CHAPITRE PREMIER
Avant la naissance. — Les avantages physiques, — Vicissitudes des âges. — Le régime. — Les maladies. — L'hypnotisme. — Le climat. - Campagnes et villes. — Conditions économiques. — Les saisons.
Loin de représenter le caractère total et définitif, comme d'aucuns l'ont cru, le fonds inné n'est que le point de départ d'une évolution par laquelle se constitue un caractère nouveau, en continuelle voie de formation. Cette évolution incessante dure aussi longtemps que la vie de l'individu et en subit toutes les vicissitudes organiques, sociales et morales.
Des multiples influences qui agissent sur l'esprit d'un homme et peuvent en modifier profondément la manière d'être, celles du milieu social et celles de la volonté personnelle de l'individu sont, assurément, de beaucoup les plus intenses, les plus efficaces et les plus importantes. Toutefois, on ne peut négliger les modifications d'origine organique qui, bien qu'indirectes, pénètrent néanmoins jusqu'au fond de la conscience et réussissent soit à favoriser, soit à contrarier les dispositions natives de l'âme.
En efifet, par Tintermédiaire du tempérament, l'esprit subit dès la naissance le contre-coup plus ou moins rude de tous les changements spontanés et provoqués de sa constitution corporelle et de toutes les variations du milieu physique.
Dès la naissance seulement ou antérieurement déjà ?
Peut-on admettre que des rudiments d'activité psychique se manifestent dans la période fœtale et que les vicissitudes de la gestation influent sur la constitution de l'esprit infantile ?
C'est là une question bien obscure et condamnée par sa nature même à le rester longtemps encore.
Les physiologistes sont hésitants. D'aucuns pensent, avec Virchow, que le fœtus est un être purement spinal, chez qui l'activité fonctionnelle des centres encéphaliques — condition nécessaire de toute activité spirituelle — n'est pas encore éveillée. D'autres, Cabanis, Bichat, les D" Luys et Kusmaul, croient, au contraire, que l'enfant peut, avant sa naissance, concevoir certaines expériences et acquérir certaines aptitudes, que déjà à cette époque la mentalité s'éveille.
Quand on se rappelle l'importance des modifications que provoquent dans la constitution physique du fœtus les moindres événements de la gestation, il y a lieu de se demander si ces impressions, quoique élaborées par des organes encore imparfaits, ne peuvent exercer sur ses dispositions mentales une influence correspondante. Il ne paraît nullement invraisemblable de supposer que les émotions dominantes de la mère, ses sentiments vifs de toute sorte, au même titre que toute disposition générale et profonde intéressant son système nerveux, retentissent indirectement, de
quelque manière, sur le caractère du nouvel être. Déjà le P. Malebranche, peu suspect de tendances matérialistes, se préoccupait « de la communication qui est entre le cerveau de la mère et celui de son enfant (') ». De nos jours, en dehors des physiologistes déjà cités, maints psychologues ont reconnu que la répercussion sur Tembryon de toutes les excitations auxquelles la mère est soumise, mérite d'être prise en très sérieuse considération par les parents, qui ont ainsi vis-à-vis de lui charge d'âme même avant la naissance (').
C'est là une première page, encore blanche, du livre de la psychologie humaine qu'il ne faut peut-être pas désespérer de voir écrire un jour. Certes, il en reste bien d'autres et d'intérêt plus immédiat. Mais il suffit que la doctfine ne soit pas absurde, qu'elle puisse tôt ou tard être partiellement confirmée pour que, dès à présent, elle ait droit à quelque attention.
Au nombre des conditions organiques qui se répercutent dans la constitution mentale, on peut compter les dons et avantages corporels, tels que la santé, la vigueur, la beauté. On a déjà eu occasion de signaler les heureux effets d'une vitalité intense et florissante sur les activités intellectuelle et morale. De même, pourrait-on dire, la beauté physique, intimement subordonnée d'ailleurs à l'état de santé, se
{^) Malebranche. Recherche de la Vérité, liv. II, ch. VII.
