‹ Psychologie des sectesChapitre 27 sur 53 · Voir G. Le Bon, oo. cit.^ p · texte numérisé non relu

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neront souverainement. Ils n'y trouveront en effet aucun obstacle, parce que leur cerveau est quasiment vide, et ils l'occuperont entièrement parce que leur cerveau est étroit. Alors les meneurs « ne s'appartiennent plus : ils sont maltraités par elle [ l'idée générale ] ; elle agit en eux et par eux ; au sens propre du mot l'homme est monstrueux, une pensée étrangère et disproportionnée vit en lui, s'y développe et y engendre les volontés malfaisantes dont elle est grosse » (1).

La suggestion dont le meneur est victime devient donc dès lors une force active, devient sa passion, sa vocation.

« Qu'est-ce donc qu'une vocation, écrivait Ribot, sinon une attention qui trouve sa voie et s'oriente pour toute la-vie • (2) ?

Cette attention arrive, chez le meneur, à son point extrême, à son dernier degré, qui est l'idée fixe (3).

Ni le mépris, ni les persécutions ne le touchent ; elles ne font, au contraire, que l'exciter. L'intérêt personnel, la famille, il sacrifie tout ; il n'est pas jusqu'à l'instinct de la conservation qui ne soit annulé chez lui, parce

1. H. Taine, Les origines de la France contemporaine. — La Révolution, tome III, Le gouve?*nement révolutionnaire, p. 70, 14e édit., Paris, 1892.

2. Ribot, Psychologie de Vattention, Paris, Alcan, 1889, p. 15. Ailleurs Ribot disait d'une façon analogue : < Les grandes attentions sont toujours causées et soutenues par de grandes passions, »

3. Voir Buccola, La legge del tempo nei fenomeni del pensiero» — Ribot disait que « l'idée fixe est la forme chronique de l'hypertrophie de l'attention et que l'extase en est la forme aiguë », op. cit., p. 138. — Esquirol disait que « l'idée fixe est la catalepsie de l'intelligence ». .

que la seule récompense qu'il demande souvent c'est de devenir un martyr.

« Celui qui soutient une idée puissante, écrit Nordau, est un apôtre incomparable. Aucune conviction acquise au prix d'un travail sain de l'intelligence n'est capable de s'emparer aussi pleinement de l'âme ; d'assujettir aussi tyranniquement toute l'activité, de l'exciter aussi invinciblement à parler et à agir, que le délire. Un fou, un demi-fou qui délire ne veut point reconnaître les preuves de la folie de ses idées ; il n'a cure ni des contradictions, ni des moqueries, l'opinion de la majorité lui est indifférente ; les faits qui ne lui agréent point, il ne les juge même point dignes d'un regard, ou il les interprétera d'une façon qui lui donnera manifestement raison ; il ne redoute point les obstacles parce que le sentiment même de sa propre conservation n'est pas capable de lutter contre la puissance de son idée fixe et pour cette raison, il est disposé bien souvent à donner son sang sans hésiter (1) ».

Créer. la foi, qu'il s'agisse de foi religieuse, politique ou sociale, qu'il s'agisse de foi dans une œuvre, dans une idée, dans un homme, voilà surtout la part des grands agitateurs — qui sont toujours des êtres exceptionnels sinon desfous — et voilà pourquoi leur influence est immense. De toutes les forces dont l'humanité dispose, la foi a toujours été la plus grande et c'est avec raison que l'Evangile lui attribuait le pouvoir de transporter les montagnes. Donner la foi à un homme, c'est centupler ses forces (2).

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