‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 98 sur 161 · Vie, tli. XX · texte numérisé non relu

Vie, tli. XX

que leurs longues extases ne les empêchaient pas toujours de vaquer à leurs occupations*... »

Mais, quand l'extase est complète d'emblée, ou pendant le court moment où elle atteint son intensité maxima, toute relation cesse entre l'extatique et le monde extérieur; le tact, l'ouïe, l'odorat, le goût ne manifestent plus d'impressionnabilité ; les yeux ne per- (;oivcnt plus rien des objets matériels environnants. Et cette ligature des sens s'accompagne de curieux symptômes. Le corps devient rigide et garde la position où l'a surpris la transe ; les pieds et les mains se glacent ; la respiration, la circulation se ralentissent ; le sujet, parfois, semble mourir. La mère Agnès (de Langeac) mourut au moins deux fois, au dire de son historien^, dans des accès de douleur ou d'amour extatique ; tous les ravissements d'Etiennette de Soncinno allaient, à ce que l'on crut de son temps, jusqu'à la mort^; sainte Catherine de Sienne passait pour être morte dans un transport et pour n'avoir ressuscité qu'au bout de quatre heures.

De fait, le sujet peut mourir, sinon de l'extase, du moins au cours de l'extase: mais il en sort, le plus souvent, par voie de réveil spontané ou provoqué.

Le réveil spontané est brusque'' ou graduel ; et, dans

1. Ribet, II, ch. xx. — Sous cette forme incomplète, l'extase peut durer des jours entiers, et même des semaines entières.

2. De Lantages, Vie de la vénérable mère Agnès, rééd. par Lucot, t. I, p. 75.

3. Jean de Sainte-Marie, Les vies et actions mémorables des saintes et bien/ieureuses filles de saint Dominique, t. I, p. 708.

4. Certains extatiques, sortant d'un ravissement survenu au milieu d'une conversation, reprennent la phrase qu'ils avaient interrompue. — Voy. dans Poulain, ch. xviii, le cas de la sœur Anne Rosset et de Jeanne de la Croix.

les deux cas, surtout dans le second, il est généralement pénible: « les traits de Texlalique se délendeni, la bouche se ferme, les paupières s'abaissent, la tète se penche », la physionomie traduit « un malaise anxieux et prolongé... L'âme ne reprend que peu à peu son action sur les organes... C'est une lutte pénible et une sorte d'angoisse en tout semblable à celle d'une personne qui lait effort pour sortir d'un sonnneil profond, d'une léthargie accablante' ».

Quand le réveil est provoqué, il l'est par ce que l'on nomme le rappel, c'est-à-dire par l'ordre donné à l'extatique — cet ordre émanant d'un supérieur spirituel légitime — de revenir à la vie ordinaire.

Le rappel est oral ou mental. — Oral, il a toujours son effet, disent les théologiens, si l'extase est divine ; intimé mentalement, il est quelquefois obéi ^

C'est dans un état d'extrême lassitude que le sujet sort de l'extase. Elle n'en a pas moins, dans la plupart des cas, des effets physiques stimulants : « peut-on douter, dit sainte Thérèse, que cette grâce n'exerce sur le corps même une heureuse influence? Si elle lui enlève les forces par l'excès du plaisir, ce n'est que pour lui en donner ensuite de plus grandes^ » ; et si elle le laisse momentanément accablé, elle le laisse aussi

1. Ribet, II, ch. xxi ; cf. sainte Thérèse, \ie, ch. xx : « Leur étal (de la mémoire et de l'entendement) ressemble à celui d'un homme qui, a'pris un long somweil rempli de l'cves, n'est encore qu'à demi évi-illé. r> — Sainte Catherine de Sienne, sortait, elle aussi, de ses extases, dans un état analogue à l'ivresse : Sancla illa extasi Icrminatu, spirilus... tam hiiitv redihnt ad vitaiu corpoream (/iiod slabat vhgn quasi continue dormiens, et in simititudinem dcbarclmli qui uon potesl a sinnno evigilarc, Hic lumen pcifecte dormit (Raymond de Gapouc, BU. ;>0 apr. t. 12, p. 911, n" 200).

2. l'oulain, cli. xviii ; Ribet, II, ch. ixi. .'{. Vie, ch. XVIII.

L'EXTASE 15d

plus vigoureux qu'auparavant cl « mieux disposé pour l'action' ».

Tels sont les symptômes physiques de l'extase. Quant à ses symptômes psychiques, ils ressortent, soit <les confidences des extatiques une fois revenus à l'état normal, soit des paroles qui leur échappent, voire des attitudes qu'ils prennent au cours même de la transe.

Les théologiens y distinguent trois degrés \ Au premier degré, celui de la suspension, au moins partielle, des « sens externes » (vue, ouïe, etc..) correspondent des visions imaginaires. Au second degré, la suspension des « sens internes» , c'est-à-dire de l'imagination, s'ajoute à celle des sens externes, et, aux visions imaginaires succèdent des visions intellectuelles de la divinité"'. Au troisième degré, les visions, même intellectuelles,

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