(') Cf. Bernard Ferez. Les trois premières années de V enfanta i" partie, ch. I«'. — Marion. La solidarité morale, i'« partie, ch. H, pp. 91-199. — Ch. Féré. Revue philosophique, mars 1886.
i02 LES FACTEURS OU CARACTÈRE ACQUIS.
reflète dans le caractère. Certes, la beauté du corps ne prédispose pas nécessairement à la beauté du caractère, surtout pas à cette primordiale qualité morale qui est « Toubli de soi » ; elle peut être une cause d'orgueil et d'égoïsme. Mais, plus régulièrement, la laideur et la difformité donnent au caractère une allure particulière et peu agréable. Les parias de la nature veulent le plus souvent combattre par une sorte d'irritabilité orgueilleuse le ridicule auquel ils se sentent exposés. La peur du ridicule constamment les préoccupe, les exaspère, leur fait prendre en aversion Thumanité entière. Par manière de représailles, ils cherchent avidement et signalent chez autrui, avec une joie de revanche, les moindres défauts physiques, les moindres faiblesses morales. La société leur est un tourment, parce qu'elle met en évidence leur infériorité. D'où leur misanthropie, leur ironique et sarcastique médisance.
Les premières vicissitudes, toutes normales, de la vie organique dont on remarque les effets sur l'esprit, sont celles de rage. L'enfance, la jeunesse, l'adolescence, l'âge mûr et la vieillesse s'accompagnent, dans une même personne, d'un caractère différent.
La vie tout instinctive et végétative des premiers temps oriente l'activité mentale dans une direction unique, celle des satisfactions organiques. Mais, parallèlement au développement corporel, s'effectue le développement psychique, peu à peu s'éveillent la réflexion et la conscience. Cependant, une mémoire encore vacillante et incohérente fait que l'enfant vit, non seulement au jour le jour, mais pour l'instant présent, heureux ou malheureux des seules impressions éprou-
vées et au seul moment où il les éprouve. Ses actions ne sont que des réponses aux impressions externes; ses idées et ses émotions, celles qu'éveillent en lui ces impressions, jusqu'à ce que se manifestent les instincts de la curiosité et de l'imitation. Pendant toute la durée de l'enfance, la vie est toute de sensibilité physique. D'où l'impressionnabilité, la turbulence, l'insouciance.
A l'époque de la puberté, une révolution s'opère. Tout d'abord les caractères des deux sexes, jusqu'alors à peu près semblables, se distinguent nettement. Plus de douceur, de timidité, de délicatesse et de sensibilité échoit aux filles; les garçons deviennent plus actifs, plus impétueux, plus audacieux. Chez lès uns et chez les autres, les idées s'élargissent, les sentiments s'élèvent, la sensibilité s'afRne. L'afflux de vitalité physique communique l'énergie aux facultés de l'intelligence, l'enthousiasme aux qualités du cœur.
L'homme fait, dont le développement physique est définitivement accompli, est plus posé, plus réfléchi, plus raisonnable. 11 a ou peut avoir toutes les formes du caractère, mais le sentiment intime de sa force lui donne particulièrement résolution, sang-froid et courage.
Chez le vieillard, dont toutes les fonctions organiques se ralentissent et s'affaiblissent, les qualités comme les défauts dégénèrent. La bonté devient de la faiblesse, la persévérance de l'entêtement.
Ainsi à chaque étape du développement physique correspond quelque particularité de caractère indépendante du degré de culture de l'esprit et des milieux où vit l'individu.
