‹ Psychologie du caractère; contribution à l'éthologieChapitre 10 sur 18 · L. Vanderkindere. Op» cit · texte numérisé non relu

L. Vanderkindere. Op» cit

Th. Ribot. L'Hérédité psychologique, i'» partie, ch. VII.

Di" G. Le Bon. Lois psychologiques de révolution des peuples, liv. I» ch. I, II, III.

Maudslev. Physiologie de l'Esprit, pp. 342-345.

Cette « âme de la race » semble très variable chez les diflférents individus parce qu*elle se trouve altérée par les traits personnels ; mais l'observation prouve que la majorité des individus, d'une même race possèdent toujours un certain nombre de caractères psychologiques communs.

Moins général, moins étendu, partant plus accentué et plus visible que l'àme de la race, est le « caractère national ». Derrière les institutions, les arts, les croyances, les bouleversements politiques de chaque peuple, se trouve quelque chose de fixe qui est la base de son unité et de son identité, qui se manifeste dans toute son histoire et à toutes les époques. Cet ensemble de sentiments, de croyances, d'idées stables qui se retrouvent chez tous les individus d'un même pays, forme ce que l'on appelle le « caractère national ». C'est lui qui permet de définir un peuple. Car si mille Français, mille Anglais, mille Chinois pris au hasard diffèrent notablement entre eux, ils possèdent cependant des caractères communs qui permettent de construire le type idéal du Français, de l'Anglais, du Chinois.

Le degré de civilisation auquel est arrivé le peuple dont fait partie l'individu, est un élément qui ne peut être non plus négligé dans la détermination du caractère. Ce n'est pas sans apparence de raison qu'un psychologue a pu dire que dès la conception, l'embryon est influencé par la société qui l'a produit, car les aptitudes psychiques dont il contient le germe ne sont pas les mêmes d'un milieu à un autre. L'être naissant dans une nation civilisée et à une époque de haute civilisation, antérieurement à toutes les influences que cette civilisation pourra exercer sur lui plus tard, possède déjà des

aptitudes générales qui le rendent susceptible de pensées, de sentiments qu'il serait impossible d'éveiller dans Tâme d'un sauvage ; et si, toutes choses égales d'ailleurs, les deux individus se trouvaient placés dans des conditions externes identiques depuis leur entrée dans le monde, ils manifesteraient, sans aucun doute, de-grandes dififérences. « De même qu'un seul mot renferme et résume une longue évolution de culture intellectuelle, de même un individu renferme et résume des générations entières d'êtres humains dans sa constitution mentale C). » L'individu est l'héritier et le dépositaire de plusieurs siècles d'acquisitions et de perfectionnements qui exercent sur lui une influence secrète toute puissante. Et quoi qu'il fasse, il reste avant tout et toujours le représentant de sa race et de son peuple.

Le dernier des éléments d'hérédité fondamentale, anonyme qui concourent à constituer le substrat commun des caractères, c'est le sexe.

Les âmes n'ont pas de sexe, a-t-on dit. Il serait vraiment étonnant qu'en regard des nombreuses et essentielles dififérences biologiques, anatomiques et physiologiques, on ne rencontrât point de distinctions psychologiques, sinon corrélatives, au moins correspondantes.

M. Tiberghien, d'une manière toute générale, caractérise la sexualité corporelle par « la prépondérance de la vie animale sur la vie végétative ou de la vie de nutrition sur la vie

(ï) Maudsley. Op. cit,^ p. 344.

