‹ Psychologie des sectesChapitre 10 sur 53 · Aug. Comte, Cours de philosophie positive, tome I, p · texte numérisé non relu

Aug. Comte, Cours de philosophie positive, tome I, p

2. Voltaire, dans le Temple du goût, met dans la bouche des érudits cette confession ingénue :

Pour nous, messieurs, nous avons l'habitude

De rédiger au long, de point en point,

Ce qu'on pense ; mais nous ne pensons point.

leur indifférence à telle ou telle doctrine, tout en travaillant sous cape à faire triompher telle ou telle.

D'autre part, s'il est vrai, et je le crois, que « pour connaître une chose il faut l'aimer (1) » et s'il est vrai qu'aucune idée scientifique ne mérite ce nom si celui qui la soutient n'en a pas fait plus qu'une idée, un sentiment, il est évident que tout écrivain mêlera la passion à ses livres. Non la passion vulgaire, qui s'engoue pour le succès immédiat, mais la passion noble et élevée, symptôme de la polarisation de la pensée qu'on appelle la vocation et. qui constitue l'impulsion intime et inconsciente à ce qu'on étudie, à ce qu'on pense, à ce qu'on écrit.

Nous ne parlons que du point de vue objectif en fuyant toute question de personnalité. Nous ne nous occuperons que des faits, en traitant notre sujet au point de vue de la sociologie criminelle, mais le livre est comme la voix : on a beau raconter un fait en employant les mots les plus simples, il y a toujours des intonations qui laissent percevoir le jugement qu'on porte sur ce fait.

Du reste il est temps que la bourgeoisie et la classe cultivée se préoccupent de l'ouragan qui depuis trop longtemps menace pour rie pas se déchaîner tôt ou tard, et qu'elles osent prendre leur place dans les batailles de la

Voir : Trailès des sophismes politiques et des sophismes anerchiques, extraits des manuscrits de J. Bentham, par Et. Dumont. — Bruxelles, 1840.

i . La phrase est de Carlyle. Voir Taine. L'Idéalisme anglais, étude sur Carlyle. — Paris, Germer Baillière, 1864.

pensée. Jusqu'ici la classe élevée de la société est restée dans % une indifférence bouddhiste qui semblait receler la sécurité de la force, et qui ne cachait que l'inconscience . Devant la question sociale quelques-uns se contentaient de sourire et de s'écrier, comme un fermier général rappelé par Taine,qui à la veille de la Révolution française disait : « Pourquoi changer? Nous sommes si bien ! (1) ». Les autres ressemblaient à ceux qui « quand on met le feu à une maison, se divertissent à admirer la torche ou la figure de l'incendiaire (2) ».

Tous enfin, en considérant les crimes violents des basses classes, ne croyaient pas devoir confesser qu'une des causes de ces délits remontait à eux-mêmes, et feignaient d'ignorer que si l'émeute hurle et si des crimes se produisent sur la place publique, dans les palais c'est l'immoralité qui rampe et le vol qui s'exerce.

« Quand la moralité publique s'éclipse, disait Victor Hugo, il se fait dans l'ordre social une ombre qui épouvante (3) ». Or la moralité publique s'est éclipsée au point de produire plus que l'épouvante, la certitude d'une catastrophe. A quelle moment cette catastrophe éclatera-t-elle ? Quels en seront les résultats ? Il est impossible de le dire, si Ton ne veut du moins se montrer prophète à titre gratuit et à la légère. Assurément la lutte entre les bras et le cerveau de la société est allée dans ces dernières années en prenant une forme très aigùe, non seulement parce que fatatrahunt et que l'évolution

1. Proal, La criminalité 'politique, Paris, Alcan, 1895, p. 2o2.

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