Les relations étroites qui existent entre la nature du caractère et rétat de Torganisme s'aperçoivent dans la variété des effets produits par des modes différents de nutrition et de régime. L'homme étant omnivore, s'accommode des régimes les plus opposés; les végétariens se portent, apparemment, aussi bien que les autres, mais on constate des différences dans le caractère. Les anachorètes, qui ne vivaient que de racines et ne buvaient que de l'eau, passaient pour des hommes parfaits. Cela dépend du point de vue où l'on se place. Il se peut que pareil régime, rendant plus légères et plus faciles les fonctions organiques, dégage et, en quelque sorte, clarifie les facultés de l'intelligence, de la méditation, mais c'est assurément au détriment des fecultés actives. « Un régime à base exclusive de verdure, dit un physiologiste italien, rend l'individu de constitution débile et lente, par contre-coup, de caractère indolent et indifférent, incapable d'initiative ou d'énergiques résolutions ('). » Au contraire, une nutrition à base de viande rend fort, résistant, alerte, parfois aussi violent et passionné. Tout le monde sait qu'un repas généreux rend plus facile le courage, malaisée la continence. A la campagne, dans les petites villes, à bord, où la vie intellectuelle a peu de ressources, on y supplée par la satisfaction de l'estomac. Bien manger est pour beaucoup un plaisir qui prime tout autre. Mais les efiets de ce régime sur le caractère sont déplorables. Ces gens-là sont obstinés et inquiets, vantards et susceptibles, emportés et vaniteux!
p) La Scola. Osserva^ioni su lia origine organica del carattere.
LE MILIEU ORGANIQUE ET PHYSIQUE. lOS
« Par l'effet des aliments, disait déjà Galien, les uns peuvent devenir plus modérés, les autres plus incontinents, les autres plus modestes, les autres plus audacieux, les autres plus timides ou plus bienveillants ou plus gais(')! »
Plus profondes encore sont les modifications du caractère produites par les maladies. Comme tous les cas morbides ne font que grossir et exagérer les faits ordinaires et normaux, on peut juger par ces modifications de l'influence continue et permanente qu'exerce sur Tesprit l'activité fonctionnelle des organes.
Si, en général, la maladie rend triste, colérique, susceptible, soupçonneux, méfiant, injuste, craintif, certaines affections frappent le moral d'une façon toute particulière. On sait que les maladies d'estomac poussent à l'hypocondrie, au misanthropisme, parfois provoquent des amnésies très intenses. Les affections hépatiques rendent irritable, colérique. Les douleurs névralgiques surexcitent jusqu'à la fureur. Il serait oiseux de multiplier les exemples.
Qu'il soit permis cependant de signaler encore, parmi les maladies nerveuses, dont plusieurs, telles que l'épilepsie, l'hystérie et l'hypocondrie, peuvent conduire jusqu'à l'aliénation mentale, cet état morbide général, assez vague, auquel on a donné le nom de « nervosisme * ou « névrose ». II sévit de nos jours trop communément pour que chacun ne mette immédiatement des noms sous le portrait que voici :
(*) GÂLiEN. Quod animi mores temperamenta sequantur.
« L'agacement et une extrême irritabilité traduits par le changement d'humeur, et une disposition morale nouvelle s'observent chez tous les malades. Ces phénomènes d'une mobilité excessive disparaissent un moment sous l'influence d'une diversion imprévue pour revenir et disparaître encore. Les uns sont mécontents de ce qui les environne, ils se plaignent de tout et de tous, s'attristent, voient l'avenir en noir. Les autres, plus violents, s'emportent au moindre prétexte; le bruit, la contradiction ou la contrariété déterminent chez eux de véritables accès de colère. On ne sait comment les satisfaire et tout leur devient occasion de manifester l'irritabilité de leur caractère, et ceux qui ne peuvent se maîtriser quelque peu, deviennent les gens les plus désagréables qu'il soit possible de rencontrer. Cette fâcheuse disposition de l'esprit se manifeste également par une grande sensibilité morale, un grand besoin d'affection et une exaltation particulière du langage 0). »
Les phénomènes de l'hypnotisme et de la suggestion fournissent une preuve nouvelle de la dépendance relative où se trouve le caractère vis-à-vis de l'organisme : ce sont spécialement les personnes nerveuses, d'une organisation débile et maladive, incapables de la moindre lutte, de la moindre résistance physique, qui sont les plus aisément hypnotisables et les plus accessibles à la suggestion. Et ce n'est qu'après avoir profondément modifié Tétat physique par le somnambulisme ou hypnose, que « l'opérateur »
Cj BoucHUT. De l'état nerveux ou nervosisme, ch. IV, sect 2.
peut inculquer ses suggestions. Dans cette « condition seconde », le caractère de sujet peut être changé du tout au tout. L'hypnotisé était violent, il devient calme; il était méchant, il devient doux ; il précise avec une conviction et un réalisme surprenants les personnages les plus divers. Et, outre les suggestions, les changements d'état qui se réalisQnt pendant le sommeil, il en est qui subsistent au réveil ou peuvent ne se réaliser que longtemps après.
