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Les Volontaires,
Le volontaire, c'est d'abord le tenacem propositi virum d'Horace; Texpérience, la raison, le bon sens indiquent une ligne de conduite, rhomnie au caractère ferme la suit et ne se laisse pas ébranler par des objections secondaires, à ihoins qu'il ne les trouve suflBsantes et justes; il n'est pour cela ni tenace ni entêté; ce qu'il veut, il le veut bien et il a de bonnes raisons pour le vouloir; en un mot, il marche droit et ferme vers un but que son libre arbitre lui a fait entrevoir. Mais ce sont là plutôt des qualités particulières de la volonté qu'une forme du caractère. La volonté étant, par excellence, la faculté active, les caractères marqués par la prédominance du développement volitionnel se manifesteront surtout par un besoin insatiable d'activité. Les volontaires ou actifs sont, a-t-on dit, des machines solides, munies de force vive et, encore plus, d'énergie potentielle. Dans cette- catégorie rentrent ceux qui ont un riche fonds d'énergie physique avec besoin de le dépenser : les sportmen, ceux qui aiment la vie d'aventures sans autre but que d'agir, ces voyageurs qui courent le monde sans rien étudier, ni avant, ni pendant, ni après, pressés d'en finir pour recommencer. Ajoutez-y les batailleurs sans malice, mais qui déversent le trop-plein de leurs forces. Au temps des armées mercenaires, elles ont dû se recruter presque entières parmi les gens de ce caractère ; de même, ces bandes de condottieri à. la solde des républiques italiennes du moyen âge ; de même aussi, quoique à un degré plus élevé, les conquistadores du XVI* siècle, ces capitaines
espagnols, Cortezet Pizarre,dont les expéditions ressemblent à un roman, qui, avec une poignée d'hommes hardis comme eux, renversent les grands empires du Mexique et du Pérou. A ce genre d'hommes animés d'une activité dévorante, on peut appliquer le vers de Lucain :
Nil actum reputans si quid superesset agendum.
Parmi ces actifs, il feut ranger Montluc et ceux dont parle Montaigne dans ce passage de ses Essais : <« Qui rechercha jamais de telle faim la seureté et le repos que Caesar a faict l'inquiétude et les difficultés? Terez, le père de Sitalcez, disait que quand il ne faisait point la guerre, il lui estait d'avis qu'il n'y avait point de différence entre lui et son palefrenier. Caton, consul, pour s'asseurer d'aulcunes villes d'Espagne, ayant seulement interdit aux habitants d'icelles de porter les armes, grand nombre se tuèrent : ferox gens, nullam vitam rati sine armis esse. Combien en savonsnous qui ont fui la douceur d'une vie tranquille en leurs maisons, parmi leurs cognoissants, poursuivre l'horreur des déserts inhabitables 0) ? »
La volonté, cependant, n'est pas seulement « impulsive », elle a également une fonction « inhibitoire », condition première de la « maîtrise de soi ». Parmi les volontaires, il conviendra donc de ranger ceux qui parviennent à refréner les penchants dangereux de leur nature, à vaincre leurs mauvaises passions. Coierus raconte que Spinoza « savait admirablement être le maître de ses passions ». Mais l'exemple ne vaut pas grand'chose, car il est peu probable
(») Montaigne. Essais, liv. I, chap. XL.
194 LES TYPES PSYCHlOUES.
que le doux et sobre Spinoza ait eu des passions bien violentes ! On a des exemples plus nets dans la vie de certains généraux célèbres qui, au début de leur carrière, eurent à surmonter une peur physique assez forte, pour marcher à Tennemi. On peut rattacher à ce type Prosper Mérimée qui, tel qu'il se montre dans ses lettres, tel qu on nous le dépeint, tel qu'il s'est plu à se décrire dans quelques-unes de ses nouvelles, a visiblement contenu et refréné sa sensibilité. Si Ton voulait dénombrer les variétés du type volontaire, on trouverait, entre autres, les entreprenants, les obstinés, les constants, les autoritaires.