de relation (') »>. Cette caractérisa tion, quoiqu'un peu sommaire, reste exacte quant au fond. Les plus récents résultats des recherches biologiques sur l'évolution des sexes, plus précis et plus circonstanciés, ne font que la confirmer. Dès la cellule, l'activité des deux éléments sexuels est dififérente, celle de l'élément féminin étant caractérisée par la concentration, la cohésion, celle de l'élément masculin, au contraire, par la dispersion, la division ('). Le même contraste persiste chez les animaux développés. Plus expansive est l'activité des mâles, plus passive, celle des femelles. Ces caractéristiques correspondent bien au rôle qui, dès l'aurore de leur dififérenciation, a été dévolu à chacun des sexes. Le sexe féminin représente la conservation de l'espèce et de sa structure typique, qu'il a été spécialement chargé de perpétuer, l'autre représentant les forces de changement, d'innovation. Ces divergences sont d'autant plus marquées qu'on s'élève davantage dans l'échelle des êtres. Et chez les individus humains les plus développés, ces contrastes biologiques se manifestent visiblement par des dififérences anatomiqueset physiologiques. Au point de vue de la configuration physique, le corps de l'homme forme un ovale dont le plus large diamètre est aux épaules ; le corps de la femme, un ovale dont le plus large diamètre se trouve aux hanches. Dans l'ensemble, les lignes courbes' prédominent chez la femme, les angles chez l'homme. Les traits particuliers de l'anatomie féminine sont caractéristiques du tempérament en prédominance « de vie végétative ou de nutrition », destiné lui-même à la nutrition de l'espèce.

(*j G. TiBERGHiEN. Ld scicnce de Vâme^ !'• édit., 3« partie, ch. II, § i*"''. (') Cf. A. Sabatîer. Mémoire sur la morphologie des éléments sexuels et sur la nature de la sexualité. Montpellier, 1886.

Tous ces caractères correspondent exactement à ceux de la sexualité spirituelle. Dans la cellule masculine, élément centrifuge, chercheur, mobile, « ne reconnaît-on pas, dit M. Sabatier, l'extériorité du sexe masculin, c'est-à-dire sa tendance générale à la vie active et voyageuse ; au contraire, dans cet état d'immobilité relative, de concentration et d'intégration où reste l'élément féminin, ne reconnaît-on pas ce caractère d'intimité, d'intériorité, d'union qui distingue la mère et fait d'elle la créatrice du foyer? L'indépendance est le propre du sexe et de l'élément masculin, la solidarité appartient au sexe et à l'élément féminins. »

C'est à une conclusion identique que s'arrêtaient Krauss et M. Tiberghien lorsqu'ils caractérisaient fondamentalement l'homme par la prédominance de la spontanéité, la femme par la prédominance de la réceptivité. Quelque opinion que l'on ait touchant les revendications du féminisme et quelques conséquences qu'on puisse tirer du fiait, on doit reconnaître la prédominance chez la femme des facultés réceptives de sentiment, des facultés d'action, intelligence et volonté, chez Thomme. Il ne semble pas y avoir de réelle différence entre les deux sexes, au point de vue de la capacité intellectuelle, mais le développement de rintelligence féminine se trouve trop souvent contrarié par le sentiment. S'il n'est pas de sujet qu'une femme ne puisse aborder et comprendre, il en est beaucoup auxquels on ne lui apprendra jamais à s'intéresser suffisamment.

Cette opposition de la réceptivité et de la spontanéité, de la sensibilité et de l'action se révèle à travers toutes les manifestations de la vie spirituelle.

Chaque faculté représente, dans son domaine propre, les mêmes contrastes suivant qu'elle s'exerce chez l'homme ou

chez la femme. Par exemple, la sensibilité peut être vive et extérieure ou bien plus intense et intérieure. La première sera celle de la femme, la seconde celle de l'homme. De même l'activité peut être ardente et explosive ou bien latente et patiente. La première sera le lot masculin, la seconde le lot féminin. Krause et, après lui, M. Tiberghien ont très minutieusement analysé ces contrastes de l'activité spirituelle des deux sexes se manifestant par l'indépendance et la continuité, la force et la douceur, le développement analytique et le développement synthétique, l'originalité et la régularité, la sagesse et la charité, la raison et la foi (').

