‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 95 sur 161 · Vie, ch. xvii · texte numérisé non relu

Vie, ch. xvii

3. Sainte Thérèse, Vie, ch. ix, xv, xvii • Chemin, ch. xxxiii ; Chût., 4" dem., ch. i.

4. Cette comparaison de l'âme (dans la quiétude) avec un enfant à la mamelle est familière aux mystiques.

La soconile «''tape de l'ascension niysli(|uo. d'après sainte Thérèse, c'est ï union.

Dans l'union, la défaillance physique s'accentue. Les facultés perdent cette demi-liberté que leur laissai! encore l'élat précédent ; et il n'y a plus ici de place pour les distractions. Mais laissons parler sainte Thérèse. Aussi hien est-ce elle qui, la première, a caractérisé cet état intermédiaire entre la quiétude et l'extase :

N'imaginez pas, dit-elle', que cette nouvelle oraison soit, comme la précédente, une sorte d'assoupissement; je dis un assoupissement parce que, dans l'oraison des goûts divins ou de quiétude, il semble que lame n'est ni bien endormie, ni bien éveillée, mais qu'elle sommeille. Ici, au contraire, rame est endormie, pleinement endormie à toutes les choses du monde et à elle-même. En effet, durant le peu de temps que l'union dure, elle est comme privée de tout sentiment, et, quand elle le voudrait, elle ne pourrait penser à rien"^ Ainsi, elle n'a besoin d'aucun eiïort pour suspendre l'activité de l'entendement et l'activité même de l'amour; si elle fait quelque acte d'amour, elle n'en a pas le sentiment ; elle ne sait ni ce qii'elle aime, ni ce qu'elle veut. Enfin, elle est comme absolument morte aux choses du monde, pour mieux vivre en Dieu... Je ne sais si, en cet état, il lui reste assez de vie |)our pouvoir respirer. J'y pensais tout à l'heure, et il me paraissait que non, ou qu'au moins, si elle respire, elle ne le sait point. Son entendement voudrait s'employer à comprendre quelque chose de ce qui se passe en elle. Mais elle n'y arrive pas, et elle reste tout interdite, avec (pielque vigueur encore peut-être, mais incapable du moindre mou-

i. Clt(U.,ii" (lem., cli. i. — Dans sa Vie (ch. xvi), sainte Thérèse <iualifie l'état d'union de sommeil des puissances.

2. .Même suppression de toute pensJc dans la quiétude (sainte Thérèse, Vie, cil. xxiii).

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vement extérieur. Ainsi quelquefois une personne tornbet-elie en défaillance si profondément, qu'elle paraît et que nous la disons morte...

[Quand Dieu élève Tàme à l'union, il] la rend comme hébétée', afin de mieux imprimer en elle la véritable sagesse. Elle ne voit, ni n'entend, ni ne comprend, pendant .qu'elle demeure unie à Dieu ; mais ce temps est toujours de courte durée, et il lui semble plus court encore qu'il ne l'est en effet. Dieu s'établit lui-même dans l'intérieur de cette àme de telle manière que, quand elle revient à elle, il lui est impossible de douter qu'elle n'ait été en Dieu, et Dieu en elle... L'àme peut en outre juger de la vérité de cette union par les efTets qu'elle produit...

Dans l'extase, l'aliénation des sens se fait complète. Pour les facultés, elles sont, au summum de la transe, entièrement « suspendues », absorbées en Dieu. Mais cette absorption ne se prolonge pas. S'il existait des manomètres pour mesurer, chez les mystiques, les pressions de la chaudière intérieure, l'aiguille n'en resterait jamais immobile ; et la loi de continuelle instabilité, qui est celle des états mystiques inférieurs, se vérifie encore ici :

Cette suspension de toutes les puissances ne dure jamais longtemps, dit sainte Thérèse- ; c'est beaucoup quand elle va jusqu'à une demi-heure % et je ne crois pas qu'elle m'ait jamais tant duré... La volonté est celle qui se maintient le mieux dans l'union divine; mais les deux autres'' recommencent bientôt à l'importuner. Comme elle est dans le calme, elle les ramène et les suspend de nouveau ; elles demeurent ainsi tranquilles quelques moments et reprennent

1. « Esta aima que la ha liecho Dios boba del todo. » {Bobo, de balbus, bègue : interdit au point de bégayer). La traduction littérale serait ébaubie.

2. Vie, cil. xviii. — Sainte Thérèse décrit ici l'extase sous le nom plus général d'union.

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