‹ Psychologie des sectesChapitre 31 sur 53 · Art. cit · texte numérisé non relu

Art. cit

duit avec cette seule différence : les actes s'accomplissent avec plus de conscience.

Dans la secte en eflet les mots discussion et rébellion sont inconnus, les affiliés attendent pour agir un signal de leur chef, l'individu qui fait partie d'une multitude agit d'après le cri de celui qui l'a suggestionné, et qu'ils soient en petit ou en grand nombre, qu'ils soient près ou loin, les sectaires ont une seule âme, l'âme de la secte.

Par la suggestion inconsciente dans la foule, par la suggestion inconsciente dans la secte, nous voyons ressusciter ou pour mieux dire, continuer à vivre le principe de fer où étaient moulés les sociétés antiques.

La secte veut ses hommes dociles et obéissants, comme les soldats dans une armée, ou les moines dans un couvent : elle veut des unités égales, dirigées par un chef unique, et non des organismes indépendants pouvant marcher d'eux-mêmes. Elle réalise dynamiquement dans le temps l'uniformité que la foule obtient statiquement pour un seul et court instant ; tous les sectaires tendent à réaliser leur idéal avec la précision et l'ensemble de machines humaines, comme tous les membres d'une foule crient et agissent à la façon d'automates mis en mouvement par le cri ou l'acte imprévu d'un d'entre eux. « Pendant la période historique qui a précédé la nôtre et notamment dans les vieilles cités grecques ou latines, à Rome et à Sparte que les Jacobins prennent pour modèles, la société humaine était taillée sur le patron d'une armée ou d'un couvent. Dans un couvent comme dans une armée règne une idée absorbante

et unique : à tout prix, le moine veut plaire à Dieu ; à tout prix le soldat veut remporter la victoire ; c'est pourquoi ils renoncent à leurs autres volontés et se soumettent tout entiers, le moine à la règle, et le soldat à la discipline.

Pareillement dans le monde antique deux préoccupations étaient souveraines. En premier lieu la cité avait ses dieux fondateurs et protecteurs : à ce titre elle leur rendait un culte minutieux et assidu : sinon ils l'abandonnaient. En second lieu la guerre était incessante, et le droit de la guerre, atroce : si la cité était prise, chaque particulier pouvait s'attendre à être tué, mutilé, vendu à l'encan, à voir vendre au plus offrant ses enfants et sa femme... En de pareilles conditions, il n'y a pas de place pour la liberté : les croyances publiques sont trop impérieuses, les dangers publics sont trop grands. Sous leur pression et leur obsession, l'individu abdique au profit de la communauté ; celle-ci prend tout l'homme parce que pour subsister, elle a besoin de tout l'homme. Désormais nul ne peut se développer à part et pour soi ; nul ne peut agir ni penser que dans un cadre fixe. Un type a été tracé, sinon par la logique, du moins par la tradition ; chaque vie et chaque portion de chaque vie doivent s'y conformer... Au fond non seulement en Grèce et à Rome, mais en Egypte, en Chine, dans l'Inde, en Perse, en Judée, au Mexique, au Pérou, dans toutes les civilisations de première pousse, le principe des sociétés humaines est encore celui des sociétés animales ; l'individu appartient à sa communauté comme l'abeille à, sa ruche, comme la fourmi à sa fourmilière : il n'est qu'un

organe dans un organisme. Tout au rebours dans le monde moderne, ce qui jadis était la règle est devenu l'exception et le système antique ne survit qu'en des associations temporaires comme une armée, ou en des associations partielles comme un couvent. Par degrés l'individu s'est dégagé, et de siècle en siècle il a élargi son domaine, c'est que les deux chaînes qui l'assujettissaxeat à la communauté se sont rompues et allégées » (1).

Et j'ajouterai que le système antique survit également dans quelques associations temporaires et spontanées, comme une secte. Et même la secte veut tout V homme ; elle veut son obéissance au but suprême et unique pour lequel elle est née ; elle veut qu'il soit un instrument aveugle et fidèle, elle veut qu'il soit entre ses mains perinde ac cadaver, suivant la phrase célèbre de la secte qui a eu le plus de puissance et de durée, la secte jésuite.

Que firent les Jacobins — cette autre secte puissante, mais de si courte durée — si ce n'est que faire refleurir le système autoritaire des antiques cités grecques et latines ! Qu'est-ce que leur conception sociale sinon la construction logique d'un type humain unique et identique, qui doit se sacrifier tout entier à la communauté, à rEtai?