Toutes ces oppositions et tous ces contrastes n'impliquent d'ailleurs pas nécessairement infériorité ou supériorité d'un sexe vis-à-vis de l'autre. Les naturalistes sont aujourd'hui à peu près unanimes à reconnaître l'absolue identité de valeur biologique de chacun des éléments masculin et féminin. Quoi qu'en aient dit Darwin et Spencer, l'homme n'est pas une femme qui a achevé son évolution, ni la femme un homme dont l'évolution a été arrêtée. La nature humaine achève son évolution dans les deux sexes, mais arrive à l'harmonie sous deux formes opposées. De même, au point de vue psychologique, l'un et l'autre possèdent toute la nature humaine considérée dans l'ensemble de ses propriétés, de ses facultés, de ses forces, de ses tendances. Seulement la nature humaine se montre en chacun d'eux d une manière particulière, sous des faces opposées et parallèles, « Les sexes ont

(*) G. TiBERiiHiEN. Op, cit., p. 683.

(^) Krause. Psychische Anthropologie, I Abtheilung, 6 Lehrst. (^) Voyez aussi, au sujet du caractère des sexes, Fouillée. Op, cit., t. I. ch. IIIJ. III.

donc chacun leur valeur, leur perfection et leur beauté propres ('). »

La race, le peuple, le sexe, hérédités collectives et anonymes, effectuant leur œuvre dans les profondeurs les plus intimes, les plqs inconscientes de l'être, ne sont, en vérité, discernables que pour la psychologie comparative de groupes ethniques de quelque étendue. Ce sont, avec les caractères, plus généraux encore, de Tespèce, les facteurs du fonds commun des constitutions mentales sur lequel vont venir se greffer les transmissions de l'hérédité particulière, familiale.

Quels sont les modes les plus constants suivant lesquels s'opèrent ces transmissions? Darwin a essayé de ramener à un petit nombre de lois les faits si complexes de l'hérédité. M. Ribot, qui a adopté ces lois générales, les formule de la manière suivante, en ce qui concerne l'hérédité psychologique :

r Les parents ont une tendance à léguer à leurs enfants tous leurs caractères psychiques, généraux ou individuels, anciens ou nouvellement acquis {loi de l'hérédité directe et immédiate).

2" L'un des parents peut avoir une influence prépondérante sur Ja constitution mentale de l'enfant (loi de prépondérance dans la transmission des caractères).

3** Les descendants héritent souvent des qualités physiques et mentales propres à leurs ancêtres et leur ressemblent sans ressembler à leurs parents (loi d'hérédité en retour ou médiate — atavisme).

(') G. TiBERGHIEN. Of. Cit., p. 694.

4*» Certaines dispositions physiques et mentales, d'une nature très nettement déterminée, le plus souvent morbides, se manifestent chez les descendants au même âge que chez les ascendants {loi d'hérédité aux périodes correspondantes de la vie) {').

Quoique la première de ces « lois » affirme la tendance de chacun des parents à transmettre tous ses attributs, en fait cela n'arrive jamais, car il est impossible que le nouveau venu reproduise, à la fois, tout son père et toute sa mère. On ne constate pas cet « équilibre absolu des ressemblances du père et de la mère dans la nature ph3'sique et mentale de l'enfant » dont parlait le physiologiste P. Lucas comme de la parfaite hérédité. Il apparaît plutôt que l'un des deux parents exerce une influence prépondérante, sinon exclusive. Schopenhauer assurait que les qualités de la volonté sont transmises par le père, celles de l'intelligence par la mère. Il aimait à se citer lui-même comme exemple à l'appui de cette théorie, d'ailleurs sans valeur (*). D'autres ont soutenu que l'influence du père est prépondérante sur les filles, celle de la mère sur les fils. Michelet en trouve des preuves nombreuses dans l'histoire de France. Parlant de Louis XVI, il dit : « Le roi, c'est l'étranger. Tout fils tient de sa mère. Le roi est le fils de l'étrangère et en apporte le sang. La succession, presque toujours, a l'effet d'une invasion. Catherine, Marie de Médicis nous donnèrent de purs Italiens. Louis XVI fut un roi saxon et plus Allemand que l'Allemagne (^). »

(^) Th. Ribot. V Hérédité psychologique^ 2°^® partie, ch. II. (^) Schopenhauer. Welt als Wille, ch: 45, (^) Michelet. Histoire de France^ t. XVII.

