‹ Psychologie des neurasthéniquesChapitre 31 sur 33 · TENTATIVES THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

TENTATIVES THÉRAPEUTIQUES

La plupart, se sentant malades, cherchent tout d’abord à se guérir. Les uns souffrent davantage de leurs troubles physiques : dyspepsie, palpitations, céphalée, rachialgie, insomnie, impuissance, etc., et demandent à la thérapeutique de soulager leur corps; d’autres, au contraire, plus affligés de leurs symptômes psychiques, tristesse, ennui, angoisses, aboulie, timidité, obsessions, etc., demandent à la thérapeutique de soulager leur esprit.

Toutefois, ce n’est pas au médecin, au spécialiste, que beaucoup s’adressent en premier lieu. Trop souvent, et même dans les classes cultivées, les patients ont recours aux remèdes merveilleux annoncés dans les quatrièmes pages des journaux, aux élixirs X ou Z, aux ceintures électriques, à moins qu’un pharmacien ne leur octroie dans son arrièreboutique, contre l’achat d’une potion reconstituante, une consultation gratuite et illégale. C’est seulement plus tard, quand ces moyens

ont échoué et que leur dépression s’accentue, qu’ils font appel à la médecine régulière et scientifique.

Certains, bien traités, guérissent : et là s’arrête l’histoire de leurs tribulations. Mais d’autres, malgré des soins judicieux ne guérissent pas. Il est bien des causes à ces insuccès thérapeutiques. Tantôt, le malade est un dégénéré, un constitutionnel, pourvu d’un système nerveux mal construit que nulle science humaine ne saurait transformer, et chez qui tout espoir se borne à une atténuation momentanée de ses accidents. Tantôt, le malade serait curable, mais il ne peut suivre la cure. Les uns, pour des raisons de fortune, reculent devant un traitement long et coûteux; les autres, absorbés parleur profession, ne sauraient prendre le repos nécessité par leur état ; d’autres enfin, quoique inoccupés et riches, échappent au traitement parce que leur esprit est incapable de s’y astreindre. En effet, leneurasthénique est un inquiet, un instable, et ces défauts lui enlèvent toute persévérance, le poussent à changer sans corse de praticien et de méthode. Il est ainsi toute

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une légion de neurasthéniques, frappant successivement à la porte de tous les neurologistes, s’installant pour quelques jours dans tous les sanatoria réputés, toujours en quête d’un traitement qu’ils ne finissent jamais. Alors lassés de leurs échecs, mécontents de la médecine et des médecins, ils reviennent aux thérapeutiques merveilleuses. Somnambules, magnétiseurs, hypnotiseurs, sorciers, empiriques, guérisseurs de toute caste, les voient passer dans leurs officines et tour à tour exploitent sans pudeur leur crédulité et leur désespoir. Que j’en ai vu de ces malades, intelligents pourtant dans l’exercice de leur profession, et qui durant des mois et des années se laissaient berner par des jongleries de sauvage, des subterfuges enfantins.

Pour remédier à toutes ces causes d’incurabilité dont je déplore depuis des années les inconvénients, je me suis appliqué à la recherche d’une thérapeutique de la neurasthénie, à la fois rapide et facile, et qui n’exigerait des malades ni patience prolongée, ni abandon de leur travail, ni pratiques com-

pliquées. Ce traitement, basé sur la nature même de la neurasthénie, je l’ai trouvé enfin. Une semaine ou deux de cure suffisent à remonter le potentiel nerveux des sujets les plus déprimés, lorsqu’ils ne sont pas trop héréditairement tarés. Et quand je publierai ma méthode et ses résultats (1), les neurasthéniques pourront se rendre compte que la science offre encore des ressources pour le soulagement de leurs misères.

ÉCONOMIE DE l’effort

Quand le malade, pour l’une des causes citées plus haut, ne guérit pas, il cherche alors à s’accommoder avec son mal, à s’adapter à lui, à en atténuer les inconvénients, à en diminuer les conséquences. De là, ceo nouvelles réactions de défense que voici.

Je citerai d’abord l’économie de l’effort. L’économie de l’effort dérive directement de la répugnance à l’effort que je signalais au chapitre de la fatigue. Le malade sentant et

(1) Traitement des Neurasthéniques 1 vol. en préparation.

sachant que tout effort l’épuise, cherche instinctivement à diminuer cet effort. De là, l’économie clans ses mouvements, la nonchalance, la paresse apparentes qu’il met dans tous ses actes. Il remue le moins possible, se lève, marche, travaille le moins possible, s’arrange de façon à dépenser le moins possible de cette énergie nerveuse si rare et qui lui fait défaut.

Et ainsi parvient-il, à force de parcimonie, de prudence, de calcul, à faire face tant bien que mal, avec les maigres moyens dont il dispose, aux exigences de sa profession et de son existence.

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