Il n'y a assurément point de construction sociale plus rétrograde ; mais il n'y en a point assurément non plus de plus forte.

Ce qu'on perd en élasticité et en indépendance on le regagne en cohésion et en solidité, et les combats — non

t . H. Taine, Les origines de la France contemporaine, tome III, 121, 122, m,pa88im.

pour le progrès éloigné mais pour l'utilité immédiate — sont gagnés par la concorde de tous ceux qui visent un but quelconque et un seul, mieux que par l'initiative individuelle à qui on laisse choisir et poursuivre des buts plus élevés et des idées plus nobles.

Le fait que dans les premiers stades de l'humanité, comme dans les agrégats animaux, l'association entre les organismes se manifeste sous la forme de la soumission absolue des parties qui sont formées par elles, nous semble aujourd'hui — à nous qui avons progressivement évolué — chose cruelle et absurde ; mais c'était alors une nécessité inéluctable.

« Obtenir des hommes une aveugle obéissance, voilà, écrit Bagehot (1), le problème le plus important. A quoi emploierez-vous cette obéissance ? c'est là une question d'importance secondaire qu'il n'est pas urgent de résoudre sur-le-champ ».

Une loi rigide, précise, concise, voilà le premier besoin du genre humain ; voilà ce qui lui est avant et par-dessus tout nécessaire pour former un noyau d'habitudes, de coutumes, d'idées. Tous les actes de la vie doivent être soumis à une règle unique, en vue d'un but unique. Si ce régime interdit la liberté de penser ce n'est pas un mal; ou plutôt, bien que ce soit un mal, c'est la base indispensable d'un grand bien : c'est ce qui forme le substratum de la civilisation et ce qui devient la fibre encore tendre de l'homme primitif.

Les siècles de monotonie, d'égalité, de servitude ont

1. W. Bagehot, Lois scientifiques du développement des nations r 5° éd., Paris, Alcan, 1885.

eu leur utilité : ils ont formé l'homme pour les siècles où il devait être libre, indépendant et original.

Cette nécessité historique qui s'est développée dans le temps et que Bagehot a magistralement décrite (1), nous la voyons encore aujourd'hui en pleine action.

Aujourd'hui encore dans la guerre, qui malgré ses transformations est encore le résidu atavique de l'époque primitive le plus grand et le plus naturel, nous conservons la tactique ancienne, c'est- à dire l'obéissance aveugle de tous à un seul, pour atteindre au but unique et suprême : la victoire. Nous sentons et nous savons que si la discipline n'était pas de fer, que si le commandement n'était pas absolu comme l'obéissance, le but ne serait pas atteint. Dans cet ordre d'idées, il est remarquable que tout le monde reconnaît la nécessité, pour l'heureuse issue d'une guerre, d'un chef unique. Une pluralité d'esprits délibérant ne peut que porter préjudice, justement parce que l'unisson disparaît, et que l'uniformité nécessaire à un agrégat d'hommes, qui doivent concorder comme un seul homme pour tâcher à atteindre un but donné, s'évanouit.

1. Voir op. cit., 1. I, passim. — J'ai repris, avec quelques phrases de Bagehot lui-même, ses idées sur le sujet dont je m'occupe ; et il me plaît de remarquer que ce volume de Bagehot est une vraie source, où beaucoup d'auteurs illustres ont puisé Ainsi Taine s'est assurément inspiré de lui en écrivant quelques-uns de ses chapitres sur la psychologie des Jacobins (voir le III® vol. de sa Révolution) ; de même Tarde lui doit le noyau de sa théorie sociologique de l'imitation. Et — chose étrange ! — Bagehot est rarement cité. Ecrivain synthétique et suggestif, il peut être regardé comme un des facteurs de la sociologie moderne, comme Despine — aussi peu cité — peut passer pour un des facteurs de l'école d'anthropologie criminelle.

Macaulay disait avec raison que souvent une armée a été heureuse sous les ordres d'un capitaine incapable, mais que jamais une armée n'a remporté la victoire sous la direction d'une assemblée délibérante : ce monstre à mille têtes produit toujours des effets désastreux.

Et non seulement dans la guerre, forme barbare de la lutte, mais aussi dans ce qu'il y a de plus civilisé, je veux dire dans la lutte intellectuelle, c'est la tactique ancienne qui revit aujourd'hui.