Il est donc indéniable que l'on peut, par la suggestion névropathique, modifier, transformer les tempéraments et les caractères. Mais ces modifications sont-elles durables? Peut-on regarder Thypnotisme comme un moyen efficace de redressement, de perfectionnement moral } Sur ce sujet difiBcile et délicat, Taccord est loin d'être fait, en dépit d'expériences favorables. Le D"" Bérillon assure avoir guéri plusieurs petits garçons et petites filles de tendances au vol et au mensonge et même d'habitudes plus fâcheuses encore. Le D"" Liébault a fait plus : il a rendu travailleur un paresseux avéré. Des résultats non moins heureux ont été obtenus par le D"" Voisin (0- Si bien que, malgré les doutes et les controverses, on ne doit pas désespérer tout à fait de voir un jour l'hypnotisme devenir, suivant l'expression du savant français, M. Félix Hement, un véritable instrument « d'orthopédie morale »».
(*) Cf. Revue de l'hypnotisme, juillet et août 1886. — Cf. encore : Azam. Hypnotisme et double conscience, I^* partie. — Bourrut et Burot. La suggestion mentale, I*"« partie. — Félix Thomas. La suggestion, son rôle dans l'éducation, I" partie, ch. V. — Guy au. Éducation et hérédité, I»"* partie, ch. I, §ÏII.
Après les variations du caractère dérivant des variations spontanées ou provoquées de l'organisme, il reste à envisager l'action que, par l'intermédiaire de ce dernier, exerce le milieu physique. « On se risque beaucoup, dit Taine, quand on essaie de se figurer comment le sol et le climat peuvent façonner Fhomme. Ils le façonnent pourtant et les différences des peuples européens, tous sortis d'une même source, le prouvent assez. L'air et les aliments font le corps à la longue; le climat, son degré et ses contrastes produisent les sensations habituelles et, à la fin, la sensibilité définitive. .... Toutes ces émotions sourdes s'assemblent pour faire ce ton habituel de l'âme que nous appelons le caractère (*). » Assurément, c'est plutôt sur les caractères des races et des nations que le climat exerce son influence, mais comme races et nations ne sont que des agrégats d'individus, ou peut dire que cette influence agit sur chaque homme.
Les remarques que l'on peut faire restent d'ailleurs toutes générales, car il est évident que sous tous les climats on rencontre tous les caractères. En outre, cette influence du climat est bien difficile à analyser. Est-ce le froid ou le chaud qui agissent directement ; ou le climat n'est-il que l'origine de mœurs, d'habitudes qui influent sur les caractères?
Le climat excessif des régions polaires impose à leurs habitants des nécessités qui influent sur le caractère. « Mais dans l'état actuel de la science, dit le D' Azam, il est impossible d'affirmer que cette influence est due à l'action
(') Taine. La Fontaine et ses Fables, Ch. I*' : L'esprit gaulois, pp. 8-9.
directe du froid sur le cerveau (*). » L^influence du climat est donc plutôt générale et secondaire. La première de ces nécessités est la lutte sans merci contre les éléments. De là découlent la violence, la brutalité, la ruse, Taudace, le sangfroid, etc., sans compter les modifications du caractère qui naissent des habitudes d'intempérance si ordinaires aux habitants de ces terres glaciales. Il est inutile d'insister longuement sur les contrastes entre Thomme du Nord et le méridional: lepremier,froid, sérieux, calme, correct; lesecond,ardent, bruyant, violent, vindicatif. Dans les climats très chauds, tous les défauts du méridional se retrouvent, exagérés, avec, en plus, une nonchalance, une paresse morale incroyables. Cette action des divers climats devient très visible chez les individus « transplantés », lorsqu'ils résistent au changement. Un individu transplanté d'un climat tempéré dans un climat très froid, verra, par adaptations progressives, son organisme se fortifier, devenir semblable à celui des indigènes, et sa mentalité, par contre-coup, se transformer : il acquerra une énergie plus grande, plus de goût pour l'activité intellectuelle et plus de modération dans les sentiments et la sensibilité générale. Au contraire, le même individu transplanté dans un climat brûlant, s'affaiblira physiquement et, corrélativement, contractera toutes les infirmités intellectuelles ou morales propres aux habitants des contrées torrides.
