Voir Proal, op. cit
2. Suivant Thomas Morus, toutes les lois sont injustes. « Quand je réfléchis aux lois et aux gouvernements de notre monde — écrivait-il — que je meure si j'y trouve seulement l'ombre de justice et d'équité. Mon Dieu! quelle équité, quelle justice que la nôtre ! » (Ulopia, chap. II).
même les juristes, individus libres et qui devraient être indépendants. .
Il n'y a pas de loi injuste à laquelle les juristes n'aient donné leur approbation en la commentant. Ils n'osent généralement se permettre la moindre critique. Grotius admettait l'esclavage ; Blackstone justifiait l'assimilation du papisme au crime de haute trahison. Merlin, au dire d'Albert Sorel, « prêta sa grande science et sa merveilleuse habileté de légiste à la confection de ce chef-d'œuvre dé la tyrannie insidieuse : la loi des suspects (1) ». Le chancelier Pasquier a dit de lui : « Je n'ai jamais connu d'homme pour avoir moins que lui le sentiment du juste et de l'injuste. Tout lui semblait bon et bien pourvu que ce fût une conséquence d'un texte de loi (2)».
Ainsi, digne pendant de l'immoralité servant la politique, de même que la corruption parlementaire a trouvé son historien pour la louer, les lois les plus injustes ont trouvé leur jurisconsulte pour les approuver.
Et les juges ?
Macaulay a écrit au sujet des tribunaux anglais avant la révolution de 1688 : « C'est un ramassis public d'impuretés devant lequel tous les partis traînaient à leur tour leurs propres adversaires et où ils trouvaient les mêmes bourreaux vénaux et féroces qui attendaient leurs victimes (3) ».
Je le sais : ces phrases respireraient l'anachronisme
i . Albert Sorel, L'Europe et la Révolution française, 3e partie, II, ch. IV.