Aujourd'hui en effet pour faire triompher des idées qui font leurs premiers pas dans le monde il faut de . toute nécessité recourir à l'organisation rétrograde des hommes primitifs : c'est-à-dire qu'il est nécessaire que les hommes obéissent aveuglément, qu'ils se fassent les esclaves du but qu'ils se proposent.

Quelle que soit la nouvelle idée qui s'élève, artistique, scientifique, religieuse, politique, il faut, dès l'abord, des adhérents qui servent et qui ne discutent point le drapeau sous lequel ils se sont enrôlés ; il faut une soumission absolue et une uniformité absolue aussi. C'est à cette seule condition qu'on peut espérer faire brèche et réussir.

Un tel phénomène est trop évident même pour le plus myope des observateurs pour qu'il soit utile de l'illustrer. Pour n'en prendre qu'un exemple dans notre champ d'études, et je dirais bien mieux, dans notre champ d'études personnel, je sais qu'un jeune homme qui est attiré par un nouveau courant scientifique, commence par accueillir, soutenir, défendre, sans distinction toutes les idées de celui ou de ceux qui l'ont suggestionné : en véritable disciple, il jure in verba magistri.

("est la psychologie du néophyte, et elle ne pourrait Être différente, puisque c'est la même exagération et c'est \v même absolutisme que révèlent sa conviction, sa passion, et qui lui donnent l'énergie de travailler, de produire, en un mot de pousser de l'avant et de faire à son tmir des disciples. Peu à peu, quand la théorie nouvelle v;t gagnant du terrain et quand le néophyte s'élève du rang de simple soldat à un grade plus élevé, il comprend qu'il peut.se donner le luxe de se débarrasser en partie des idées du maître ou des maîtres et d'en soutenir quelques-unes pour son propre compte.

La période de l'indépendance scientifique suit celle de l'obéissance inerte ; mais elle ne peut y échapper, elle ne peut sauter par dessus, de même que dans la nature le fruit ne peut exister sans la fleur.

Bagehot disait que les siècles de monotonie, d'égalité et d'esclavage ont produit les siècles d'originalité, d'inégalité et de liberté, nous pouvons dire de même que la phase de toute doctrine dont les adeptes soutiennent tous avec un égal enthousiasme les idées identiques produit ensuite la phase, plus glorieuse, mais non plus utile où tous les individus s'élèvent personnellement etacquièreftt une personnalité propre.

Cest la loi éternelle du progrès, par laquelle on arrive de l'homogène à l'hétérogène, par laquelle les divers organes spécifiques émergent peu à peu de la masse uniforme de matière organique.

1 1 en est pour la politique, pour l'art, tout comme pour la science.

Dans l'art le phénomène se présente avec une impor-

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tance et une extension toutes particulières. Et je suis heureux de le signaler.

Il y a eu une époque où les peintres italiens se glorifiaient de ne pas faire autre chose que d'imiter leur maître.

Les écoles de peinture des 400 présentent un caractère tellement uniforme qu'elles peuvent offrir l'exemple le plus typique de suggestion et d'obéissance, ou, pour mieux dire, de copie artistique. Et c'est peut-être cette uniformité humblement mais opiniâtrement voulue qui constitue le secret du charme exercé par ces écoles. Paul Bourget dans ses Sensations d'Italie a, à ce propos, une page splendide que je reproduis en entier parce que le lecteur y verra un reflet de la psychologie sectaire dans Vart que je ne puis ici signaler qu'à tire-d'ailes : « La communion de l'idéal et de la manière était aussi chère aux artistes d'alors (les 400) que la recherche de l'originalité à tout prix nous est chère à nous. Ils acceptaient, eux, ils souhaitaient de continuer simplement une tradition, d'être chacun la branche d'un même grand arbre, pas même la branche, mais une fleur parmi les fleurs, une minute d'une grande journée, l'étape d'une grande doctrine. C'est pour cela que la réunion de beaucoup de leurs œuvres donne une sensation d'une telle puissance, et qu'une telle puissance encore réside dans chacune de leurs œuvres isolées. Un je ne sais quoi d'à-demi impersonnel permet d'entrevoir, par delà le fragment contemplé, le vaste effort qui seul l'a rendu possible ; quelquefois même le fragment est si délicieux que, pendant une seconde, il semble marquer le point suprême au-

ejnel est suspendu tout le reste, et pendant cette seconde toute la gloire de toute l'école rayonne à la fois sur le nom du pauvre ouvrier modeste qui, à force de mérite soumis, a eu du génie dans une œuvre comme le plus grand des grands *.

