Gabriel d'Annunzio, L'Innocente
sée et protestent contre l'immoralité qui vient d'en haut.
La première de ces deux formes de criminalité est essentiellement évolutive et moderne ; la seconde est atavique, brutale, violente. La première est toute de cerveau et son procédé c'est l'astuce, sous ses diverses manifestations, telles que les appropriations illégitimes, le faux, la fraude ; la deuxième est en grande partie accomplie par les muscles et ses procédés sont purement féroces : la révolte, l'homicide, la dynamite.
L'Italie durant ces dernières années a cependant trop souvent offert le spectacle attristant de l'éclat simultané de ces deux criminalités. Dans le même temps nous avons eu en Sicile la révolte de la famine, à qui un mensonge pitoyable ou intéressé a donné d'autres noms et d'autres motifs — et à Rome, avec le scandale de la banque, les grossières immoralités des repus qui après le festin paraissaient avoir, comme la louve de Dante, plus faim qu'avant.
Les crimes violents des bas-fonds de la Société, les crimes frauduleux des classes riches et cultivées, ces deux séries de manifestations criminelles sont des phénomènes dus à cette complexité obscure de causes que les Français définissent par ces mots : fin de siècle, Nordau par fin de race (1), et qu'on pourrait, ce me semble, définir au contraire — d'une façon moins poétique, mais plus vraie — la fin du régime bourgeois.
Ici encore l'art avait, comme toujours, prévenu par sa synthèse intuitive la minutieuse analyse de la science,