‹ Psychologie des neurasthéniquesChapitre 30 sur 33 · IV. COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

IV. COMPLICATIONS

Enfin la présence de complications ajoute un élément nouveau à l’état mental des malades, et même lui confère une physionomie anormale.

Nous connaissons ces complications : phobies, folie du doute, maladie du scrupule, manies mentales, impulsions irrésistibles, tics, perversions sexuelles, obsessions, autant de symptômes supplémentaires qui viennent s’ajouter au tableau clinique plus ou moins complet de la névrose.

Quand celui-ci est nettement dessiné, il ne sera pas difficile de les rattacher à la dépression nerveuse, de préciser leur étiologie. Mais parfois ces troubles psychiques systématisés acquièrent une telle intensité que la neurasthénie qui les a favorisés demeure cachée derrière eux. Ils semblent exister seuls et surgir spontanément sans cause provocatrice. Mais que l’on fasse une enquête dans le passé

du malade, et l’on ne manquera pas d’apprendre qu’avant l’apparition de ces phénomènes, déjà par l’effet d’un excès de travail, de souci, dechagrin, etc., il s’étaitsenti durant quelque temps fatigué, triste, inapte à tout effort. Toujours une période de dépression précède l’éclosion de ces troubles, quels qu’ils soient, sensitifs, idéatifs ou moteurs. Dépression légère, il est vrai, qui chez un sujet normal eût disparu sans laisser de traces, mais qui chez les prédisposés suffit à déclancher le mécanisme morbide qu’ils portent inné dans leur cerveau. Ainsi la neurasthénie agit chez les dégénérés comme cause provocatrice pour déchaîner ou exagérer leurs stigmates et leurs tares.

Et ce processus étiologique nous fournit du meme coup de précieuses indications pour le pronostic futur du malade. Il nous permet d’affirmer qu’avec la récupération de l’énergie nerveuse s’atténueront les désordres momentanément grossis, mais elle nous oblige aussi à des réserves pour le retour possible de semblables accidents. Chez ces sujets, toujours en imminence d’obsession, la plus légère asthénie suffit à susciter les plus bruyantes compli-

calions. Si un traitement rationnel les peut apaiser momentanément, il n’en prévient pas la récidive; car l’agent essentiel réside dans la constitution môme du système nerveux. C’est pourquoi en face de ces malades, je tiens toujours loyalement ce langage : « Votre neurasthénie, je la ferai disparaître, avec sa dépression, sa fatigue, sa tristesse, son incapacité de travail. Quant à vos troubles psychiques, je vous rendrai tel que vous étiez auparavant. Je ne puis changer ni votre tempérament, ni votre caractère. Je ne puisqu’enleverl’exagérationque la neurasthénie y avait momentanément apportée. » Et les faits viennent habituellement confirmer mon pronostic.

Tels sont les quatre éléments qui détermincntl’état mental d’un neurasthénique : profondeur et durée de la dépression cérébrale, état affectif dominant, complications. Ils permettent de préciser par une formule le type psychique auquel appartient le malade. Ainsi pai exemple on dira neurasthénie anxieuse clironi-

que du 2e degré, neurasthénie dépressive passagère du 3e degré, neurasthénie chagrine chronique du 3e degré : et ces brèves notions évoqueront déjà dans ses grandes lignes la physionomie du malade.

Pour ma part, je fais usage dans ma pratique personnelle de ces formules qui suffisent par leur combinaison à cataloguer la plus grande majorité des sujets, etme rendent ainsi d'utiles services.

Tout individu souffrant d’une neurasthénie qui persiste ou qui s’aggrave, réagit contre elle pour s’en défendre. Ainsi naissent les réactions de défense des neurasthéniques que nous allons étudier pour finir.

Ces réactions de défense existent en certain nombre et varient selon le caractère, la culture, les conditions personnelles et sociales oh vivent les malades. Je distinguerai les tentatives thérapeutiques, l’économie de l’effort, l’isolement volontaire, la recherche d’excitation, le suicide.

Page 1