Toutes les fois qu'un attribut ph3'Sique ou moral passe des ancêtres à leur postérité plus ou moins reculée, sans se manifester chez un certain nombre de descendants intermédiaires, il y a atavisme. Et cette hérédité en retour ne se rencontre pas seulement dans la ligne directe, elle se produit fréquemment sous la forme indirecte et collatérale, entre oncles et neveux, nièces et tantes, cousins et cousines, et même, à en croire M. Ribot, entre arrière- neveux et arrière-cousins; ces rapports, ces ressemblances d'inclinations, de passions, de caractères entre membres aussi éloignés d'une même famille dérivent, sans doute, de quelque ancêtre commun.

Enfin, il arrive que certaine disposition, qui ne se révèle chez un individu qu'à Tàge adulte, n'apparaît également qu'au même âge, mais sous la même forme, chez quelqu'un des descendants. C'est cette forme de l'hérédité que Darwin appelle « hérédité aux périodes correspondantes de la vie ».

On trouvera chez les divers auteurs qui se sont occupés d'hérédité psychologique, et particulièrement dans l'ouvrage si attachant de M. Ribot, une riche moisson de faits et d'exemples illustrant ces diverses lois. Assurément, il faut se tenir en garde, incessamment, contre les exagérations auxquelles sont entraînés la plupart de ces psychologues par leur désir de tout ramener à l'hérédité, par leur tendance à présenter celle-ci comme la seule et suprême explication. En réalité, beaucoup de particularités que les fanatiques de l'hérédité attribuent à quelque transmission plus ou moins directe, quand elles ne sont pas simplement originales, innovées par l'individu lui-même, trouvent leur explication dans l'imitation soit instinctive, soit volontaire, ou encore dans l'éducation. Néanmoins, sans se faire l'esclave de la science positive, surtout lorsqu'elle en est encore, comme ici, aux

hypothèses, il faut lui faire sa part légitimement très large et ne pas obstinément fermer les yeux sur ses théories.

D'ailleurs, en dehors des caractères de race, de peuple et de saxe, ce que nous apportons en naissant, ce ne sont point des hérédités développées et positives, mais de simples propensions, des aptitudes. Il est vrai que ces aptitudes sont d'autant plus marquées et d'autant plus intenses qu'elles proviennent d'adaptations plus anciennes, mieux organisées chez les ascendants. Mais elles ne peuvent se développer en nous que pour autant qu'elles trouvent dans le fonds strictement personnel de notre nature un terrain propice et dans les circonstances de notre vie les conditions nécessaires à leur adaptation et à leur organisation nouvelle. En vertu de cette variabilité, de cette plasticité, qui sont des qualités inhérentes à tout ce qui touche aux êtres vivants, ces hérédités peuvent être diversement appliquées et modifiées.

Il en résulte que les conditions de la vie individuelle dominent et régissent l'hérédité. C'est ce qui explique comment on peut voir se développer beaucoup d'aptitudes peu marquées chez les ascendants, tandis que l'on verra une aptitude plus marquée chez les ancêtres rester à l'état latent dans une ou plusieurs générations pour reparaître plus tard si l'occasion la favorise (atavisme), ou bien disparaître complètement dans le cas contraire.

Ces changements d'équilibre ou de nature des aptitudes héritées sont dus tout d'abord à ce principe, quelque peu mystérieux, d'individuation qui dote Têtre naissant de particularités, d'aptitudes nouvelles, qui pétrit et modèle « à son image » toutes les données étrangères et, en dépit de toutes les ressemblances héréditaires, rend le nouveau venu complètement dififérent de tous ses ascendants. Ainsi se forme

le « naturel » vraiment propre et original de chaque individu. Au-dessus de cette couche profonde du caractère inné dont la composition vient d'être longuement analysée, vont se former maintenant, par l'action des influences extérieures, les strates plus ou moins consistantes du caractère adventice ou acquis.

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