SYNTHÈSE ET VARIATIONS DE L'ÉTAT MENTAL
les stigmates émotifs, en crises intensives. Est-il inquiet? Ce seront les angoisses et les craintes qui se développeront. Est-il scrupuleux? Ce seront les problèmes de conscience qui se poseront. Est-il douteur? Ce seront les indécisions qui le tourmenteront. Est- il timide? Ce seront les inhibitions sociales qui le paralyseront. Ainsi toutes les défectuosités mentales sont renforcées par la neurasthénie. Et ce fait peut se formuler dans la loi suivante qui éclaire et régit Loute la pathogénie des troubles psychiques des neurasthéniques : « L'état de dépression nerveuse exagère toutes les tendances anormales ou morbides du caractère. »
Cet état neurasthénique joue donc pour ainsi dire le rôle de pierre de touche pour chaque mentalité. Amplifiant les défauts naturels ou acquis, il réalise une véritable expérience de psychologie, une révélation du caractère qui en facilite l’analyse. Dans la neui asthénie on apprend a mieux connaître un individu: la névrose le dévoile avec ses défaillances et ses imperfections grossies et comme vues à travers une loupe.
180 rSVCIIOLOGIE DES NEURASTHÉMQUES.
Les variantes de l’état mental dépendront aussi de l’éducation, de la culture intellectuelle du sujet.
Voici un cerveau grossier, fruste. Il est évident qu’il ne concevra dans sa dépression que des symptômes grossiers, sans finesses, sans nuances. Il sera fatigué, triste, inquiet; et c'est tout : point d’écho mental, point de sentiments dérivés dans cette conscience brumeuse et engourdie.
Au contraire, voici un sujet délicat, lettré, pourvu d’un esprit philosophique, dressé à l’auto-analyse et au dédoublement du moi. Il est évident qu’ici le retentissement mental de la névrose sera considérable. Et nous verrons s’épanouir pessimisme, misanthropie, scepticisme, etc. sous leurs manifestations les plus littéraires et les plus subtiles.
Les conditions de vie influent à leur tour sur l’étal mental du madade. A cet égard, le citadin différera du gay.sa>n, le bourgeois de l’ouvrier, le célibataire d\l pèr-c de famille, etc. Il existe là toute une série de lines nuances par lesquelles se distinguent ces divers types.
Le sexe, l’àge, contribuent encore à établir
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dès' différences entre les malades; et certes, le neurasthénique jeune supporte autrement sa neurasthénie que le vieillard, la femme réagit autrement que le sujet masculin.
En somme, je le répété, les variantes de l’état psychique dépendent de l’individualité du sujet. Et de meme qu’il n’y a pas à l’état normal deux caractères identiques, de même il n’y a pas deux neurasthéniques dont la mentalité se ressemble.
11 n’est guère possible de passer en revue toutes ces variantes de l’état mental, tant le nombre est indéfini. Je me bornerai seulement à indiquer les plus importantes de ces différences, celles qui portent sur les symptômes psychiques essentiels, les stigmates affectifs. Elles contribuent à constituer ainsi les diverses types psychiques de neurasthéniques que nous étudierons dans le chapitre suivant.
L’état mental, une fois constitué, quelle que soit sa composition, est soumis à des variations que nous allons étudier maintenant.
Le moment de la journée exerce sur les malades une grande influence. G’estle matin, au réveil, que les neurasthéniques se sentent le plus mal. Fatigue, tristesse, ennui, pessimisme, idées noires, inquiétude, détresse, découragement, dégoût, toute la théorie des émotions et des sentiments pénibles vient s’associer à la bouche pâteuse, à la lourdeur de tête, à la courbature des membres. Dans l’état crépusculaire qui suit immédiatement le sommeil, dans cette phase de passage entre l'inconscience et le réveil, tous les fantômes sombres qui hantent la cerveau du neurasthénique croissent en force et en dimensions : c’est un état d’autant plus pénible, qu’il se renouvelle chaque matin, sans exception possible.
"Le soir, en revanche, procure un soulagement, une détente. Stimulé par l’activité de la journée, l’effort nécessaire, les bruits et les lumières, l’esprit du déprimé se dégage un peu, sa fatigue se fait moins lourde, sa tristesse moins amère, son angoisse moins poignante. Celte période est la meilleure, et le malade voudrait la prolonger le plus possible,