‹ Psychologie du libre arbitre;Chapitre 24 sur 33 · Dualité. — Pluralité. — L'unité arithmé · texte numérisé non relu

Dualité. — Pluralité. — L'unité arithmé

DEFINITIONS FONDAMENTALES lOO

TIQUE. — L'idée abstraite d'existence laisse entièrement indéterminée l'idée de ce qui existe ; celle-ci ne sort de l'indétermination complète qu'autant que l'esprit aperçoit une distinction quelconque, si minime soit-elle. On dit alors qu'il y a dualité de choses, et, par suite, au moins deux existences ; c'est-à-dire pluralité au moindre degré.

En même temps et par cela même qu'elle détermine la pluralité, la distinction détermine l'unité qui en est la donnée constitutive. Il s'agit ici de V unité existence : c'est l'existence distinguée, quelle que soit la chose existante considérée. La chose ne saurait avoirplusieurs existences distinctes et simultanées, elle n'en peut avoir plusieurs que successivement, que si elle cesse, puis recommence d'exister; aussi l'unité est-elle ici indivisible, simple. C'est Vanité purement arithmétique, facteur initial et fondamental du nombre. J'aurai plus loin à définir V unité synthétique, dont le nombre est un exemple.

17. Identité. — Le même. — Autre. — Deux choses sont dites identiques lorsque leur distinction, leur pluralité sont seulement apparentes. Cette apparence naît dans l'esprit quand il forme successivement deux perceptions d'une seule chose. Il prête alors un objet distinct à

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chacune de ses perceptions et quand il a reconnu non distincts les deux objets présumés distincts, on dit qu'il les identifie.

On dit de deux choses identiques qu'elles sont la même chose.

Lorsque deux choses A et B ne peuvent pas être identifiées on dit que A est une aatre chose que B, B une aalre chose que A.

i8. Chose composée. — En, dans au sens

ONTOLOGIQUE DU MOT. ElÉMENTS. INTRIN- SÈQUE, EXTRINSÈQUE ; INTERNE, EXTERNE ; INTÉ- RIEUR, EXTÉRIEUR. — Par cela même qu'une chose n'est pas simple elle présente une ou plusieurs différences qui la font appeler composée : c'est un composé. Deux ou plusieurs choses sont distinguées par ces différences et sont dites en ou dans la première à titre à^ éléments, c'est-à-dire de facteurs intrinsèques, internes ou intérieurs qui la composent.

Une chose qui n'existe pas dans une autre est dite lui être extrinsèque, externe ou. extérieure,

19. Chose impliquée dans une autre. — Virtualité. — Puissance. — Je dis qu'une chose A est impliquée dans une autre chose B, que B implique A, lorsque A existe réalisée dans B, ou bien lorsque dans B existe de quoi réaliser A, sans

que pourtant, faute de l'accomplissement de quelque condition, A y soit déterminée.

Dans ce dernier cas je dis que A existe en B virtuellement ou en puissance.

20. Sens large du mot simple. — L'unité arithmétique est une chose simple, le point géométrique également, parce qu'on ne peut concevoir ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux choses aucune distinction possible. Mais ce que les chimistes appellent un corps simple, cette chose que jusqu'à présent ils n'ont pu décomposer, n'est simple qu'à leur point de vue. Lors même, en elïet, qu'il y eût un corps qui, en réalité, n'en impliquât aucun auUc, on concevrait néanmoins qu'il manifestât plus d'une propriété, et à ce titre il ne serait pas une chose simple au sens étroit et précis du mot.

21. Partie. — Partie intégrante. — Partie d'une grandeur. — Les éléments d'une chose composée sont dits en faire partie. Par exemple : l'oxygène et l'hydrogène, en tant que facteurs intrinsèques de l'eau, en font partie ; de même la longueur, la largeur et la hauteur, en tant que (acteurs intrinsèques du volume, en font partie; le point même, qui n'a pas de dimensions, en fait partie comme y étant impliqué.

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Ce qui fait partie d'un composé en est dit partie intégrante. Considérée dans une quantité, dans une grandeur, une partie de celle-ci se dit de ce qui n'en diffère que comme un contenu d'un contenant.

22. Un tout. — Le pluriel : tous. — Tout (quelconque). — A l'égard de ses parties (dans quelque acception que ce mot soit pris), une chose composée est dite un tout.

Le mot tout pris adjectivement au singulier et au pluriel {tous) peut être employé pour synonyme de somme, de total ou totalité pour signifier une pluralité dont rien n'est excepté de ce qui la constitue ; on dit, par exemple : tous les hommes, toute l'humanité.

Pris substantivement le mot tout signifie un composé {un tout).

Le mot tout signifie en outre quelconque (tout corps gravite, tout homme meurt). Ce sens est encore collectif, du moins implicitement, car il suppose considéré n'importe quel facteur d'un groupe préaled^lement nommé.

23. L'univers. — Ne nier ni n'éliminer l'existence d'aucune chose dans le présent, le passé et l'avenir, en un mot ne rien excepter de ce qui existe, a existé et existera, c'est considérer l'exis

DépINITIONS FONDAMENTALES 1 09

tcnce de toutes les choses, de tout absolament, de ce qu'on nomme, en un mot, l'Univers. Considérer le tout ainsi défini ce n'est donc pas être tenu dejormer simultanément les idées respectives de toutes les choses, c'est, au contraire, en s'imposant de n'en exclure, quelles qu'elles puissent être, aucune, se dispenser de les concevoir individuellement.

24. Totalité et infinité. — On peut dès lors appliquer le mot tout même à l'infinité, même à cette pluralité de choses dont la somme est impossible à eilectuer par addition progressive, car en concevoir la totalité, c'est, non pas se les repré-

»senter toutes à la fols, mais simplement s'interdire l'exception de n'importe laquelle. Le total numérique, la somme arithmétique d'une telle pluralité implique seule contradiction, parce qu'on suppose additionné ce qui, par définition même, exclut l'achèvement de l'addition.

25. La qualité ; caractère, propriété. — Caractèue particulier, propriété particulière. — Deux choses supposées simples, dans le sens étroit du mot, n'impliquent respectivement aucune dilï'érence, mais on conçoit qu'elles puissent différer entre elles. Ce en quoi elles peuvent diflérer, c'est ce que j'appelle la qualité de chacune. Je

Sully Prudhommk. — Libre arbitre. 7

IlO DÉFINITIONS FONDAMENTALES

crois que cette définition répond exactement à ce qu'on place communément sous ce vocable. Un composé implique plusieurs simples dont les qualités respectives combinées déterminent ses qualités propres.

Une qualité, en tant qu'elle concourt avec d'autres à déterminer une chose, contribue à la distinguer d'une ou de certaines autres, ou de toutes les autres, en un mot à la caractériser ; elle est dite alors un caractère de cette chose.

En tant qu'un caractère d'une chose ne lui est commun avec nulle autre, en tant qu'il l'a distingue, non pas seulement de certaines autres, mais bien de toutes les autres, il lui est propre, au sens exact et strict de ce mot. Mais les savants et les philosophes l'emploient fréquemment dans un sens plus large, car ils parlent de propriétés communes à plusieurs choses ; la pesanteur, par exemple, est, dans leur langage, une propriété commune à tous les corps. Pour ne pas choquer un usage aussi général et aussi invétéré, je considérerai donc le vocable propriété comme synonyme du vocable caractère et j'appellerai caractère particulier ou propriété particulière d'une chose ce qui en elle ne lui est commun avec nulle autre, ce qui la distingue de toutes les autres.

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