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MANIES MENTALES

J’appelle manies mentales les tendances à la continuation ou à la répétition indéfinie de certaines opérations mentales.

136 PSYCHOLOGIE DES NEURASTIIÉMQUES.

La plus simple me paraît être le phénomène de rumination mentale. Il est des individus dont le cerveau, pendant des heures, des jours, des semaines, des mois, travaille continuellement sur le même sujet : événement qu’ils commentent sans fin, décisions qu’ils pèsent, souvenirs qu’ils contrôlent. Même durant qu’ils s’occupent à autre chose, même pendant leur sommeil, se poursuit dans leur subconscient ce travail de rumination. Puis, un beau jour, l’objet qui les préoccupait tant s’efface, disparaît, jusqu’à ce qu’un nouvel objet vienne prendre sa place.

La manie du mot consiste à répéter indéfiniment le même mot qui s’impose à la conscience. Il faut, bon gré mal gré, que le malade le prononce, et s’il se refuse à le faire, il est pris d’une angoisse dont l’intensité augmente jusqu’à ce que, vaincu, ses lèvres laissent échapper les syllables fatales. Quelquefois le mot est blasphématoire, ordurier ou grossier, comme dans le cas fameux de cette grande dame qui émail lait sa conversation du mot « cochon, cochon ! »

La manie arithmétique consiste dans le

COMPLICATIONS PSYCHIQUES

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besoin impérieux de compter les objets du même genre qui s’ofl'rent aux yeux : par exemple les pierres d’un trottoir, les planches du parquet, les fiacres qui passent dans la rue, les boutons d’un habit, etc. Une de mes malades interrompait subitement notre conversation, pour me dire « Docteur, vous avez 53 fleurs en large et 18 en hauteur dans la tenture de votre cabinet. »

11 est bien d’autres formes encore de manies mentales : toutes les opérations psychiques en peuvent être le point de départ.

ABOULIE

L’aboulie est la perte complète de la volonté pouvant aller jusqu’à l’impotence motrice.

« On rencontre de temps en temps, dans la pratique médicale de la ville, quelquefois même à l’hôpital , des femmes jeunes encore, qui depuis des années se plaignent de souffrances les plus diverses, sans qu’on n’ait jamais pu découvrir aucune lésion organique. S'il existe une lésion de ce genre, elle est tout à fait hors de proportion avec les symp-

ItlS PSYCHOLOGIE DES NEUKASTI1 É.\ l(JL'ES.

lûmes nerveux observés. Ces femmes onl des douleurs dans le dos, à la nuque, dans les reins, dans les membres. Elles sonl incapables de se livrer à quelque occupation sérieuse ; lire, écrire, coudre, faire quelques pas, leur cause une fatigue énorme. Elles souffrent souvent des symptômes de l'atonie gastro-intestinale légère ou grave. Elles luttent un certain temps ou bien s’abandonnent promptement à leurs sensations pénibles; elles se condamnent alors à l’inactivité complète et restent pendant des mois jour et nuit étendues dans leur lit ou sur une chaise longue... Quand la maladie a duré longtemps, elle s’accompagne d’une sorte d’amoindrissement delà personnalité morale. La volonté s'affaiblit de jour en jour, et la patiente devient le jouet de ses propres sensations. Elle n’a plus souci que de ses propres soulfrunces. Elle recherche sans cesse la compassion d’autrui pour les moindres de ses maux. Parfois elle semble même s’abandonner à cet étal d’alanguissement dont la longue habitude 1 ni est devenue comme une seconde nature ( 1 ) . »

(1) Bouveret, p. 206-209.

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