Ces motSj on pourrait avec quelques variantes les appliquer à tous les disciples obscurs mais enthousiastes d'une idée. Eux aussi, comme les peintres des 400, mettent leur orgueil à servir humblement, dévotement leur idéal, en étant le rameau d'un grand arbre, la minute dune journée, l'étape d'une grande doctrine. Et s'ils agissent ainsi, c'est qu'un instinct les avertit que cette absolue soumission à leur idéal pourra seule le faire triompher. Plus tard quand l'idéal aura conquis la majorité, ils pourront se permettre d'être personnels, de se soustraire à l'irritation des maîtres, de montrer, en somme, qu'unis dans les lignes générales, ils ne le sont pas autant dans les lignes secondaires.

Eh bien ! la secte, qui regarde toujours la première phase de toute idée en train d'éclore ou de fleurir, ne peat avoir et n'a qu'une seule de ces tactiques, la première.

Tactique inférieure et rétrograde, nous le répétons, maïs nécessaire et d'un effet assuré puisque même dans les luttes de l'esprit il importe de courir à l'assaut delà position ennemie, avec une union et une confiance absolues, sous le commandement de son général (sauf à se diviser ensuite sur les moyens de gouverner la terre qifuu aura conquise); et pour atteindre ce but initial, il n'y a rien de plus utile au point de vue stratégique que

l'organisation de la secte, de ce groupe humain compact et uniforme, qui pénètre comme un coin dans l'organisme social, et qui, comme la phalange macédonienne, Tenfonce,, et, en le détruisant, le renouvelle.

Napoléon disait qu'il n'y a qu'une forme de raisonnement vraiment efficace : la répétition.

Mes lecteurs me pardonneront si j'y ai eu trop souvent recours: afin d'être clair et persuasif j'ai cru devoir insister sur le caractère fondamental de la secte, l'uniformité psychologique de ses membres, parce que ce caractère constitue toute sa force, est la raison de son mode d'action et en rapprochant la psychologie de la secte de celle de la foule, permet d'expliquer Tune au moyen de l'autre.

Dans mon premier chapitre j'avais écrit que la secte est une foule à F état dynamique. Après ce que je viens de dire dans le paragraphe précédent, cette définition doit sembler exacte, et elle le paraîtra davantage après quelques exemples qui serviront à l'illustrer. La foule, quand elle se réunit non point simplement par curiosité et pour se divertir mais pour manifester quelque prétention ou polir protester contre quelqu'un, n'est qu'une forme statiquement violente de la lutte collective.

Vous rappelez-vous les troubles si graves qui ont éclaté en Sicile dans l'hiver 1893-94 ? La multitude descendit dans les rues et sur les places publiques, dévasta, incendia, frappa, tua. Fit-elle bien ou mal ? Il n'importe de le dire ici. Toujours est-il que cette tentative de ré-

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volte, crime ou mieux amas de crimes, eut l'avantage considérable de tirer de leur profond sommeil ceux qui depuis 33 ans auraient dû penser aux conditions si malheureuses de l'Ile. Sans ce raccourci de guerre civile, nous aurions encore continué pendant bien des années à négliger les besoins impérieux de la Sicile.

Eh bien ! cette fonction qui consiste à réveiller les gouvernements somnolents, et que la foule accomplit en certains cas par des actes instantanés, la secte l'accomplit lentement dans le temps. C'est donc une forme dynamiquement violente de lutte collective.

Des sectes chrétiennes primitives jusqu'aux sectes récentes des carbonari ou aux sectes actuelles des anarchistes, vous voyez un travail continuel et obscur, qui se révèle de temps en temps par des crimes politiques, et qui tend, comme fait la foule d'une façon plus brutale et plus soudaine, à vaincre parla violence la domination de la majorité pour inaugurer ce qui est l'idéal et qui demain sera la réalité d'une minorité.

Et, justement parce que la secte est une forme de lutte continue et non momentanée, ses effets pénètrent beaucoup plus profondément et plus loin que ceux de la foule.

