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Etats anormaux ou “ maladies „ de la volonté

— Les états anormaux de la volonté peuvent dépendre de notre liberté, ou en être indépendants ; en d’autres mots, ils peuvent être acquis ou naturels.

Les premiers intéressent la philosophie morale ’), les seconds la psychologie.

La volonté parfaite a un but choisi par elle sous la direction de la raison , elle le veut avec constance et}' subordonne tous les moyens dont elle peut disposer.

Le défaut de cette qualité maîtresse fait les caractères capricieux dont les personnes hystériques nous fournissent le type achevé 2). Leur mobilité, l’incoordination de leurs désirs et de leurs actes, contrastent d’une manière frappante avec la volonté souveraine, toujours d’accord avec elle-même, qui s’est fixé librement et sagement un but, le poursuit avec constance et y fait converger toutes ses énergies.

Le second trait distinctif d’une volonté-type, c’est Y énergie combinée avec la prudence : vouloir puissamment, efficacement, et toujours sous la direction de la raison.

A cet état de la volonté, s’opposent surtout deux anomalies 3) : l’une par défaut , qu’on a appelée du nom d’ aboulie ; l’autre par excès, qui est un état impulsif dans lequel la

*) Le désordre de la volonté, qui consiste à se détourner du vrai but de la nature humaine, est la faute, en langage chrétien, le péché, le péché proprement dit, «■ grave ou mortel ».

De même que les vertus morales disposent la volonté à vouloir le but moral de la vie humaine et les moyens qui y conduisent, de même la volonté est susceptible d’habitudes vicieuses ou de vices qui l’inclinent en sens contraire.

L’éducation morale doit combattre les inclinations désordonnées, et chercher à implanter de bonnes habitudes, des vertus. « L’éducation s’adresse à la volonté à travers la pensée », dit très bien P. Bourget.

2) Nous parlons plus loin de l’hystérie.

8) Voir Maudsley, Pathologie de l’esprit , ch. VII, p 346. — Nous ne considérons ici que les états pathologiques de la volonté. Nous reparlerons plus loin des formes de la folie.

volonté se trouve sous l’empire d’impulsions puissantes, parfois entraînantes, qui ne sont pas librement consenties : lorsque cet état arrive à son paroxysme, il constitue la folie impulsive ou instinctive et la folie morale.

Le groupe de faits que les médecins rangent sous le nom d'aboulie est ainsi caractérisé : les organes du mouvement sont intacts, l’intelligence est lucide, le jugement sain, le sujet sait ce qu’il devrait vouloir, connaît les moyens qu’il faudrait mettre en œuvre pour cela, mais ne sait pas se décider à agir ‘). Les formes d 'aboulie sont néanmoins des plus variées 2).

Les impulsifs sont, en quelque sorte, à la merci de leurs passions ou des sollicitations indélibérées de la volonté. Tantôt celles-ci sont subites, inconscientes 3), tantôt elles

') Cette paralysie de la volonté est un des effets de l’abus de l’opium. Th. de Quincey l’a décrite d’après sa propre expérience : « Cet état de torpeur intellectuelle, je l’ai éprouvé plus ou moins, dit-il, durant les quatre années que j’ai passées sous l’influence des enchantements de l’opium. C’était une telle misère qu’on pourrait dire en vérité que j’ai vécu à l’état de sommeil. Rarement j’ai pu prendre sur moi d’écrire une lettre : une réponse de quelques mots, c’est tout ce que je pouvais faire à l’extrême rigueur, et souvent après que la lettre à répondre était restée sur la table des semaines et même des mois... Le mangeur d’opium ne perd ni son sens moral ni ses aspirations : il souhaite et désire aussi vivement que jamais éxécuter ce qu’il croit possible, ce qu’il sent que le devoir exige ; mais son appréhension intellectuelle dépasse infiniment son pouvoir non seulement d’exécuter, mais de tenter... Il se débarrasserait de sa vie, s’il pouvait seulement se lever et marcher ; mais il est impuissant comme un enfant et ne peut même essayer de se mettre sur pied. » Confessions, etc..., pp. 186-188. Cfr. Ribot, Les maladies de la volonté, p. 41.

2) VoirPierre Janet, Névroses et idées fixes. Paris, Alcan, 1898.

8) « J’ai vu, dit Luys, un certain nombre de malades, ayant fait des tentatives réitérées de suicide, en présence de gens qui les guettaient, et qui n’en gardaient aucun souvenir dans leurs phases de lucidité... Et ce qui met en lumière l’inconscience de l’esprit dans ces conditions, c’est que les malades ne s’aperçoivent pas de l’insuffisance des procédés qu’ils emploient. Ainsi, une dame qui faisait des tentatives de suicide toutes les fois qu’elle voyait un couteau de table, ne s’est pas aperçue

sont conscientes ') ; mais, conscientes ou inconscientes, elles exercent une action exceptionnellement puissante sur la volonté et peuvent même être irrésistibles.

Entre ces états pathologiques et l’état idéal de la volonté auquel nous les avons opposés, il y a d’ailleurs une série presque infinie de nuances intermédiaires.

Ces faits prouvent une fois de plus la solidarité intime « du corps et de l’esprit », c’est-à-dire la dépendance mutuelle des diverses opérations dont l’homme est à la fois le principe et le sujet.

qu’un jour où je l’épiais j’avais substitué à ce couteau un instrument inoffensif. Un autre malade tenta de se pendre à l’aide d’une corde à moitié pourrie, incapable de supporter une faible traction. > Cité par Ribot, p. 73.

’) Les aliénistes citent des cas d’individus qui annoncent eux-mêmes les crimes qu’ils vont commettre et demandent qu’on les en empêche. Maudsley rapporte qu’un paysan de vingt-sept ans, pris d’impulsions irrésistibles à commettre un meurtre, demandait qu’on l’enfermât pour éviter un crime. « Quand cela me prend, criait-il, il faut que je tue quelqu’un, ne serait-ce qu’un enfant. » Maudsley, ouv. cit., ch. VII, p. 359.

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