‹ Psychologie des neurasthéniquesChapitre 8 sur 33 · I.ES STIGMATES AFFECTIFS · texte numérisé non relu

I.ES STIGMATES AFFECTIFS

s’implantent chez les malades des auto-suggestions tenaces, est-on en droit d’affirmer qu’il existe chez eux autre chose que de la simple dépression nerveuse. Ce sont, soit des hystériques, dont l’asthénie a augmenté la tendance hystérogène, soit des psychopathes constitutionnels, phobiques, douteurs, scrupuleux, hypochondriaques, obsédés de tous genres, qui côtoient les frontières de la vésanie

Ces troubles de l’émotivité que nous venons d’étudier semblent faire exception au mécanisme pathogénique général de l’état neurasthénique. En effet, tous les symptômes psychiques de la neurasthénie consistent en diminutions fonctionnelles, exprimantl’insuflisance d’excitation nerveuse. Ici, au contraire, il y a exagération de la fonction et hypertension émotive. Rappelons que nous avons déjà trouvé la même opposition dans les symptômes organiques de l’affection : alors qu’il existait de la diminution générale des fonctions, il se manifestait au contraire des accès de surexci-

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talion du cœur, des sécrétions, de la motilité, etc. Ces deux exceptions apparentes à la dépression générale sont parallèles dans les domaines organique et psychique. Elles sont étroitement liées l’une à l’autre et relèvent de la même interprétation. Comment les justifier?

M. Janet, frappé comme moi de ce phé nomène important, en a proposé l’explication suivante. D’après cet auteur, les angoisses, l’émotivité, seraient dues à la dérivation nerveuse. L’énergie nerveuse, ne pouvant être dépensée dans le cerveau, en état de diminution fonctionnelle, se décharge vers les centres inférieurs et produit des troubles pathologiques.

« Quand une force primitivement destinée à être dépensée pour la production d’un certain phénomène reste inutilisée parce que ce phénomène est devenu impossible, il se produit des dérivations, c’est-à-dire que cette force se dépense en produisant d’autres phénomènes non prévus et inutiles (1). »

« Je crois donc que l’on peut considérer ces

(1) Obsession et Psychasthénie, F. Alcan, édit. Paris, p. S55.

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crises d’agitations forcées (de même que 1 angoisse) non seulement comme une sorte de réaction du sujet contre la douleur produite par l’insuffisance psychologique du début, mais comme une dérivation dans laquelle se dépensent les forces qui n’ont pu être employées parla volonté, l’attention ou l’émotion initiale (1). »

Je crois pour ma part que l’on peut fournir une autre explication à l’émotivité des neurasthéniques, beaucoup plus rationnelle et plus conforme à nos connaissances sur la physiologie du système nerveux.

Quelle que soit la théorie qu’on adopte sur le mécanisme des émotions, il ne sera nié par personne qu’il existe chez l’homme un appareil émotionnel, sinon anatomiquement localisé, du moins physiologiquement organisé, composé de ganglions sous-corticaux, de conducteurs nerveux, de plexus viscéraux, qui commandent les réactions motrices des émotions. Or, il apparaît à l’observation qu’à l’état normal cet appareil émotionnel

(1) Obsession el Psychast/ie'nie, p. D67.

est dominé, réfréné, inhibé, par le système nerveux de la vie de relations : moelle sensitive et motrice, écorce cérébrale. Dans la pratique, on constate que toutes les causes affaiblissant les fonctions nerveuses et psychiques supérieures, fatigue, surmenage, traumatismes, maladies, etc. exaltent l’émotivité; tandis qu’au contraire la force et la santé du névraxe confèrent l’énergie impassible et la domination de soi-même. Il semble donc bien que le système cérébro-spinal ait une action frénatrice, calmante, régulatrice sur le système émotionnel.

Nous trouvons, du reste, un exemple et une confirmation de ce principe dans le mécanisme du cœur. On sait que les mouvements du cœur sont commandés par deux nerfs antagonistes, le pneumogastrique qui les ralentit et le sympatique qui les accélère, de sorte que son rythme normal est du à l’équilibre de ces deux influences. Mais si le pneumogastrique vient à faiblir, aussitôt le cœur se hâte, précipite ses battements qui dégénèrent en palpitations. Or ce simple fait nous offre comme le schéma de l’émotivité des neu-

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rasthéniques. Dans le cas actuel en effet, le pneumogastrique, issu du bulbe, représente l’action régularisante et frénatrice du système nerveux supérieur, tandis que le sympathique représente l’appareil émotionnel. C’est à l'affaiblissement de l’inhibition du nerf crânien qu’est dû le désordre cardiaque.

Au reste, si nous nous souvenons que dans le complexus d’une émotion les troubles du cœur jouent un rôle primordial, nous pourrons considérer ce phénomène cardiaque comme une sorte d’image simplifiée de ce qu’est l’émotivité elle-même, comme le noyau autour duquel se viennent grouper, selon un mécanisme analogue, les autres réactions constituantes de l’émotion. Ainsi comprendrons-nous également les relations entre l’irritabilité organique et l’émotivité des déprimés, qui sont phénomènes parallèles, puisque l’émotivité n’est en somme que l’équivalent psychique de cette irritabilité corporelle.

J’admettrai donc pour ma part que c’est en diminuant l’action frénatrice du système nerveux de la vie de relations que la dépression nerveuse exagère l’émotivité des malades

Celte conséquence est d'ailleurs parfaitement logique et compréhensible : on conçoit sans • peine que, dans les états de dépression où l’énergie vitale de l’individu est diminuée, doivent s’exagérer au contraire les émotions telles que l’angoisse, la colère, le chagrin, qui ne sont en réalité que des réactions de défense instinctive de l’organisme.

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