Celle-ci n'agit que par emportement, partant sans raisonner (1) ; celle-là agit toujours avec pondération,

4. Parfois aussi la foule peut commettre des actes prédéterminés ou prémédités. Le lynchage nous en offre un exemple : c'est un crime qu'on décide souvent de commettre avant de le commettre. Voir à ce propos ma Folla delinquente, 2e éd., p. 133; ma Teoria positiva délia complicità, 2e éd., p. 125, 59,— l'opuscule La Ley de Lynch en los Estados Unidos, Habana, 1892, par le doct. José Gonzales y

Souvent avec préméditation. La secte a pour elle un facteur que n'a pas la foule : le temps, facteur extrêmement important parce que en général il ne respecte pas ce qui se fait sans lui. Et le travail accompli par la secte non seulement parce qu'il est plus lent, mais aussi parce qu'il est plus conscient, a des conséquences plus sûres et plus éloignées que celles de l'acte accompli par une foule.

En outre la foule n'emploie, pour lutter, que la violence ; elle ignore la ruse ; la secte au contraire est toujours rusée ; mais, en cas de besoin, elle sait aussi être violente: elle.agit normalement avec le cerveau et quand elle emploie le bras, c'est encore le cerveau qui guide celui-ci.

Enfin, s'il est vrai que la secte suive le meneur comme le suit la foule, c'est-à-dire en ayant confiance en lui et en étant décidée à lui- obéir avec un aveuglement héroïque, il est vrai aussi que le meneur d'une secte a devant lui un but clair et précis, chose qui manque presque toujours au meneur obscur et inconnu d'une foule. C'est pourquoi la foule, en suivant le cri ou le geste de son despote improvisé, peut commettre des atrocités inutiles ou même dangereuses pour elle ; la secte, au contraire, toujours dirigée par un homme qui a conscience de ce qu'il fait et qui a devant les yeux une fin brillante et limpide, commet difficilement des erreurs dans sa tactique.

Lanuza et les articles sur le môme sujet publiés par R. Gàrofàlo et P. Doràdo, dans la Scuola Positiva, 15 août et 15-30 septembre 1893» •

Toutes ces considérations (1) en nous montrant, après les analogies, les différences qui séparent la secte de la foule, nous ramènent aux conclusions exposées à la fin dû chapitre précédent, où nous disions que la secte est le trait d union entre le plus inorganique des agrégats humains, la foule, et les agrégats les plus organiques qui sont les associations, les castes, les classes.

Si toutefois la secte par quelques côtés de sa psychologie se rapproche de ces agrégats humains, elle a pour les séparer d'eux une différence fondamentale : elle est toujours révolutionnaire; tandis que les castes, les classes et en général les associations légitimes sont toujours conservatrices.

La secte est le milieu où se réfugie, s'alimente et se développe cet esprit de révolte que les victoires de la civilisation laissent derrière elles comme un corollaire nécessaire.

A chaque degré de l'échelle infinie du progrès, derrière ceux qui montent, il y a ceux qui tombent et qui, piétines, aident les autres à monter. Ces malheureux,

4. On pourrait en exposer d'autres, par exemple : le facteur physique (climat, saisons, etc.), a plus d'importance pour déterminer les actes des foules que ceux des sectes, — le facteur anthropologique, au contraire. Différence qu'on s'explique en se rappelant combien les actions de la foule sont plus passionnelles (partant plus sujettes aux influences extérieures) que celles de la secte. — Nous n'insistons point sur ce fait, parce que nous ne voulons pas trop nous éloigner de notre thèse, qui est strictement psychologique, et parce que Lombroso et Laschi dans leur Delitto politico et Tarde dans ses Etudes pénales et sociales, tant de fois cités, ont déjà fait à ce propos des observations intéressantes.

s'ils parviennent à se relever, unis par le désir de la revanche et jaloux de ceux qui les contemplent d'en haut, forment les sectes (1), ces associations de vaincus et de mécontents que les vainqueurs et les heureux regardent, par une illusion égoïste, comme le germe de la dissolution sociale, cependant qu'ils ne sont que le germe d'une transformation et d'un renouvellement inéluctables.

4. Nous faisons plus spécialement allusion ici, on le comprend, aux sectes politiques, auxquelles nous nous sommes presque toujours rapportés dans tout ce chapitre. Mais, en tous cas, les observations faites valent — avec quelques variantes — pou/ toutes les sectes, dont le contenu est toujours — comme nous l'avons dit — la tentative de révolte d'une minorité contre la majorité.

Voir sur les sectes religieuses (et insensées) de la Russie, les articles de Jean Finot, dans la Revue des Revues (1896).

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