Une autre preuve de l'action du milieu physique sur le caractère se trouve dans les différences de caractères entre
(*j D' ÂZAM. Le caractère dans la santé et dans la maladie» p. 3o5.
les habitants des campagnes et ceux des villes, des grandes ou des petites agglomérations.
a Imaginez le paysan qui vit toute la journée en plein air, qui n*est point, comme nous, séparé de la nature par l'artifice des inventions protectrices et par la préoccupation des idées ou des visites. Le ciel et le paysage lui tiennent lieu de conversation; il n'a point d'autres poèmes; ce ne sont point les lectures qui remplissent son esprit, mais les formes, les couleurs qui l'entourent C). »
Il est des dififérences plus matérielles. L'air vicié des grands centres, des grandes agglomérations engendre toutes les maladies de l'organisme, déprime ou surexcite exagérément les facultés de l'esprit. L'activité fiévreuse, intellectuelle, industrielle et commerciale, y développe toutes les affections mentales, à commencer par ce nervosisme précédemment décrit. Si la vie des champs et des petites villes a ses vices également, elle est cependant, en moyenne, plus équilibrée et plus saine.
La rareté ou l'abondance des prodxiits du sol et leur nature sont encore des éléments influents du milieu physique. Il est manifeste que la paresse n'est guère le vice dominant sur un sol ingrat et sous un ciel rude. En revanche, les vertus fortes qui demandent une grande et continuelle tension, sont rares dans les régions où la vie est trop facile, où la terre donne ses fruits à profusion et sans culture. De la faune et
(') Taine. La Fontaine, 1. c.
LE MILIEU ORGANIQUE ET PHYSIQUE. Hl
de la flore d'un pays dépendent le genre de vie, les occupations ordinaires, Talimentation, toutes choses d'une grande et incontestabje influence sur les mœurs. Car les conditions économiques qui en résultent ne laissent pas non plus d'exercer une certaine action, qu'elles viennent favoriser ou contrarier nos dispositions naturelles. Platon disait : « Voilà deux choses auxquelles nos magistrats prendront bien garde de donner entrée dans nos villes : l'opulence et la pauvreté ; l'opulence, parce qu'elle engendre la mollesse et la fainéantise ; la pauvreté , parce qu'elle produit la paresse et l'envie (*). »
Les caractères se modifient-ils suivant les températures?
De fait, il arrive souvent que tel acte grave, gros de conséquences, soit déterminé par la température. Il ressort des statistiques criminelles que les délits et les crimes sont plus fréquents en été qu'en hiver, et il est certain que la plupait des révolutions ont éclaté en temps chaud, sauf cependant celle de Février; encore faisait-il à ce moment un temps magnifique et nullement froid.
En agissant d'abord sur l'organisme, toutes ces influences de milieu physique modifient les aptitudes innées et parfois en créent d'autres. Car, tandis que l'action prolongée d'un même milieu tend à fixer les dispositions existantes, celle d'un milieu autre tend à en faire naître de nouvelles.
O République, liv. II.
A n'en pas douter, riofluence du milieu physique est un élément de la constitution mentale de Tindividu, mais il faut se garder d'en exagérer l'importance et çle dire, avec Taine, que « c'est là tout l'homme, en sorte que du ciel et du sol dépend tout l'individu (') ». Sans compter le fonds d'individualité primitive et indépendante, l'individu dépend encore d'autres conditions externes infiniment importantes : celles de milieu social.
(*) Taine. La Fontaine, p. 8.