II. — DURÉE DE LA DÉPRESSION
i° Neurasthénie passagère. — Une cause occasionnelle quelconque, lièvre, surmenage, émotion, etc., peut provoquer chez chaque individu un accès de neurasthénie transitoire. Mais dès que l’influence cessera d’agir, par la convalescence, le repos, la tranquillité d’esprit, le système nerveux récupérera rapidement son énergie en vertu de la tendance curative naturelle de l’organisme et les troubles psychiques s’évanouiront parallèlement à la dépression.
Souvent, la guérison surviendra sans traitement spécial ou du moins à la suite d’un traitement banal de reconstituants et de cura d’air.
2° Neurasthénie chronique. — ■ Mais si la cause morbide ne disparaît point, continue d’altérer l’organisme, alors la dépression nerveuse et ses conséquences mentales s’installent à demeure : c’est la neurasthénie chronique.
Tel est le cas des névroses par excès de
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travail continuel, par surmenage mondain, par dyspepsie ou entérite chronique, par troubles de la nutrition, par chagrins inconsolables. Dans la lutte entre les agents déprimants et la restauration des éléments nerveux, celle-ci a le dessous, de sorte que jamais la tension nerveuse n’arrive à atteindre son niveau normal et que le malade traîne sans cesse son hyposthénie.
Tel est le cas aussi des neurasthéniques héréditaires. Il est en effet des sujets nés fatigués, affligés dès leur origine d’une insuffisance d’énergie nerveuse. Tant qu’ils économisent leurs forces, qu’ils renonçent à tout plaisir ou tout travail absorbants, ils parviennent tant bien que mal à équilibrer leur budget organique. Mais dès qu’ils augmentent les dépenses, le déficit se creuse et alors tous les symptômes de la neurasthénie plus ou moins grave apparaissent. Il semble vraiment que ces sujets soient venus au monde pour ne rien faire, prédestinés à une paresse nécessaire, mécanismes fragiles, inaptes aux durs labeurs de la vie.
Pour chacun de ces neurasthéniques chro-
niques, l’existence s’écoule dans une continuelle fatigue.
Le matin, il se réveille avec des idées tristes, la bouche amère, la tète lourde, sans envie de travailler ni de vivre, envisageant avec appréhension la nouvelle journée qu’il lui va falloir subir. Pourtant, avec bien des efforts, il se lève, déjà fatigué. Tant bien que mal, il procède à sa toilette. Peu à peu, par l'effet du déjeuner et par le mouvement, il se ragaillardit un peu, et se met péniblement à sa besogne avec un courage résigné.
Dans la journée, l’activité, l’agitation, le bruit lui font oublier un peu sa neurasthénie. Mais qu’il ne reste pas seul ! car alors la fatigue, la tristesse, l’inquiétude, s’emparent de lui lourdement, tout le cortège des idées noires défile par son cerveau. Parfois, à cinq heures, il prendra une tasse de thé qui lui donne un coup de fouet.
C’est vers le soir, aux lumières, qu’il se sent le mieux. Dîner en ville, théâtre, souper, le trouvent souriant, et personne ne soupçonnerait sous le costume et le masque mondains, sa profonde détresse intérieure.
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Puis, il va se coucher d’un sommeil inégal ; et le lendemain tout recommence.
Et ainsi la vie se passe, dans cette perpétuelle fatigue. Il a des moments pourtant de mieux-être. Après les vacances, quand il revient de la campagne, ayant repris dans l’oxygène et le repos un regain d’énergie. Mais cette réserve s’use durant l’hiver; et le printemps le trouve plus lassé, plus triste, plus désespéré que jamais.
C’est chez ces neurasthéniques chroniques que nous trouverons, organisés par le temps, tous les symptômes psychiques secondaires : pessimisme, misanthropie, détresse, etc. etque règne cet état crépusculaire de la conscience où le monde est entrevu lointain comme dans un rêve.