sa langue s'embarrasse, et c'est à peine s'il peut balbutier quelque prière vocale : il tombe, en un mot, dans une sorte d'assoupissement (tous les mysti([ues comparent la quiétude au sommeil). Cependant, son àme s'est ramassée sur elle-même. Toutes les facultés — lorsque la transe atteint son apogée — en sont comme fascinées par le divin objet confusément entrevu. Mais la mémoire et l'imagination se lassent bientôt d'un repos insolite ; elles se réveillent, et, pareilles à ces papillons de nuit importuns et inquiets auxquels les compare sainte Thérèse', se mettent en quête de mots et d'images qu'elles ne trouvent point, parce que l'objet contemplé ne tombe pas sous leur prise. Leur mobilité n'en est que plus fatigante, et les mystiques se plaignent d'être sujets, dans la quiétude, à de perpétuelles distractions^. Distractions toutes superficielles, du reste... L'enfant pendu au sein de sa mère a beau en détourner les yeux, il a beau s'endormir, il n'en continue pas moins d'aspirer, d'un imperceptible effort, le lait dont il se nourrit ^

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